07 - Risque

Rencontre avec un aventurier, Yann

La fin de mon voyage approchait et je rencontrais un personnage haut en couleur et pour le moins décapant. Il était aventurier, autant dire «marginal professionnel». Une profonde énigme pour moi. Il se révéla un formidable bol d’oxygène, une fantastique poussée d’adrénaline. Il m’a incontestablement fait franchir le gué...

25 août – Dans un chalet...
Rencontre avec un aventurier, Yann

La fin de mon voyage approchait et je rencontrais un personnage haut en couleur et pour le moins décapant. Il était aventurier, autant dire «marginal professionnel». Une profonde énigme pour moi. Il se révéla un formidable bol d’oxygène, une fantastique poussée d’adrénaline. Il m’a incontestablement fait franchir le gué...

25 août – Dans un chalet...

Pierre – Qu’est-ce que c’est l’aventure pour vous?

Yann – L aventure, c’est ce qui n’a pas encore été fait par d’autres. C’est une façon de se lancer des défis, d’oser ce que d’autres n’ont pas osé, d’aller plus loin, d’aller de l’avant. C’est une quête permanente, où l’on cherche toujours à faire plus, à faire mieux. C’est une culture de la différence, de la non-assimilation au commun et au banal.

P. – Comment en êtes-vous arrivé là?

Y. – J’ai toujours eu horreur du conformisme. L’idée d’être et de faire comme tout le monde me révoltait. Il faudrait demander à Freud ce qu’il en pense, mais je n’ai jamais compris comment on pouvait refaire quelque chose qui avait déjà été fait. «Une place différente et un rôle distinct pour chacun», voilà ma vision de la société.

P. – D’accord, mais êtes-vous utile du simple fait de votre différence?

Y. – Encore plus aujourd’hui qu’hier! Dans une société de plus en plus conformiste et répétitive, où la banalité devient religion, où l’on s’assure sur tout, même contre la mort, l’aventure devient une nécessité vitale, même à dose homéopathique. L’aventurier est un éveilleur de conscience, un fabricant de rêve, un artiste du possible, une bouffée d’oxygène dans un monde asphyxié. Par son courage physique, il fait reculer les limites de l’impossible. Il démontre que tout rêve devient possible si l’on veut bien en payer le prix. Une société sans aventurier serait une société sans ambition, sans défi, sans courage, sans audace, sans destinée.

P. – Dans quel domaine exercez-vous votre aventure?

Y. – Certains l’exercent dans le domaine intellectuel, les chercheurs par exemple, moi j’ai choisi le domaine physique: la montagne. A son contact, confronté à sa démesure, j’apprends à comprendre mes limites et à tout faire pour aller au plus haut de moi-même.

P. – Quelles sont les qualités qu’il faut avoir pour réussir?

Y. – Un grand courage physique et une imagination au-dessus de la moyenne. De l’audace et une grande curiosité. Voilà pour les aspects traditionnels. Mais il faut aussi du talent pour l’organisation et beaucoup de rigueur. Sans ces deux qualités, un aventurier a de grandes chances de ne pas faire de vieux os. L’organisation va lui permettre de limiter les risques prévisibles et surtout d’éviter d’amener ses équipiers dans des situations inextricables.

P. – Et ses défauts?

Y. – L’opiniâtreté, l’orgueil et la dureté; pour ne pas se laisser démobiliser par son environnement.

P. – Est-ce que l’organisation ne finit pas par tuer le plaisir?

Y. – Pas du tout! Préparer une expédition est l’un de mes grands plaisirs. L’organisation demande beaucoup d’imagination pour envisager toutes les situations, problèmes et opportunités que l’on peut être amené à rencontrer. Organiser, c’est déjà partir en imagination.

P. – A part aimer faire ce qui n’a jamais été fait, quels sont vos critères de choix pour une nouvelle expédition?

Y. – Tout d’abord ma capacité à réaliser ce projet. Il ne faut pas croire que l’on puisse mener n’importe quel projet à n’importe quel moment. Pour durer, il faut planifier et donc avoir une stratégie. Elle doit permettre de trouver une progression tant au niveau des aptitudes physiques que des moyens financiers. Si chaque aventure ne marque pas une progression par rapport à la précédente, le risque d’embonpoint n’est pas loin! Un autre critère important est la capacité de réunir au moment voulu l’équipe nécessaire. Une aventure exige des gens de qualité, très pointus et il faut le dire, très rares. S’ils ne sont pas disponibles autant remettre le projet à plus tard.

P. – Qu’est-ce qui peut limiter l’expression d’un aventurier?

Y. – Surtout les contingences matérielles. Aujourd’hui, aucune expédition d’envergure ne peut être menée sans moyens financiers importants. Et pour trouver ces moyens financiers, il va falloir se tourner vers des sponsors et les convaincre de mettre des fonds en échange d’un bénéfice d’image. Ainsi, la première aventure est d’aller vendre son projet. Ne pas savoir «se vendre» est aujourd’hui un lourd handicap pour un aventurier. Le bon côté des choses, c’est que ça oblige à mieux préparer ses projets avec, en prime, le privilège de faire rêver des gens qui ne le font pas tous les jours! L’autre grande contrainte, liée à la première, c’est l’obligation de «se médiatiser». Un aventurier ne peut pas se permettre de rester un homme de l’ombre. On lui demande d’intervenir avant, pendant et après son expédition et ça ne va pas toujours sans problèmes. Mais j’y vois deux conséquences positives. D’abord le fait de parler d’un projet à de multiples reprises renforce la motivation et fait souvent découvrir d’autres qualités passées inaperçues au départ. Ensuite, c’est le moyen idéal de faire passer l’esprit d’aventure auprès du plus grand nombre et peut-être de susciter des vocations.

P. – Pour revenir à la notion de risque, arrivez-vous à les maîtriser totalement par l’organisation?

Y. – Il ne faudrait quand même pas exagérer. L’aventure ne se fait pas en chambre. Quand on passe à la réalisation sur le terrain, le risque redevient total. Mais cela n’empêche pas de faire un gros travail préalable de compilation. Tout ce qui existe comme information, écrits, témoignages, doit être collecté afin de capitaliser l’expérience des autres. C’est ce travail préalable qui permettra d’aller plus loin, et donc de prendre de nouveaux risques. Il y a notamment beaucoup à apprendre des échecs précédents. Ce que je cherche, c’est à limiter au maximum les risques «prévisibles».

P. – Quelle est la part de l’intuition dans votre activité?

Y. – De plus en plus grande au fil des années. Vous savez, quand vous êtes sur une paroi rocheuse, vous n’avez pas le temps de vous réunir autour d’un feu et de mettre les décisions aux voix. Il faut réagir vite et juste. En cela l’intuition est une alliée précieuse. Elle seule peut réunir autant d’informations, les comparer, les analyser et vous donner, en un éclair, l’image de la décision que vous devez prendre. Il faut apprendre à l’entendre, puis à l’écouter et enfin à lui faire confiance. Je suis très surpris de l’accroissement de son pouvoir depuis que je la laisse s’exprimer.

P. – Comment choisissez-vous les membres de votre équipe?

Y. – La force d’un aventurier, c’est son équipe. Sans elle, il ne peut rien. Alors, mieux vaut bien la choisir. En fonction de l’expédition, il va falloir des talents très précis et très distincts. Certaines compétences techniques sont incontournables. Inutile de faire passer des petites annonces, les hommes de valeur on les connaît, on sait où ils sont, on les a forcément croisés un jour. Et c’est là que commence «la traque». Il va falloir les motiver, les convaincre, les faire adhérer au projet, éventuellement leur en faire abandonner un autre. Là aussi on doit se comporter en super-vendeur! Avec pour argument essentiel sa propre fougue et sa foi dans l’aventure. Leur compétence seule ne suffit pas. Il faut avoir envie de partir avec eux et qu’en plus ils soient psychologiquement complémentaires. Une grande partie des échecs est due à la méconnaissance de ces deux données et dans ces cas-là, on ne peut s’en prendre qu’à soi. La constitution d’une équipe est une alchimie complexe dont l’équilibre et la diversité seront les garanties de la bonne fin du projet.

P. – Malgré tout vous pouvez avoir des conflits et des difficultés?

Y. – Nous vivons des situations extrêmes. La prise de certaines décisions importantes entraîne parfois des oppositions violentes. La fatigue n’arrange rien. Dans ces cas-là, c’est à moi de trancher, car mieux vaut une décision rapide même imparfaite, qu’une longue indécision. Cela ne m’affranchit pas d’en expliquer les raisons a posteriori, mais dans la tempête il faut savoir trancher, et vite! L’urgence abolit la notion de «démocratie» de groupe.

P. – Qu’est-ce qui fait la réussite d’une expédition?

Y. – L’équilibre entre la préparation psychique et la préparation physique. Quand on fait un geste sur le terrain, il faut l’avoir répété dans sa tête des centaines, voire des milliers de fois. Il faut avoir intériorisé ses émotions, de façon à ne faire que redécouvrir les faits lorsque l’on vit l’événement. Cela bien entendu ne remplace pas une sérieuse préparation physique, mais des muscles sans imagination et sans préparation mentale ça ne va pas très loin! La visualisation, puisque c’est de cela qu’il s’agit, est certainement le plus efficace des dopings, et de plus, elle n’est pas interdite! Finalement, mes réussites les plus spectaculaires sont liées à des projets qui avaient été parfaitement «antériorisés».

P. – Comment faites-vous sur le terrain pour encourager et pour motiver?

Y. – L’important pour une équipe c’est d’avoir le résultat visé clairement en tête. C’est une boussole qui permet d’orienter et d’analyser l’action. L’avantage en montagne, c’est que le résultat, on l’a généralement devant soi, au-dessus de la tête! L’objectif c’est d’y arriver ensemble. Mon rôle au départ est de bien faire «monter la pression», de mobiliser la passion des différents partenaires, de faire que pour chacun d’eux l’atteinte du prochain sommet devienne un but vital. C’est la clarté de l’objectif et de l’engagement de chacun qui fera que la motivation sera difficile à altérer. Ainsi, chaque résultat intermédiaire sera vécu comme une étape franchie vers le sommet et non comme une souffrance supplémentaire. Mon rôle personnel sera de relativiser les problèmes qui se poseront en rappelant qu’ils ne sont rien face au défi que nous partageons, et d’insuffler constamment l’optimisme nécessaire. S’il y a un luxe que je ne peux pas me permettre, c’est de flancher, de me laisser aller à la déprime ou manger par le doute. Ça devient très vite contagieux et alors on ne contrôle plus rien. En définitive, la motivation, c’est un objectif clair et librement accepté doublé d’un leader optimiste et insensible aux aléas, au moins en apparence!

P. – Vous avez connu des échecs?

Y. – Un aventurier qui n’a pas connu d’échecs n’est pas réellement un aventurier. L’échec vous réapprend l’humilité et la mesure. Il vous permet de mieux redéfinir votre évolution et de bien comprendre les étapes que vous avez voulu sauter. Mais il est aussi le plus formidable des dynamiseurs, car il vous invite à en comprendre les causes profondes afin de ne jamais les rééditer.

P. – Comment les avez-vous surmontés?

Y. – Pour être surmonté, un échec doit être analysé collectivement et à chaud afin que chacun mesure sa zone de responsabilité. Chaque fois que l’on remet à plus tard cette analyse, soit elle n’est pas faite, soit on trouve de bonnes excuses. Savoir collectivement encaisser un échec et en tirer tous les enseignements est la garantie de survie du projet et de l’équipe.

P. – Le métier que vous faites est-il en train d’évoluer, techniquement j’entends?

Y. – Oui, la technique évolue de façon spectaculaire. Plus vite que les hommes d’ailleurs. Ceci amène d’ailleurs l’émergence d’une nouvelle catégorie d’aventuriers: les «aventuriers high-tech». Ils croient pouvoir remplacer l’expérience par les banques de données, l’intuition par les calculateurs, le jugement par les systèmes experts. Autant dire qu’ils vont au devant de grands périls, car aucune machine et aucune technique ne peut remplacer la richesse de l’homme, de son expérience, de son entraînement et de son tempérament. Il ne faudrait pas interpréter mon discours comme une déclaration de guerre au progrès. Je pense tout simplement qu’il faut prendre le temps de l’intégrer et ne pas se laisser bercer par le chant des sirènes des vendeurs de matériel. En tout état de cause, le progrès technique, bien utile au demeurant, ne peut légitimer une régression comportementale visant à une approche technocratique de la gestion des risques.

P. – Aurez-vous toujours la même activité dans vingt ou trente ans?

Y. – Et comment! Ma passion est irréversible et imputrescible! Je me vois mal rentrer dans le rang et regarder la vie assis dans mon fauteuil face à mon téléviseur. Je réaliserai d’autres expéditions adaptées à ma forme du moment. L’aventure est un état d’esprit. Elle se situe au-delà de l’âge et de la condition sociale. Elle est un lieu d’égalité pour tous les hommes qui croient qu’il n’y a pas de limite à l’expression humaine. A coup sûr, l’aventure est ma religion et je n’en changerai pas, même paraplégique!

P. – Comment faites-vous pour allier expéditions lointaines et vie de famille?

Y. – J’essaie de vivre chaque chose pleinement. Mes expéditions comme ma vie de famille. Ma présence au foyer est bien sûr limitée, mais pas en intensité! Nous avons toujours des tas de choses à nous raconter. Je sens que l’esprit d’aventure anime toute la famille. Chacun aborde le futur avec des comportements gagnants, résolus, imaginatifs. Et nos rêves ne sont pas des bulles de savon! Nous les partageons et nous les suivons ensemble jusqu’à leur aboutissement. C’est notre destin. Nous en sommes heureux.

P. – Comment vivez-vous entre deux départs?

Y. – Il y a l’après de la précédente expédition et l’avant de la prochaine. Et tous deux sont passionnantes. L’après, c’est-à-dire les conférences, les articles de presse, les émissions de radio ou de télévision permet de mettre à jour toute la richesse de ce qui vient d’être vécu. J’en suis moi-même le premier spectateur, car c’est incroyable le nombre de choses à côté desquelles on peut passer quand on est au centre de l’événement. Il faut vraiment qu’il y ait cet échange oral ou écrit avec d’autres pour avoir une vision globale et en percevoir toute la richesse. L’avant, ce sont les préparatifs, la constitution de l’équipe, la mise en place des moyens, les repérages? C’est là où tout se met en place dans votre tête, que l’idée folle devient vraiment un projet. Avec l’expérience je savoure cette «avant-aventure» avec beaucoup de délectation. J’essaie surtout d’éviter les trois syndromes des pseudo-aventuriers: le «syndrome velléitaire» qui consiste à préparer et à ne jamais passer à l’acte, le «syndrome casse-cou» de celui qui se lance dans n’importe quelle aventure sans jamais rien préparer, et enfin le «syndrome Tartarin» de ceux qui racontent des exploits qu’ils n’ont jamais vécus.

P. – Vous avez évoqué l’aspect contagieux de l’esprit d’aventure. Pour vous, cela vient d’où?

Y. – Nos comportements ne sont que le fruit de notre histoire et en ce qui me concerne j’ai eu la chance d’avoir un père qui a incarné la réussite dans ce scénario d’aventure. Il m’en a donné les clés. Il m’en a donné le goût. Grâce à lui, j’ai compris que la position d’aventurier était finalement la plus sûre, car elle implique une grande flexibilité de comportement dans un monde de plus en plus intraitable pour les «fossiles».

P. – Justement que pensez-vous de la société dans laquelle vous vivez?

Y. – Franchement, je la trouve terne et triste. Plus les gens se couvrent d’assurances, plus ils refont les mêmes choses, plus ils ont l’air content? Je ne comprends pas comment on peut travailler toute sa vie dans le même emploi ou pour la même entreprise sans y prendre de plaisir! Je ne comprends pas comment on peut accepter consciemment de régresser! Ce qui m’attriste, c’est que le monde se conforme à une norme qu’il n’a même pas choisie.

P. – Justement, pour vous, c’est quoi la liberté?

Y. – C’est choisir lucidement ce que l’on veut faire et aller jusqu’au bout. La liberté, c’est de pouvoir faire des choix, et de les assumer sans se faire porter par les autres. La liberté, c’est de pouvoir vivre ses rêves, même les plus fous.

P. – Et vos sponsors, vous devez leur rendre des comptes?

Y. – Bien sûr, je dois leur remettre des films, des reportages, des analyses médicales, des conférences. Mais un aventurier se rend d’abord des comptes à lui-même. Il a une telle exigence vis-à-vis de lui-même qu’en comparaison, l’exigence d’un tiers, tout sponsor soit-il, fait figure de sous-produit.

P. – Sur quoi est fondée votre autorité?

Y. – Mon autorité vient du fait que je suis au cœur de l’expédition. Je suis le plus concerné et donc le plus motivé. Si les personnes de mon équipe reconnaissent mon «autorité», c’est surtout parce qu’ils constatent cette implication sans faille, de tout mon être. Ensuite vient la compétence, la connaissance approfondie du métier. L’autorité ne m’a pas été donnée, je l’ai construite à force de passion et de détermination.

P. – Quelles ont été vos plus grandes joies?

Y. – Ma vie est jalonnée des plus grandes joies! Une nouvelle idée d’expédition, l’argent pour la réaliser, un nouvel équipier qui accepte de m’accompagner, le départ, l’arrivée au sommet, le retour pour en parler aux autres, tous ces moments sont des moments inégalables de joies pleines et différentes. Il n’y a pas que le sommet qui provoque le bonheur. Heureusement d’ailleurs, car dans sa vie on y est peu de temps! Le bonheur est présent dans chaque instant quand on sait qu’il contribue à un accomplissement futur.

P. – Malgré tout, avez-vous des regrets, des mauvais souvenirs?

Y. – Mes plus grandes peines sont celles relatives au sort de certains de mes équipiers. Certains disparaissent, d’autres sont sérieusement amoindris. Et je me dis que nous ne pourrons plus partir ensemble. Quand on mène des aventures aussi extraordinaires que les nôtres, on aimerait aller ensemble jusqu’au bout de la terre, jusqu’au bout de la vie. D’une certaine manière, le «dépassement de soi en commun» vous fait profondément aimer les autres. Tout d’un coup vous mesurez la dimension sublime de l’homme qui s’exprime sans réserve.

P. – Avez-vous le sentiment d’être un solitaire?

Y. – Apparemment, non. Car je suis toujours en train de concocter des opérations qui se font à plusieurs et de communiquer avec de nombreuses personnes. En fait, oui. Oui parce que quoi que je fasse, je suis terriblement seul à porter mon projet. Je trouve ça normal, c’est mon rêve, il est dans ma tête et pas dans celle des autres. Ils pourront y jouer un rôle, mais ils ne pourront jamais en voir toutes les couleurs et toutes les facettes. Cette solitude, c’est celle de tout être lucide qui cherche à se réaliser.

P. – L’humour a-t-il sa place dans votre vie?

Y. – Surtout celui qui consiste à rire de soi. Le face à face du grain de sable que vous êtes et de l’immensité que vous affrontez. L’humour permet de passer certains mauvais caps, d’éviter de se prendre trop au sérieux, de décrisper une situation tendue, de surmonter une déprime passagère, de tout relativiser. C’est précieux!

P. – Et la chance?

Y. – Elle existe et je lui ai rarement laissé une occasion de s’échapper. Elle ne demande qu’à se laisser piéger par l’enthousiasme, l’optimisme et les esprits positifs. Cela me rappelle une phrase: «ils ne savaient pas que c’était impossible, ils l’ont fait». C’est ça la chance! Elle n’existe que si l’on y croit.

P. – A votre avis, l’aventure peut-elle être au quotidien?

Y. – Tout à fait. Cette aventure c’est l’aventure de la créativité et de l’imagination. Oh, je n’irais pas jusqu’à conseiller à une mère de famille de rentrer chez elle en escaladant la face nord de son immeuble, mais il y a énormément de choses qu’elle peut faire différemment, à commencer par l’éducation de ses enfants. L’aventure, c’est s’offrir le luxe de changer ses comportements, c’est se mettre délibérément dans des situations nouvelles, c’est changer de lieu d’habitation, de travail, d’amis. L’aventure est au coin de la rue, encore faut-il ne pas être myope!

P. – Quels conseils donneriez-vous à des personnes qui voudraient se lancer dans «l’aventure»?

Y. – Primo: n’y allez pas trop vite; vous pourriez vous mélanger les pieds et perdre confiance. Préférez des petites aventures, couronnées de petites victoires et au fur et à mesure faites monter l’intensité. Prenez le temps de prendre confiance en vos capacités. Deuxio: faites vous du cinéma dans votre tête. Tournez vous des petits films internes sur ce que vous voulez réaliser et concentrez vous sur le positif des situations souhaitées. Découvrez ainsi cette fantastique réalité humaine qui dit que l’imagination est plus forte que la volonté. Tertio: choisissez bien les gens qui vous entourent. Ce sont eux qui conditionnent votre vie. Écartez les timorés et rapprochez-vous des audacieux. Fabriquez-vous un environnement stimulant. Et surtout: osez changer, osez vous retrouver!