14- Thierry, chirurgien
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Thierry est urologue à Biarritz - Après 15
ans à l'hôpital il a rejoint le privé. Pour continuer
ses recherches et garder le contact avec ses
confrères, il a rejoint "Surgery On Line".
Thierry est urologue à Biarritz - Après 15
ans à l'hôpital il a rejoint le privé. Pour continuer
ses recherches et garder le contact avec ses
confrères, il a rejoint "Surgery On Line".
Sandrine : Bonjour Docteur, j'ai beaucoup entendu parler de vous et j'avais hâte de vous rencontrer : on dit de vous que vous êtes un passionné, un "boulimique", très humain avec vos patients, très investi au quotidien...
Thierry : Je fais effectivement un métier formidable puisque j'ai la chance de "travailler" sur l'essentiel, c'est-à-dire "l'être humain". Je rencontre tous les jours des hommes, des femmes, de tous âges, de toutes conditions, certains pour des interventions bénignes, d'autres gravement malades. Je parle beaucoup avec mes patients, de ce qu'ils ressentent, de ce dont ils ont peur, de ce qu'ils vivent avec leurs proches. Nous discutons également avec l'ensemble du personnel soignant avec qui nous avons descontacts quotidiens pour parler des patients. Et pour chacun d'entre eux, nous nous devons d'être "excellents" à chaque instant : au moment du diagnostic, pour être sûr de nos investigations, dans la préparation de l'intervention, tant psychologique que médicale, au moment de l'intervention bien évidemment et dans le suivi post-opératoire. C'est une vigilance de chaque instant, pour chaque patient, qui nous habite souvent bien après avoir quitté la clinique, d'ailleurs on ne la quitte souvent pas pour longtemps !
Sandrine : Et pourtant, je me suis laissée dire que vous trouvez également le temps de mener des travaux scientifiques ?
T :C'est indispensable ! Pour mes patients, pour la médecine et pour moi ! Ce que nous faisons aujourd'hui n'a plus rien à voir avec ce que nous avons appris à la faculté il n'y a pourtant pas si longtemps : nouvelles techniques d'investigations et d'analyses, nouvelles thérapeutiques, nouveaux instruments etc. Nous nous formons en permanence et par nos investigations, nos traitements, nos recherches, nous faisons évoluer les techniques et la médecine. Pour cela, nous avons énormément besoin d'échanger.
S : Et en plus de tout cela vous êtes praticien de la micro-informatique et d’Internet ?
T :Oh attention, je ne suis qu'un très vulgaire utilisateur, je n'y connais pas grand-chose ! L'usage que je fais de la micro-informatique se compare à celui que je fais de mon magnétoscope : je n'utilise que les fonctions essentielles, je n'ai pas beaucoup de temps pour faire autre chose !
S : C'est quoi pour vous les fonctions essentielles d'un micro- ordinateur ?
T :Auparavant je n'utilisais mon micro-ordinateur que pour le traitement de texte et la consultation des aspects gestion de la clinique. Mais je dois dire que depuis que nous avons une messagerie où l'on peut discuter à plusieurs, c'est devenu un véritable outil d'échanges, beaucoup plus pratique pour moi que le téléphone. Entre les opérations et les visites, il est très difficile de me joindre ! Quand je rappelle, les personnes ne sont souvent pas joignables. Comme je vous l'ai dit, les échanges sont au coeur de notre métier, avec les malades, avec l'équipe soignante, avec mes confrères de la clinique, des autres cliniques ou hôpitaux, en France ou à l'étranger, avec des chercheurs, des laboratoires...
S : Concrètement vous faites quoi ?
T :La messagerie Internet se développe bien. J'avais pris un E-mail, il y a deux ans, suite à un congrès où j'avais été aux Etats-Unis. Tous mes confrères américains en avaient...je ne voulais pas être en reste. Je n'ai pas eu beaucoup de messages pendant un an et depuis quelques mois cela s'est pas mal développé. En moyenne 2 à 5 messages par jour dans ma boîte aux lettres électronique. C'est très pratique parce que les messages sont courts et synthétiques, que les réponses peuvent donc être du même ordre et qu'il n'est pas besoin de trouver l'adresse du correspondant pour répondre.
S : Vous faîtes donc essentiellement des échanges d'E-mail ?
T :Ah non, l'E-mail sert aux échanges occasionnels et non structurés : un confrère étranger qui a l'intention de venir à Biarritz me demande des informations; des amis, des personnes de ma famille me laissent occasionnellement des messages. Nous sommes également de plus en plus envahis de publicités, ce que je trouve personnellement intolérable. Dès que nous sommes plusieurs à devoir discuter d'un sujet, nous préférons nous retrouver sur des forums électroniques. Au moins on sait à qui on a affaire !
S : Vous me dites que vous n'y connaissez pas grand-chose à la micro et vous organisez des "forums électroniques" ?
T :Non, je n'organise rien, je participe ! En fait, c'est grâce à un laboratoire que nous échangeons de la sorte et ils s'occupent de tout pour que nous n'ayons qu'à participer !
S : Qu'est-ce que vous entendez par "ils s'occupent de tout"
T :Quand un laboratoire nous invite à un congrès, il s'occupe des réservations d'avions, d'hôtels, des animations, du programme scientifique etc... Ils ont procédé également de la même manière pour nous réunir "virtuellement". Ils nous ont sensibilisés, équipés, formés, animés et aujourd'hui, cela fonctionne parfaitement bien.
S : Cela paraît en effet très simple... presque trop facile, racontez-moi précisément ce que ce laboratoire a fait pour vous faire participer ?
T :Ils ont d'abord enquêté téléphoniquement pour connaître le niveau d'équipement dont nous disposions, notre niveau d'usage de la micro et d’Internet, notre intérêt pour les technologies numériques. Sur le moment, je dois dire que j'étais sceptique, je n'y voyais pas beaucoup d'intérêt, je jugeais n'avoir pas beaucoup de temps à y consacrer, j'avais peur que cela m'éloigne du contact humain si important pour moi. Puis, ils nous ont invités à une réunion d'information sur le thème " Internet - Nouvelles technologies de la communication et pratique médicale". Malgré mon emploi du temps chargé, je m'y suis rendu car j'avoue que tout ce qui est nouveau m'intéresse et que la plupart de mes confrères de la région y participaient ! Nous étions une trentaine, ils nous ont expliqué brièvement les rudiments et très rapidement, ils nous ont proposé de nous installer à un poste de travail. Certains n'avaient jamais touché un ordinateur et il a fallu leur tenir un peu la main, notamment pour utiliser la souris ! Mais rapidement nous nous sommes tous retrouvés sur un forum spécialement mis au point pour notre formation.
S : Que se passait-il sur ce forum ?
T :D'abord, nous avons échangé quelques banalités, ce que nous ressentions, des questions sur le fonctionnement du forum etc. puis l'animateur a posé des questions du type "quels sont les sujets dont vous aimeriez discuter d'une manière générale entre vous, aujourd'hui et par la suite. Entre confrères... ce qui nous préoccupait était bien entendu l'exercice de notre métier dans le nouveau cadre de restriction des dépenses de santé. Mais également des sujets plus techniques : l'élimination des calculs par la technique de catapultage laser, les nouvelles thérapeutiques du cancer des testicules etc.. Nous avons ainsi réalisé en direct que nous pouvions échanger à plusieurs entre nous, sans nous déranger.
S : Avez vous "surfé" sur le Web ?
T :Bien sûr, ils nous ont fait une initiation en nous faisant découvrir les sites qui nous intéressaient à travers un petit "jeu de piste". Le jeu consistait à rechercher un certain nombre d'informations en utilisant les moteurs de recherche de type Yahoo ou AltaVista et à nous rendre sur différents sites dont ils nous avaient communiqué les adresses : la société française d'urologie, les articles de la revue Coelio Chirurgie etc. Mais au bout d'une heure, nous avons vite compris que nous pouvions aussi nous y perdre. Nous sommes donc convenus de nous tenir informés uniquement des sites vraiment intéressants et l'animateur nous a proposé de nous faire un "hit parade" des meilleurs endroits où aller nous promener ! L'animateur a ensuite fait un petit sondage pour savoir qui serait prêt à participer à un groupe d'étude thérapeutique "on line". En contre-partie, le laboratoire nous fournissait gracieusement un ordinateur tout équipé et "prêt à brancher" durant toute la période de l'étude.
S : Y a-t-il eu des volontaires ?
T :Environ la moitié des présents ont donné leur accord après avoir eu l'assurance de bénéficier d'une formation et d'une assistance par téléphone et de ne pas devoir y consacrer plus d'une heure par semaine !
S : Et cela s'est fait comment ?
T :Les 15 volontaires se sont réunis une nouvelle fois pour
3 heures
à l'initiative d'un cabinet d'étude spécialisé avec qui nous avions d'ailleurs déjà travaillé. Ils nous ont présenté le but de l'étude et les modalités de travail de notre groupe. A vrai dire les règles proposées pour ce travail "électronique" ne diffèrent pas vraiment : pas de censure, tout le monde participe, on évite les dispersions et le hors sujet. Seul impératif...se brancher et participer au moins une fois par semaine pour faire part des retours d'expériences.
S : Combien de temps cela a-t-il duré et est-ce que les résultats ont été satisfaisants ?
T :Cela a commencé il y a maintenant un an et cela dure toujours ! Mais nous avons eu une réunion tous ensemble il y a 3 mois durant laquelle nous avons fait le bilan, envisagé les améliorations et décidé de continuer notre groupe... Il faut dire qu'on y a pris goût !
S : "Qu'est-ce que voulez dire par là ?"
T :Tout d'abord et pour répondre à votre précédente question, il faut vous dire que les résultats de notre groupe ont été remarquables - et c'est le cabinet qui le dit ! Parce qu'en nous connectant régulièrement nous avons pu nous appuyer sur beaucoup plus d'expériences, prendre du recul, mettre les choses en perspective. Et cela n'a en définitive pris que très peu de temps...
S : "Mais vous écriviez quoi dans ces forums ?"
T :Après chaque usage de la thérapeutique, nous décrivions le patient sur lequel nous l'avions appliqué, les symptômes, les effets primaires, secondaires...
S : Et vous dites que vous y avez pris goût ! Pourquoi ?
T :Parce que très rapidement avec l'aide du Laboratoire nous avons pu organiser d'autres groupes sur d'autres sujets. Je suis personnellement membre d'un groupe de travail sur la cancérologie. Nous sommes 10 urologues répartis sur toute la France. A l'issue de notre réunion annuelle, je leur ai montré comment nous travaillons avec notre laboratoire. Cela nous a donné l'idée de faire de même pour continuer nos travaux en dehors de nos réunions. Cela nous permet de garder le contact entre nous, d'approfondir les points évoqués lors de la précédente réunion, de préparer les suivantes. Quand nous nous retrouvons, nous sommes ainsi parfaitement en phase.
S : Mais les autres, s'y sont tous mis?
T :Pas tous, et pas tout de suite. Au départ seulement 3 ou 4 d'entre nous y participaient et puis voyant que nos échanges étaient productifs et par volonté de ne pas se faire marginaliser les autres s'y sont mis. Il faut dire qu'à nouveau l'aide du laboratoire qui a réglé tous les problèmes matériels nous a été d'un grand secours. On a gagné beaucoup de temps et je ne suis pas sûr que nous aurions persévéré si la technique n'avait pas été sans faille !
S : Avez-vous d'autres groupes de travail maintenant ?
T :"Nous sommes 4 associés dans la clinique, je les ai rapidement convaincu de coordonner nos actions et nos projets de la sorte, car les occasions de nous rencontrer à 4 sont bien rares. Nous avons en quelque sorte un petit Intranet dont je suis très fier ! Nous avons commencé à y mettre les dossiers des patients que nous traitons en commun. Mais notre gros travail est la coordination des manifestations que nous organisons pour les médecins généralistes. Nous avons notamment organisé une réunion de présentation des nouvelles techniques d'opération en fibroscopie. Un confrère et moi-même opérions au bloc et grâce à un système de vidéotransmissions, les médecins pouvaient suivre en direct l'opération dans une salle à proximité avec le commentaire des 2 autres associés. Rassurez-vous, le patient étaient au courant et tout s'est bien passé ! Si je vous parle de cela, c'est que ce genre d'événement ne s'improvise pas et qu'il était indispensable de bien nous coordonner. Le plus remarquable c'est que nous avons proposé aux médecins présents de continuer à poser leurs questions sur un forum électronique et qu'une bonne vingtaine a suivi. Nous avons maintenant une nouvelle communauté de médecins de la région avec qui nous communiquons régulièrement. Ils nous demandent des conseils par rapport à notre spécialité, nous "parlent" de cas qu'ils rencontrent avant de nous les envoyer.
S : Et maintenant quels sont vos projets ?
T : J'ai récemment découvert "Surgery Online" qui est un service créé pour la communauté des chirurgiens orthopédistes du monde entier. Ils sont actuellement plus de 300 à utiliser ce formidable outil qui pour l'instant concerne essentiellement mes confrères orthopédistes. On y accède via Internet (www. Orthopedie.com) et un mot de passe que l'on obtient une fois que l'on s'est abonné (environ
100 F
hors taxe par mois). On y trouve de l'information bien sûr mais aussi des accès aux bases de données médicales, des annuaires, des forums, des conseils d'experts : une véritable mine d'or ! Le site s'organise maintenant aussi sur d'autres spécialités comme par la chirurgie de la main. Mon projet est donc d'activer rapidement la communauté des Urologues du monde entier !
Par ailleurs, j'ai entendu dire que des familles, des amis, des sportifs créent leurs propres micro-communautés ! Mon métier m'occupe tellement que je souffre souvent de ne pas pouvoir être plus proche de ma famille, de mes amis ! Ce type d'organisation pourrait m'y aider, même si je reste un fervent adepte de bons repas et de virées entre amis !
S : Merci Docteur
Sandrine : Bonjour Docteur, j'ai beaucoup entendu parler de vous et j'avais hâte de vous rencontrer : on dit de vous que vous êtes un passionné, un "boulimique", très humain avec vos patients, très investi au quotidien...
Thierry : Je fais effectivement un métier formidable puisque j'ai la chance de "travailler" sur l'essentiel, c'est-à-dire "l'être humain". Je rencontre tous les jours des hommes, des femmes, de tous âges, de toutes conditions, certains pour des interventions bénignes, d'autres gravement malades. Je parle beaucoup avec mes patients, de ce qu'ils ressentent, de ce dont ils ont peur, de ce qu'ils vivent avec leurs proches. Nous discutons également avec l'ensemble du personnel soignant avec qui nous avons descontacts quotidiens pour parler des patients. Et pour chacun d'entre eux, nous nous devons d'être "excellents" à chaque instant : au moment du diagnostic, pour être sûr de nos investigations, dans la préparation de l'intervention, tant psychologique que médicale, au moment de l'intervention bien évidemment et dans le suivi post-opératoire. C'est une vigilance de chaque instant, pour chaque patient, qui nous habite souvent bien après avoir quitté la clinique, d'ailleurs on ne la quitte souvent pas pour longtemps !
Sandrine : Et pourtant, je me suis laissée dire que vous trouvez également le temps de mener des travaux scientifiques ?
T :C'est indispensable ! Pour mes patients, pour la médecine et pour moi ! Ce que nous faisons aujourd'hui n'a plus rien à voir avec ce que nous avons appris à la faculté il n'y a pourtant pas si longtemps : nouvelles techniques d'investigations et d'analyses, nouvelles thérapeutiques, nouveaux instruments etc. Nous nous formons en permanence et par nos investigations, nos traitements, nos recherches, nous faisons évoluer les techniques et la médecine. Pour cela, nous avons énormément besoin d'échanger.
S : Et en plus de tout cela vous êtes praticien de la micro-informatique et d’Internet ?
T :Oh attention, je ne suis qu'un très vulgaire utilisateur, je n'y connais pas grand-chose ! L'usage que je fais de la micro-informatique se compare à celui que je fais de mon magnétoscope : je n'utilise que les fonctions essentielles, je n'ai pas beaucoup de temps pour faire autre chose !
S : C'est quoi pour vous les fonctions essentielles d'un micro- ordinateur ?
T :Auparavant je n'utilisais mon micro-ordinateur que pour le traitement de texte et la consultation des aspects gestion de la clinique. Mais je dois dire que depuis que nous avons une messagerie où l'on peut discuter à plusieurs, c'est devenu un véritable outil d'échanges, beaucoup plus pratique pour moi que le téléphone. Entre les opérations et les visites, il est très difficile de me joindre ! Quand je rappelle, les personnes ne sont souvent pas joignables. Comme je vous l'ai dit, les échanges sont au coeur de notre métier, avec les malades, avec l'équipe soignante, avec mes confrères de la clinique, des autres cliniques ou hôpitaux, en France ou à l'étranger, avec des chercheurs, des laboratoires...
S : Concrètement vous faites quoi ?
T :La messagerie Internet se développe bien. J'avais pris un E-mail, il y a deux ans, suite à un congrès où j'avais été aux Etats-Unis. Tous mes confrères américains en avaient...je ne voulais pas être en reste. Je n'ai pas eu beaucoup de messages pendant un an et depuis quelques mois cela s'est pas mal développé. En moyenne 2 à 5 messages par jour dans ma boîte aux lettres électronique. C'est très pratique parce que les messages sont courts et synthétiques, que les réponses peuvent donc être du même ordre et qu'il n'est pas besoin de trouver l'adresse du correspondant pour répondre.
S : Vous faîtes donc essentiellement des échanges d'E-mail ?
T :Ah non, l'E-mail sert aux échanges occasionnels et non structurés : un confrère étranger qui a l'intention de venir à Biarritz me demande des informations; des amis, des personnes de ma famille me laissent occasionnellement des messages. Nous sommes également de plus en plus envahis de publicités, ce que je trouve personnellement intolérable. Dès que nous sommes plusieurs à devoir discuter d'un sujet, nous préférons nous retrouver sur des forums électroniques. Au moins on sait à qui on a affaire !
S : Vous me dites que vous n'y connaissez pas grand-chose à la micro et vous organisez des "forums électroniques" ?
T :Non, je n'organise rien, je participe ! En fait, c'est grâce à un laboratoire que nous échangeons de la sorte et ils s'occupent de tout pour que nous n'ayons qu'à participer !
S : Qu'est-ce que vous entendez par "ils s'occupent de tout"
T :Quand un laboratoire nous invite à un congrès, il s'occupe des réservations d'avions, d'hôtels, des animations, du programme scientifique etc... Ils ont procédé également de la même manière pour nous réunir "virtuellement". Ils nous ont sensibilisés, équipés, formés, animés et aujourd'hui, cela fonctionne parfaitement bien.
S : Cela paraît en effet très simple... presque trop facile, racontez-moi précisément ce que ce laboratoire a fait pour vous faire participer ?
T :Ils ont d'abord enquêté téléphoniquement pour connaître le niveau d'équipement dont nous disposions, notre niveau d'usage de la micro et d’Internet, notre intérêt pour les technologies numériques. Sur le moment, je dois dire que j'étais sceptique, je n'y voyais pas beaucoup d'intérêt, je jugeais n'avoir pas beaucoup de temps à y consacrer, j'avais peur que cela m'éloigne du contact humain si important pour moi. Puis, ils nous ont invités à une réunion d'information sur le thème " Internet - Nouvelles technologies de la communication et pratique médicale". Malgré mon emploi du temps chargé, je m'y suis rendu car j'avoue que tout ce qui est nouveau m'intéresse et que la plupart de mes confrères de la région y participaient ! Nous étions une trentaine, ils nous ont expliqué brièvement les rudiments et très rapidement, ils nous ont proposé de nous installer à un poste de travail. Certains n'avaient jamais touché un ordinateur et il a fallu leur tenir un peu la main, notamment pour utiliser la souris ! Mais rapidement nous nous sommes tous retrouvés sur un forum spécialement mis au point pour notre formation.
S : Que se passait-il sur ce forum ?
T :D'abord, nous avons échangé quelques banalités, ce que nous ressentions, des questions sur le fonctionnement du forum etc. puis l'animateur a posé des questions du type "quels sont les sujets dont vous aimeriez discuter d'une manière générale entre vous, aujourd'hui et par la suite. Entre confrères... ce qui nous préoccupait était bien entendu l'exercice de notre métier dans le nouveau cadre de restriction des dépenses de santé. Mais également des sujets plus techniques : l'élimination des calculs par la technique de catapultage laser, les nouvelles thérapeutiques du cancer des testicules etc.. Nous avons ainsi réalisé en direct que nous pouvions échanger à plusieurs entre nous, sans nous déranger.
S : Avez vous "surfé" sur le Web ?
T :Bien sûr, ils nous ont fait une initiation en nous faisant découvrir les sites qui nous intéressaient à travers un petit "jeu de piste". Le jeu consistait à rechercher un certain nombre d'informations en utilisant les moteurs de recherche de type Yahoo ou AltaVista et à nous rendre sur différents sites dont ils nous avaient communiqué les adresses : la société française d'urologie, les articles de la revue Coelio Chirurgie etc. Mais au bout d'une heure, nous avons vite compris que nous pouvions aussi nous y perdre. Nous sommes donc convenus de nous tenir informés uniquement des sites vraiment intéressants et l'animateur nous a proposé de nous faire un "hit parade" des meilleurs endroits où aller nous promener ! L'animateur a ensuite fait un petit sondage pour savoir qui serait prêt à participer à un groupe d'étude thérapeutique "on line". En contre-partie, le laboratoire nous fournissait gracieusement un ordinateur tout équipé et "prêt à brancher" durant toute la période de l'étude.
S : Y a-t-il eu des volontaires ?
T :Environ la moitié des présents ont donné leur accord après avoir eu l'assurance de bénéficier d'une formation et d'une assistance par téléphone et de ne pas devoir y consacrer plus d'une heure par semaine !
S : Et cela s'est fait comment ?
T :Les 15 volontaires se sont réunis une nouvelle fois pour
3 heures
à l'initiative d'un cabinet d'étude spécialisé avec qui nous avions d'ailleurs déjà travaillé. Ils nous ont présenté le but de l'étude et les modalités de travail de notre groupe. A vrai dire les règles proposées pour ce travail "électronique" ne diffèrent pas vraiment : pas de censure, tout le monde participe, on évite les dispersions et le hors sujet. Seul impératif...se brancher et participer au moins une fois par semaine pour faire part des retours d'expériences.
S : Combien de temps cela a-t-il duré et est-ce que les résultats ont été satisfaisants ?
T :Cela a commencé il y a maintenant un an et cela dure toujours ! Mais nous avons eu une réunion tous ensemble il y a 3 mois durant laquelle nous avons fait le bilan, envisagé les améliorations et décidé de continuer notre groupe... Il faut dire qu'on y a pris goût !
S : "Qu'est-ce que voulez dire par là ?"
T :Tout d'abord et pour répondre à votre précédente question, il faut vous dire que les résultats de notre groupe ont été remarquables - et c'est le cabinet qui le dit ! Parce qu'en nous connectant régulièrement nous avons pu nous appuyer sur beaucoup plus d'expériences, prendre du recul, mettre les choses en perspective. Et cela n'a en définitive pris que très peu de temps...
S : "Mais vous écriviez quoi dans ces forums ?"
T :Après chaque usage de la thérapeutique, nous décrivions le patient sur lequel nous l'avions appliqué, les symptômes, les effets primaires, secondaires...
S : Et vous dites que vous y avez pris goût ! Pourquoi ?
T :Parce que très rapidement avec l'aide du Laboratoire nous avons pu organiser d'autres groupes sur d'autres sujets. Je suis personnellement membre d'un groupe de travail sur la cancérologie. Nous sommes 10 urologues répartis sur toute la France. A l'issue de notre réunion annuelle, je leur ai montré comment nous travaillons avec notre laboratoire. Cela nous a donné l'idée de faire de même pour continuer nos travaux en dehors de nos réunions. Cela nous permet de garder le contact entre nous, d'approfondir les points évoqués lors de la précédente réunion, de préparer les suivantes. Quand nous nous retrouvons, nous sommes ainsi parfaitement en phase.
S : Mais les autres, s'y sont tous mis?
T :Pas tous, et pas tout de suite. Au départ seulement 3 ou 4 d'entre nous y participaient et puis voyant que nos échanges étaient productifs et par volonté de ne pas se faire marginaliser les autres s'y sont mis. Il faut dire qu'à nouveau l'aide du laboratoire qui a réglé tous les problèmes matériels nous a été d'un grand secours. On a gagné beaucoup de temps et je ne suis pas sûr que nous aurions persévéré si la technique n'avait pas été sans faille !
S : Avez-vous d'autres groupes de travail maintenant ?
T :"Nous sommes 4 associés dans la clinique, je les ai rapidement convaincu de coordonner nos actions et nos projets de la sorte, car les occasions de nous rencontrer à 4 sont bien rares. Nous avons en quelque sorte un petit Intranet dont je suis très fier ! Nous avons commencé à y mettre les dossiers des patients que nous traitons en commun. Mais notre gros travail est la coordination des manifestations que nous organisons pour les médecins généralistes. Nous avons notamment organisé une réunion de présentation des nouvelles techniques d'opération en fibroscopie. Un confrère et moi-même opérions au bloc et grâce à un système de vidéotransmissions, les médecins pouvaient suivre en direct l'opération dans une salle à proximité avec le commentaire des 2 autres associés. Rassurez-vous, le patient étaient au courant et tout s'est bien passé ! Si je vous parle de cela, c'est que ce genre d'événement ne s'improvise pas et qu'il était indispensable de bien nous coordonner. Le plus remarquable c'est que nous avons proposé aux médecins présents de continuer à poser leurs questions sur un forum électronique et qu'une bonne vingtaine a suivi. Nous avons maintenant une nouvelle communauté de médecins de la région avec qui nous communiquons régulièrement. Ils nous demandent des conseils par rapport à notre spécialité, nous "parlent" de cas qu'ils rencontrent avant de nous les envoyer.
S : Et maintenant quels sont vos projets ?
T : J'ai récemment découvert "Surgery Online" qui est un service créé pour la communauté des chirurgiens orthopédistes du monde entier. Ils sont actuellement plus de 300 à utiliser ce formidable outil qui pour l'instant concerne essentiellement mes confrères orthopédistes. On y accède via Internet (www. Orthopedie.com) et un mot de passe que l'on obtient une fois que l'on s'est abonné (environ
100 F
hors taxe par mois). On y trouve de l'information bien sûr mais aussi des accès aux bases de données médicales, des annuaires, des forums, des conseils d'experts : une véritable mine d'or ! Le site s'organise maintenant aussi sur d'autres spécialités comme par la chirurgie de la main. Mon projet est donc d'activer rapidement la communauté des Urologues du monde entier !
Par ailleurs, j'ai entendu dire que des familles, des amis, des sportifs créent leurs propres micro-communautés ! Mon métier m'occupe tellement que je souffre souvent de ne pas pouvoir être plus proche de ma famille, de mes amis ! Ce type d'organisation pourrait m'y aider, même si je reste un fervent adepte de bons repas et de virées entre amis !
S : Merci Docteur