15- Des hoquets pour l'octet

C’est vrai que le bureau d’à côté, celui de son chef, ressemblait plutôt à une boutique de logiciels dans leur boîtiers tout neufs et encore bien emballés. Maïté, assistante au service marketing ne supporte pas ce gâchis et en a profité, lors de notre entretien, pour dénoncer les excès de l’informatique. Elle sait de quoi elle parle. A quarante huit ans, elle fait partie de ceux qui ont souffert d'avoir été initiée à l’informatique sur le tard. Dur, dur.
C’est vrai que le bureau d’à côté, celui de son chef, ressemblait plutôt à une boutique de logiciels dans leur boîtiers tout neufs et encore bien emballés. Maïté, assistante au service marketing ne supporte pas ce gâchis et en a profité, lors de notre entretien, pour dénoncer les excès de l’informatique. Elle sait de quoi elle parle. A quarante huit ans, elle fait partie de ceux qui ont souffert d'avoir été initiée à l’informatique sur le tard. Dur, dur.

Ca doit vous changer la vie l’informatique ?

C’est vrai qu’on ne pourrait plus vivre sans, mais c’est pas la fête tous les jours . On finit par se faire prendre en otage par la machine et on passe notre vie devant l’écran et les mains sur le clavier. C’est à se demander qui est l’outil.

Pourtant ça limite le papier en principe ?

Vous avez raison de dire en principe car pour l’instant on crée plus de papier qu’on en supprime. Déjà les services informatiques centraux nous inondent de listings, c’est tout juste si on ne nous les livre pas par brouettes. Ensuite, comme tout le monde n’est pas équipé, on est obligé de tout imprimer pour pouvoir travailler même quand la machine est prise. En fait, on est encore dans l’ère de la ramette pas encore dans celui de la disquette.

Ca a été dur de s’y mettre ?

Il a d’abord fallu se former. Alors on nous a payé des stages. Entre ceux qui étaient mal animés et ceux qui ont eu lieu trop longtemps avant l’arrivée des machines, ça n’a pas toujours été une réussite. Ensuite, il a fallu s’adapter aux machines et aux logiciels. Et là, on a du se débrouiller tout seuls. Je ne vous dis pas le temps qu’on y a passé. On y a perdu des journées entières, des fichiers et pour finir mélangé des données. Et là, plus personne pour nous aider. Et pendant ce temps-là, il fallait quand même continuer à faire son travail. Il y en a qui ont pris quelques rides et quelques cheveux blancs.

Tout le monde a réussi ?


Il y en a qui sont restés sur le carreau. C’est surtout les plus âgés. L’informatique en a liquidé plus d’un. C’est dommage parce qu’ils savaient beaucoup de choses. Rien n’avait été prévu pour ce type de profils. Selon la stratégie établie, tout le monde devait suivre coûte que coûte. D’autres, à l’opposé, se sont tellement passionnés pour la micro qu’ils ont fini par en oublier l’essentiel de leur travail. Ils sont devenus les bidouilleurs de service et ont trouvé plus de gratification dans la relation cathodique que dans les échanges avec leurs collègues. Par contre, ce qui en a écœuré plus d’un, c’est de voir les machines les plus puissantes équiper les étages les plus élevés, alors que ça ne se justifiait pas du tout. Et maintenant, c’est devenu la "course à l’armement". Celui qui n’a pas le dernier micro, le dernier portable, le dernier processeur 486, la dernière version d’Excel ou de Windows, fait figure de demeuré. L’informatique est devenue un signe extérieur de pouvoir et de richesse.

Il y a des excès ?

Il y a des gens qui ont des machines qu’ils n’utilisent pratiquement pas. D’autres qui collectionnent les logiciels. Le pire, c’est de voir à quel point on a comprimé les dépenses dans un tas de domaines et comment on a laissé une totale liberté budgétaire au responsable informatique. Rien n’est trop beau, rien ne lui est refusé. Les constructeurs doivent se frotter les mains !

Son pouvoir est devenu trop important ?

Comme beaucoup de monde n’y comprend rien, il est difficile de contester ses choix. Il devient l’une des directions la plus courtisée et la plus dépensière. Toutes les autres directions doivent lui faire allégeance si elles veulent avoir les bons matériels. En fait, l’informatique est devenue le centre d’enjeux stratégiques et financiers tellement importants que je crois qu’il est temps de la faire superviser par des non-informaticiens.


REFLEXION

Il faut du temps pour se rendre compte que certains comportements coûtent plus qu’ils ne rapportent. C’est d’autant plus vrai dans des domaines où, paraît-il, l’on n’arrête pas le progrès ...... l’informatique par exemple.