05- Le règne des instituteurs
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Nombreuses sont les entreprises dont
l'essentiel de leur savoir-faire se trouve
exclusivement dans la tête de leurs salariés. En
général, on s'en aperçoit au moment du départ à la
retraite de l'un d'entre eux. C'est le cas de Marcel
qui nous explique comment,dans son entreprise, on en
est arrivé à vaporiser un capital aussi précieux.
Cela coûte excessivement cher de perdre ainsi sa
mémoire. Ce n'est pas très prudent.
Personne ne le conteste, la formation est
vitale pour toute entreprise, quelle qu'elle soit.
Mais pour Annick, comme pour beaucoup d'autres
employés dans son service, la formation est mal
comprise, mal vécue et elle finit par peser comme à
l'école. Pourtant, dans son service pas moins de 40
000 euros ont été dépensés cette année. Rien que pour
former cinq personnes. !
Comment définit-on les plans de formation ?
Vous allez peut-être dire que je suis de mauvaise foi, mais j'ai l'impression que les plans sont d'abord définis par rapport aux budgets et aux habitudes. On commence par nous consulter pour nous demander ce que l'on veut et on finit par accoucher d'un plan qui ne correspond vraiment à personne tout en essayant de faire plaisir à tout le monde.
Et concrètement ça donne quoi ?
On y va parce qu'on nous demande d'y aller, mais souvent on le fait à reculons. Il faut reconnaître que le côté le plus agréable c'est de rencontrer d'autres personnes de l'entreprise. Côté contenu, on a l'impression de voir un train passer. Et ce train-là on voit mal où il va. Le côté séminaire finit par être rasoir, il y a le tour de table de présentation, l'animateur cabot, les contenus soporifiques, les pauses qui n'en finissent pas, les repas qui traînent, les conclusions où l'on s'auto congratule, mais quand on voit ce qu'il en reste quelques mois plus tard, on se demande si cet argent-là n'aurait pas pu être mieux utilisé.
Vous voyez plutôt la formation comme une punition ?
C'est moins simple que ça. En fait, quand on nous envoie en formation, c'est voulu comme une récompense. Mais quand on y est, on retrouve les vieilles sensations de l'école primaire : le maître, les théories, les exercices, les jugements. Bien entendu, ceci est dans le cas des formations traditionnelles. Comme les responsables formation s'en sont rendu compte, ils nous ont inventé un nouveau type de séminaire, qui va du touristico-pédagogique au sportivo-pédagogique. Alors là, c'est plus amusant. Mais quand on revient, nos collègues nous regardent d'un drôle d'œil. Ils ont le sentiment que l'entreprise devrait nous payer autre chose que des loisirs coûteux car, reconnaissons-le, les tarifs sont souvent prohibitifs. Le marché de la formation est maintenant tellement juteux que c'est devenu un rendez-vous d'aventuriers opportunistes qui rackettent les directeurs de formation.
Peut-on parler de rentabilité de la formation ?
Si seulement on avait le courage de prendre le problème par ce bout-là, on annulerait beaucoup de séminaires. On préfère les évaluations de fin de stage dont chacun sait à quel point elles sont pipées, aux analyses à trois ou six mois. On ne mesure pas assez les résultats. D'ailleurs, si les responsables de formation étaient jugés sur les résultats comportementaux, ils ne resteraient pas longtemps en poste. Il devient urgent à cet égard d'auditer les résultats. On se gargarise trop de chiffres et de statistiques en la matière, mais on ne se pose pas assez la question de la qualité et de l'efficacité.
Pour vous la formation ne serait pas indispensable ?
Elle est bien entendu fondamentale. Mais c'est tous les jours qu'elle devrait se faire. Ce devrait être la mission de base de nos managers. C'est à eux d'être un exemple que l'on ait envie d'imiter. C'est parce qu'il font mal cette partie de leur travail que l'on doit s'offrir des formateurs et des séminaires. D'autre part, on ferait souvent mieux de recourir à des expertises internes, qu'à des intervenants externes souvent bien loin de nos préoccupations. Enfin, il serait temps de remplacer la formation par un concept plus dynamique qui permettrait aux gens de réfléchir, de bâtir, d'échanger, d'inventer, de faire ensemble. Si la formation se faisait plus au quotidien, les moment de rencontres, tels que les séminaires, serviraient plus alors à réinventer l'entreprise, qu'à ânonner de vielles recettes et des théories éculées.
REFLEXION
Tout problème dans un service devrait être une opportunité pédagogique. Une façon de rendre la formation professionnelle, pratique, permanente et surtout moins coûteuse
Comment définit-on les plans de formation ?
Vous allez peut-être dire que je suis de mauvaise foi, mais j'ai l'impression que les plans sont d'abord définis par rapport aux budgets et aux habitudes. On commence par nous consulter pour nous demander ce que l'on veut et on finit par accoucher d'un plan qui ne correspond vraiment à personne tout en essayant de faire plaisir à tout le monde.
Et concrètement ça donne quoi ?
On y va parce qu'on nous demande d'y aller, mais souvent on le fait à reculons. Il faut reconnaître que le côté le plus agréable c'est de rencontrer d'autres personnes de l'entreprise. Côté contenu, on a l'impression de voir un train passer. Et ce train-là on voit mal où il va. Le côté séminaire finit par être rasoir, il y a le tour de table de présentation, l'animateur cabot, les contenus soporifiques, les pauses qui n'en finissent pas, les repas qui traînent, les conclusions où l'on s'auto congratule, mais quand on voit ce qu'il en reste quelques mois plus tard, on se demande si cet argent-là n'aurait pas pu être mieux utilisé.
Vous voyez plutôt la formation comme une punition ?
C'est moins simple que ça. En fait, quand on nous envoie en formation, c'est voulu comme une récompense. Mais quand on y est, on retrouve les vieilles sensations de l'école primaire : le maître, les théories, les exercices, les jugements. Bien entendu, ceci est dans le cas des formations traditionnelles. Comme les responsables formation s'en sont rendu compte, ils nous ont inventé un nouveau type de séminaire, qui va du touristico-pédagogique au sportivo-pédagogique. Alors là, c'est plus amusant. Mais quand on revient, nos collègues nous regardent d'un drôle d'œil. Ils ont le sentiment que l'entreprise devrait nous payer autre chose que des loisirs coûteux car, reconnaissons-le, les tarifs sont souvent prohibitifs. Le marché de la formation est maintenant tellement juteux que c'est devenu un rendez-vous d'aventuriers opportunistes qui rackettent les directeurs de formation.
Peut-on parler de rentabilité de la formation ?
Si seulement on avait le courage de prendre le problème par ce bout-là, on annulerait beaucoup de séminaires. On préfère les évaluations de fin de stage dont chacun sait à quel point elles sont pipées, aux analyses à trois ou six mois. On ne mesure pas assez les résultats. D'ailleurs, si les responsables de formation étaient jugés sur les résultats comportementaux, ils ne resteraient pas longtemps en poste. Il devient urgent à cet égard d'auditer les résultats. On se gargarise trop de chiffres et de statistiques en la matière, mais on ne se pose pas assez la question de la qualité et de l'efficacité.
Pour vous la formation ne serait pas indispensable ?
Elle est bien entendu fondamentale. Mais c'est tous les jours qu'elle devrait se faire. Ce devrait être la mission de base de nos managers. C'est à eux d'être un exemple que l'on ait envie d'imiter. C'est parce qu'il font mal cette partie de leur travail que l'on doit s'offrir des formateurs et des séminaires. D'autre part, on ferait souvent mieux de recourir à des expertises internes, qu'à des intervenants externes souvent bien loin de nos préoccupations. Enfin, il serait temps de remplacer la formation par un concept plus dynamique qui permettrait aux gens de réfléchir, de bâtir, d'échanger, d'inventer, de faire ensemble. Si la formation se faisait plus au quotidien, les moment de rencontres, tels que les séminaires, serviraient plus alors à réinventer l'entreprise, qu'à ânonner de vielles recettes et des théories éculées.
REFLEXION
Tout problème dans un service devrait être une opportunité pédagogique. Une façon de rendre la formation professionnelle, pratique, permanente et surtout moins coûteuse