03- Tristan, association d'anciens

Tristan est Président de l'association des anciens élèves d'une école de commerce. En dehors de ses importantes responsabilités dans un groupe international il a enfin trouvé le moyen de donner aux anciens de son école l'envie de revenir vers leur association... un nouveau souffle que commencent à envier et à copier les associations des autres écoles !
Tristan est Président de l'association des anciens élèves d'une école de commerce. En dehors de ses importantes responsabilités dans un groupe international il a enfin trouvé le moyen de donner aux anciens de son école l'envie de revenir vers leur association... un nouveau souffle que commencent à envier et à copier les associations des autres écoles !

Sandrine : Votre association d'anciens est l'une des premières à avoir un site Internet réservé à ses membres. Comment vous est venue cette idée ?

Tristan : Il y a deux ans, lors du rassemblement annuel des anciens que notre association organise, j'ai eu l'occasion d'échanger avec deux d'entre eux sur les formidables possibilités des nouvelles technologies de l'information, sur les changements qui allaient intervenir dans nos métiers, sur les opportunités de business qui allaient en résulter. L'un était banquier, l'autre était au chômage et songeait à créer son entreprise. L'idée nous est venue de créer un petit groupe de réflexion d'anciens intéressés par ces technologies. Une date fut immédiatement fixée, une annonce rédigée pour le journal de l'association pour rameuter d'autres candidats et nous nous sommes séparés après avoir échangé nos E-mail fraîchement obtenus !

S : D'où la création du site.

T : Effectivement cela a été notre première idée. Nous avions grosso modo créé un site à mi-chemin entre la plaquette et le journal de l'association... pas vraiment original, pas vraiment utile... Nous étions grisés par la facilité de publication et les possibilités d'être lus partout dans le monde...

S : Et que s'est-il passé ?

T : Comme sur tous les sites "plaquettes", les gens y sont venus une fois et n'y sont plus jamais revenus. Heureusement nous avions prévu la possibilité de nous laisser des messages dans une boîte aux lettres. Nous y avons reçu des encouragements, des conseils et des questions de tous ordres : Je recherche les coordonnées de un tel... existe-t-il une bourse de l'emploi ?... Comment puis-je accueillir un stagiaire etc. Nous avons très vite compris que ce n'était pas d'une plaquette dont les anciens avaient besoin, mais d'un outil pour entretenir ce formidable réseau que nous constituons entre nous.

S : Quels sont pour vous les principaux intérêts du réseau ?

T : On ne prend conscience de l'intérêt des anciens qu'au bout d'un certain temps... A la sortie de l'école, on se connaît bien, on a eu 3 ans pour se connaître, les amitiés sont faites et on n’a besoin de personne pour se rencontrer. Parfois aussi, on n’a pas très envie de revoir tout de suite les ultra carriéristes ou les fils à Papa qu'on a déjà trop fréquentés ! Mais au bout de quelques années l'envie de se retrouver revient : par plaisir et par intérêt.

S : Concrètement ?

T : Le plaisir de retrouver ceux que l'on a fréquentés, de voir ce qu'ils sont devenus, de se situer par rapport à eux, de retrouver une intimité immédiate, une bonne humeur... L'intérêt, parce que certains exercent des postes de responsabilités, est que l'on peut s'entraider, se faire rentrer pour un marché ou pour plus si affinités... Même si on n’est pas de la même promotion et qu'on ne se connaît pas, on fera tous - en principe - des efforts pour se faciliter la vie.

S : Alors qu'avez vous imaginé sur votre site Internet pour entretenir votre réseau, faire en sorte que les gens aient plaisir et intérêt à s'y rencontrer ?

T : Ce qui est formidable avec Internet c'est que vous pouvez reproduire ce qui existe déjà pour un coût marginal et offrir des fonctionnalités supplémentaires extraordinairement riches !

S : Par exemple ?

T : L'annuaire ! C'est indiscutablement le premier outil d'une association. On y retrouve plusieurs types d'entrées : par ordre alphabétique bien sûr, par domaine d'activité, par société et par promotion. C'est en général un travail extraordinairement complexe à constituer et à mettre à jour ! Pas de problèmes pour avoir l'information des anciens qui cotisent à l'association... mais pour les autres, où habitent-ils, où travaillent-ils ?, nous ne le savons pas toujours. Et comme malheureusement nous ne comptons que 40 % des anciens qui cotisent... la tâche est énorme. Il est pourtant indispensable de le maintenir le plus à jour possible...pour garder nos adhérents et faire cotiser ceux qui ne le font pas...parce qu'ils auront envie d'avoir l'annuaire. Pour cela, d'une part nous mettons en gras ceux qui cotisent... cela fait d'ailleurs ressortir ceux qui ne paient pas ! D'autre part la cotisation donne droit à recevoir l'annuaire gratuitement ! Pas de cotisation, pas d'annuaire !

S : Et qu'apporte Internet ?

T : La même chose et beaucoup plus ! Tout ancien qui a cotisé peut maintenant accéder avec mot de passe à la consultation de l'annuaire et à un certain nombre de services qui lui sont réservés. Principal avantage, l'accès se fait de n'importe où . De plus, le fichier est par définition beaucoup plus à jour que l'annuaire : les corrections sont faites quasiment quotidiennement, nous avons près de 10 000 anciens ! Autre avantage, ils bénéficient de toutes les possibilités de l'informatique : recherche en texte intégral, possibilité d'imprimer, d'extraire une partie des adresses etc. Enfin, nous proposons aux anciens de signaler tout changement dans leurs coordonnées par ce biais, mais surtout, nous indiquons depuis cette année les adresses E-mail afin que l'on puisse automatiquement envoyer un message.

S : Les échanges se font donc via courrier électronique !

T : Oui, pour les échanges entre deux personnes. Pour le reste nous nous sommes aperçus de la nécessité de prévoir des forums d'échanges organisés. Nous avons bien évidemment créé un forum pour le bureau de l'association où nous assurons la coordination de nos actions entre nous. Un autre forum a été crée pour la rédaction du journal, ce qui contribue grandement à l'efficacité de sa rédaction, les articles provenant généralement de nombreux anciens, de la direction actuelle de l'école, des professeurs ou même des élèves. Tout le monde a pris le pli et remet directement ses articles au bon endroit une fois que le sommaire a été établi. Nous avons aussi des forums thématiques : notre groupe des passionnés de nouvelles technologies bien sûr, le groupe marketing, le groupe finance, le groupe "luxe", le groupe VPC. D'autres peuvent spontanément se créer. Enfin, chaque promotion a son forum que les anciens rejoignent progressivement : c'est vraiment très intéressant.

S : Qu'est-ce qui fait que cela marche ?

T : Premier facteur, je vous l'ai dit, les anciens ont envie et intérêt à se rencontrer. Mais ils n'en ont généralement pas le temps. Entre 30 et 50 ans , le temps qu'ils ne passent pas au travail, ils préfèrent le consacrer à leur famille et à leurs amis. Par exemple, toutes les tentatives d'organisation de RDV thématiques ou régionaux se sont toujours essoufflées dans le temps... précisément à cause du manque de temps. Deuxième facteur : l'éparpillement géographique, nos anciens sont présents dans 70 pays et vraiment aux quatre coins du pays. Ajoutez à cela qu'ils sont aujourd'hui assez ouverts à l'usage de l'ordinateur et équipés à 80 % au moins au bureau... et vous comprenez que l'outil répond parfaitement à leurs attentes : accès immédiat, pas de contrainte de temps ni de lieu, facilité d'utilisation etc.

S : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

T : Pourquoi voulez vous qu'il y en ait toujours ? Quand le téléphone ou le fax sont arrivés, est-ce que les gens se sont posés la question ? Il n'y avait pas de problème en dehors du manque d'équipement au départ ! C'est aussi simple que cela !

S : Alors quelles sont les améliorations et les évolutions auxquelles vous pensez ?

T : Pour que les échanges fonctionnent, il faut un cadre, il faut aussi des règles, notamment celle de mettre un animateur dans chaque groupe. Nous demandons au responsable de promotion, soit d'assurer l'animation de leur promotion, soit d'en désigner un. Nous allons mettre en place la possibilité de réaliser une page de présentation pour chaque ancien, véritable curriculum vitae avec liens possibles vers d'autres sites, qui permettra réellement de naviguer dans un univers élargi à celui de l'entreprise ou de l'activité de chaque ancien. Nous mettons également en place une bourse du travail avec offres et demandes d'emploi assortie d'une aide personnalisée pour la recherche d'emploi avec l'aide de notre bureau des carrières. Enfin, nous sommes en train de développer une possibilité de payer sa cotisation "On Line" pour qu'un ancien qui souhaite rentrer dans l'annuaire et qui n'y arrive pas faute de n'avoir pas réglé sa cotisation puisse le faire instantanément. Plus généralement, nous sommes persuadés que ces nouvelles fonctionnalités sont très bien ressenties et devraient nous permettre d'améliorer la fidélité de nos anciens et d'augmenter le nombre de cotisants ! Vous allez penser que je n'ai que ce mot à la bouche...mais c'est aussi ma mission ? et sans moyens nous ne pouvons rien faire !

S : Pardonnez- moi d'être un peu provocatrice, mais n'avez vous pas le sentiment d'être un peu élitiste, de ne réserver vos avantages et vos aides qu'à votre réseau, bref d'être un peu "fermé", comme l'accès à votre site d'ailleurs !

T : Peut-être avez vous lu le livre "Les bonnes fréquentations" de Sophie Coignard et Marie-Thérèse Guichard. Tous les réseaux influents en France y sont décrits : corses, corréziens, auvergnats, bretons, savoyards, anciens collabos, les francs-maçons, les homosexuels, les aristocrates, les inspecteurs des finances, les chasseurs , les golfeurs, les juifs, les protestants... Vous vous apercevez que tous les gens influents appartiennent à un réseau et parfois à plusieurs... Il n'y a pas lieu de porter de critiques mais de comprendre comment fonctionne la société française. Ce qui est curieux c'est que le phénomène n'est pas nouveau mais qu'il tend à s'amplifier ! C'est un besoin que ressentent "les élites", mais aussi d'une manière, tous les citoyens qui ont de plus en plus tendance à faire confiance à leur entourage, à leurs connaissances, au bouche à oreille, à un référentiel connu ! Les anciens de notre école n'échappent pas à ce besoin de recentrage, de retrouver leurs pairs. Je ne crois pas qu'il s'agisse d'être "fermé" mais plutôt de se "recentrer". Ce qui selon moi n'empêche pas - paradoxalement - une certaine ouverture et des sentiments généreux voire altruistes !

S : Selon vous, qu'est-ce qui concourt à ce besoin de "recentrage" ?

T : Je citerais pêle-mêle la consommation à tous crins, l'individualisme forcené, la perte de sens, la désagrégation de la famille, le manque de confiance en l'Etat incapable d'enrayer les difficultés majeures de notre société - le chômage, la montée de la violence, la pauvreté , l'écologie.... la mondialisation... Se développent ainsi la peur, le repli sur soi, le nationalisme, les idées extrémistes...

S : Et la réponse se trouve dans les réseaux ou dans les micro-communautés !

T : Oui, parallèlement au pessimisme collectif se développent des initiatives courageuses et intelligentes. Par rapport au brouhaha médiatique, au manque de réflexion d'une certaine partie de la presse, à l'immobilisme des gouvernants et des partis, des femmes et des hommes ressentent le besoin de se mobiliser, de réfléchir, d'imaginer des solutions et de les mettre en oeuvre, simplement, localement, à leur niveau. Et là, il est besoin de s'isoler, de "s'enfermer" de réfléchir, d'agir et de se coordonner en communautés restreintes, avec des personnes en qui on a "confiance". Voilà le bon côté du recentrage que j'évoque.

S : Et dans votre association ?

T : Un groupe de réflexion travaille d'une manière très approfondie sur l'évolution du système éducatif : quelle pédagogie, avec quels outils, avec quels moyens ? Il ne s'agit pas seulement de l'avenir de notre école et des futurs anciens qui rejoindront nos rangs, mais plus généralement de l'avenir de nos enfants et de notre société tout entière. Un autre groupe travaille sur l'emploi, comment améliorer l'employabilité de chacun, quelles sont les solutions aux désastres actuels du chômage sur notre société. Ce dernier groupe a été invité à présenter le résultat de ses travaux à la CCI et au Ministère de l'Emploi et de la Solidarité. Depuis, ils ont invité leurs interlocuteurs à participer à leur forum électronique. Des Assises de l'Emploi sont en train d'être organisées dans notre région. Nous y proposerons que les anciens de notre école puissent accompagner par le biais d'Internet des chômeurs pour les aider dans leurs recherches et le cas échéant, leur ouvrir notre réseau ! C'est bien le signe que l'on peut nous aussi être ouverts !

S : Très sincèrement merci !