Internet @ visages
humains
Mieux comprendre les
micro-communautés d'échanges
au travers de 20 applications concrètes
Eric
Coisne & Frédéric Soussin
© 1999
Préface
Ce livre est le premier bilan de cinq ans de vie dans l’univers des micro-communautés sur Internet.
Notre histoire commence en 1993, lorsque notre petit groupe de conseil a été conduit à créer un outil de travail à distance, du fait de "l’émigration" de quelques-uns uns d’entre nous vers les pentes du massif de la Chartreuse. Ce choix de vie allait très vite avoir une incidence incroyable sur nos savoir-faire et nos modes de travail. Pendant que de nombreux penseurs glosaient sur le télétravail et le fonctionnement en réseau, nous le découvrions jour après jour et nous en apercevions les horizons illimités.
De cette première expérience sont nés des savoir-faire et de nombreuses micro-communautés créées chez nos clients ou chez nos amis. Nous avons beaucoup regardé, nous avons beaucoup interrogé, nous avons eu de grandes joies, nous avons connu quelques grosses déceptions.
Mais aujourd’hui, ce dont nous sommes sûrs, c’est qu’Internet au travers de ses différentes déclinaisons est un fantastique et prodigieux outil de transformation de notre société, mais pas dans les dimensions "américaine", gigantesques et "business" trop souvent mises en avant. Il s’agit plutôt d’un outil d’accroissement de la proximité, de l’échange, de l’intimité sachant rester à taille humaine.
C’est en tout cas ce que nous avons vu et surtout ce à quoi nous croyons. Comme vous le verrez au travers de ce livre il s’agit de marier le monde d’aujourd’hui au monde de demain et de lui garder toute sa dimension chaleureuse et humaine. Si vous vous sentez attirés par ce que vous révéleront nos personnages, vous aurez la possibilité de passer à l’acte dès la fin de cet ouvrage !
Mais pour l’instant nous vous proposons d’entrer dans l’intimité de la vie d’une vingtaine de micro-communautés.
Toute ressemblance avec des personnages ou des communautés existantes n’est absolument pas fortuite !
Bonne visite !
01 - Une conférence de rédaction houleuse
Paul est rédacteur en chef de l’un des grands
journaux informatiques français. Comme beaucoup de ses
confrères il est confronté à l’art difficile de devoir
parler d’un monde où les idées et les informations se
télescopent à grande vitesse. Retrouvons-le lors de
l’une de ses réunions de "brainstorming" sur un
sommaire à venir ....
Paul : "Nous sommes réunis aujourd'hui pour définir le sommaire de notre numéro spécial SINTCOM*. Le thème sera bien entendu un état de l'art sur INTERNET et ses applications. Je vous propose de commencer par un inventaire des idées de sujets que vous aimeriez traiter"
Alexandra : " Pour moi c'est clair, il est impératif de tout concentrer autour du commerce électronique. Toutes les entreprises ne pensent plus qu'à cela, et même si les résultats ne sont pas encore probants, cela devrait totalement changer la face du commerce. C'est le début de la mondialisation tant attendue"
Sandrine : "Je parlerais plutôt des enjeux du télétravail, car avec la dématérialisation du travail et des services, les besoins d'aménagement du territoire et la quête de sens des gens, les nouvelles technologies sont en train de changer totalement la donne."
Arthur: " Pourquoi pas parler de la démocratie électronique, qui va permettre de savoir à tout instant ce que veulent les citoyens, de pouvoir les sonder, et d'avoir enfin un audimat pour les hommes politiques !"
Alexandra : " Je crois qu'il faut également parler des aspects sécurité et contrôle car c'est en train de partir dans tous les sens et les pays ne savent plus comment faire pour limiter les excès qui sont commis. Cela va des réseaux pédophiles ou de la drogue, du pillage de données, du harcèlement publicitaire dans les boîtes aux lettres électroniques, à la publication de documents confidentiels."
Sandrine: " On pourrait faire le point sur la guerre Microsoft / Netscape, car de ce côté-là les coups sont toujours aussi tordus et c'est un vrai roman feuilleton."
Arthur: " Il est quand même nécessaire de faire un point sur les évolutions technologiques, sur les avancées du Network Computer, sur la téléphonie et la visioconférence, sur les nouveaux modems haut débit, sur le câble, sur le Net par satellite, etc."
Alexandra : "Il ne faudrait pas oublier l'explosion des usages du "chat"*. C'est vraiment un raz de marée sociologique aux USA. Les gens préfèrent ça à leur télé. C'est dire que c'est devenu incontournable !"
Sandrine: " N'oublions pas les entreprises qui sont plus sensibles à la thématique Intranet/Extranet. Pour elles le côté "surf" et techno ne sont pas "leur tasse de thé". Elles veulent savoir comment tout cela permet de réorganiser leurs structures, et de repenser leurs processus d'échanges d'informations."
Paul : " Vous ne dites rien Mathieu. Vous n'avez vraiment aucune idée à apporter?"
Mathieu: "Je crois que tout ce qui vient d'être dit est complètement "à côté de la plaque". Tout d'abord ces sujets ont été abordés 25 000 fois par tous nos confrères et je suis sûr que les gens commencent à en avoir marre de manger la même soupe ! Ensuite beaucoup des sujets évoqués vont être une fois de plus des collections de poncifs, qui n'apporteront pas beaucoup de clarté sur ce marché."
Paul: "Vous ne pensez pas que le commerce électronique soit un bon sujet par exemple ?"
Mathieu: " C'est un fantastique sujet de futurologie mais il faut dire qu’à ce jour on ferait mieux de faire l'inventaire des échecs qui sont cent fois plus nombreux que les réussites. Bien sûr qu'un jour tout cela marchera très fort, mais avec le niveau d'équipement actuel, beaucoup des délires sur le sujet relèvent de la science-fiction !"
Paul: "Et le télétravail ?"
Mathieu: "Dans le genre tarte à la crème il n’y a pas mieux. Là aussi c'est un délire de technocrates des beaux quartiers de Paris, relayés par certains journalistes en mal de sujets et de sensations. Mais si on regarde bien les mentalités dans les entreprises, elles sont bien trop rétrogrades pour que cette mouvance ait une quelconque chance d'aboutir à court terme."
Paul: " Vous avez également quelque chose contre la guerre Microsoft / Netscape ?"
Mathieu: " Moi rien ! Mais je crois que les gens s'en foutent totalement. Tout simplement parce qu'ils en connaissent l'inexorable issue. C'est pas ce genre de sujet qui va les rendre pertinents et qui va leur donner des idées sur la façon de gérer le changement"
Paul: " Et Extranet / Intranet, ce n'est pas un sujet important peut-être !"
Mathieu: " Bien sûr que c'est un sujet important, mais encore faut-il l'aborder par le bon angle, avec le bon niveau de pragmatisme et avec une compréhension qui soit autre que superficielle. Car reconnaissons- le nous parlons de choses que nous connaissons très mal et cela ne nous empêche pas d'être péremptoires et prophétiques. Ayons l'humilité de redescendre sur le terrain et de pratiquer nous-mêmes ce dont nous avons la prétention de parler. "
Paul: " Je ne suis pas loin d'être d'accord avec vous, car je ressens moi-même une grande lassitude à relire les papiers de l'équipe ! J'imagine qu'il en est de même pour les lecteurs ! Alors ce serait quoi pour vous le "bon angle"?"
Mathieu: " Pour moi le bon angle c'est un nouveau phénomène qui est en train de se produire sur le Net. Personne n'y a fait attention jusqu'à ce jour, personne n'en a parlé sérieusement et pourtant c'est une avancée formidable dans les possibilités d'interactions apportées par la technologie. C'est peut-être le début d'une mutation sociologique en profondeur. Ce phénomène c'est celui des micro-communautés électroniques, les MCE si vous préférez !"
Sandrine: " Tu mets quoi exactement derrière la notion de micro-communauté électronique !"
Mathieu: " Tout simplement la chose suivante; un jour les gens en ont eu marre de surfer sur des sites où ils ne cherchaient rien, de ne pas trouver ce qu'ils cherchaient, de recevoir par leur messagerie électronique des sollicitations publicitaires innombrables, de faire des recherches de sujets et de se trouver avec des milliers de documents à trier, de fréquenter des newsgroups où l'investissement temps nécessaire pour trier les milliers d'informations n'était plus à la hauteur des résultats, de se faire envahir l'écran par des bandeaux publicitaires, en quelque sorte d'avoir le sentiment d'être perdus dans un univers cacophonique."
Arthur: "OK pour le diagnostic. Mais les micro-communautés d'échanges (MCE) c'est quoi alors ? "
Mathieu: " Les MCE sont justement la réponse à leurs envies et à leurs frustrations. Leur envie c'était de se retrouver avec les gens avec lesquels ils avaient envie d'échanger, de retrouver une dimension humaine aux groupes, de sentir une réelle convivialité, de faire aboutir des idées et des projets, de coordonner des actions, d'avoir en quelque sorte une finalité et une efficacité à leurs échanges. C'est pour cela que d'une manière très souterraine se sont développées des micro-communautés électroniques privées, qui permettaient à des petits groupes de se parler à l'abri des regards, de structurer leurs échanges, d'organiser leur coexistence électronique, de favoriser la solidarité et l'entraide entre des gens qui avaient choisi volontairement de vivre dans des espaces électroniques. C'est la réponse concrète au gigantisme et à la dérive business qu'était en train de connaître Internet. "
Alexandra: " D'une certaine manière ça existait déjà avant avec le Minitel, le groupware, les BBS."
Mathieu: " Tout à fait. Mais la déferlante du Web a complètement éclipsé ces aspects et on a fini par croire que la révolution de l'information c'était l'accès illimité à des milliards d'informations disponibles sur des millions de serveurs. En gros le mythe de la bibliothèque universelle. Alors qu'en fait ce qu'attendaient les gens c'était un nouveau moyen d'interaction, un nouvel outil de communication qui leur permette d'amplifier leurs possibilités d'échanges. Au début les technologies du Web s'y prêtaient mal. Depuis peu c'est complètement possible et les galops d'essai qu'étaient le Minitel , le groupware et les BBS, ont pu donner naissance à un nouveau phénomène majeur, qui est en fait l'explosion de ce qui était en germe depuis pas mal d'années."
Sandrine: " Et tu crois que c'est vraiment possible de vivre en "communauté" avec des ordinateurs ?"
Mathieu: " Moi je ne crois rien, je constate. Et j'ai croisé de nombreuses personnes qui vivent comme ça. A nous de les trouver , de les rencontrer et de nous faire une opinion. Arrêtons de pontifier du haut de nos certitudes et des piles de communiqués de presse. Cessons d'être les porte-voix des constructeurs et des éditeurs et devenons les reporters des utilisateurs. Centrons-nous sur les usages au lieu de délirer sur les techniques."
Arthur: " Par quel bout commencer ? "
Mathieu: " je vous propose de rencontrer un consultant qui s'est spécialisé dans ces domaines et qui a beaucoup d'informations et de retours d'expériences. Il pourrait nous aider à mieux comprendre tout cela. Il est lui-même membre de plusieurs micro-communautés ce qui fait que pour la première fois de votre carrière vous entendrez un consultant parler de choses qu'il pratique !"
Paul: " OK sur le principe. Tu peux l'inviter pour la réunion de lundi prochain?"
* SINTCOM : Salon International des Nouvelles Technologies de la Communication
**CHAT : prononcer "tchatte".De l'anglais "bavardage, baratin". Technique permettant d'échanger questions et réponses en direct grâce à l'écran et au clavier.
Paul : "Nous sommes réunis aujourd'hui pour définir le sommaire de notre numéro spécial SINTCOM*. Le thème sera bien entendu un état de l'art sur INTERNET et ses applications. Je vous propose de commencer par un inventaire des idées de sujets que vous aimeriez traiter"
Alexandra : " Pour moi c'est clair, il est impératif de tout concentrer autour du commerce électronique. Toutes les entreprises ne pensent plus qu'à cela, et même si les résultats ne sont pas encore probants, cela devrait totalement changer la face du commerce. C'est le début de la mondialisation tant attendue"
Sandrine : "Je parlerais plutôt des enjeux du télétravail, car avec la dématérialisation du travail et des services, les besoins d'aménagement du territoire et la quête de sens des gens, les nouvelles technologies sont en train de changer totalement la donne."
Arthur: " Pourquoi pas parler de la démocratie électronique, qui va permettre de savoir à tout instant ce que veulent les citoyens, de pouvoir les sonder, et d'avoir enfin un audimat pour les hommes politiques !"
Alexandra : " Je crois qu'il faut également parler des aspects sécurité et contrôle car c'est en train de partir dans tous les sens et les pays ne savent plus comment faire pour limiter les excès qui sont commis. Cela va des réseaux pédophiles ou de la drogue, du pillage de données, du harcèlement publicitaire dans les boîtes aux lettres électroniques, à la publication de documents confidentiels."
Sandrine: " On pourrait faire le point sur la guerre Microsoft / Netscape, car de ce côté-là les coups sont toujours aussi tordus et c'est un vrai roman feuilleton."
Arthur: " Il est quand même nécessaire de faire un point sur les évolutions technologiques, sur les avancées du Network Computer, sur la téléphonie et la visioconférence, sur les nouveaux modems haut débit, sur le câble, sur le Net par satellite, etc."
Alexandra : "Il ne faudrait pas oublier l'explosion des usages du "chat"*. C'est vraiment un raz de marée sociologique aux USA. Les gens préfèrent ça à leur télé. C'est dire que c'est devenu incontournable !"
Sandrine: " N'oublions pas les entreprises qui sont plus sensibles à la thématique Intranet/Extranet. Pour elles le côté "surf" et techno ne sont pas "leur tasse de thé". Elles veulent savoir comment tout cela permet de réorganiser leurs structures, et de repenser leurs processus d'échanges d'informations."
Paul : " Vous ne dites rien Mathieu. Vous n'avez vraiment aucune idée à apporter?"
Mathieu: "Je crois que tout ce qui vient d'être dit est complètement "à côté de la plaque". Tout d'abord ces sujets ont été abordés 25 000 fois par tous nos confrères et je suis sûr que les gens commencent à en avoir marre de manger la même soupe ! Ensuite beaucoup des sujets évoqués vont être une fois de plus des collections de poncifs, qui n'apporteront pas beaucoup de clarté sur ce marché."
Paul: "Vous ne pensez pas que le commerce électronique soit un bon sujet par exemple ?"
Mathieu: " C'est un fantastique sujet de futurologie mais il faut dire qu’à ce jour on ferait mieux de faire l'inventaire des échecs qui sont cent fois plus nombreux que les réussites. Bien sûr qu'un jour tout cela marchera très fort, mais avec le niveau d'équipement actuel, beaucoup des délires sur le sujet relèvent de la science-fiction !"
Paul: "Et le télétravail ?"
Mathieu: "Dans le genre tarte à la crème il n’y a pas mieux. Là aussi c'est un délire de technocrates des beaux quartiers de Paris, relayés par certains journalistes en mal de sujets et de sensations. Mais si on regarde bien les mentalités dans les entreprises, elles sont bien trop rétrogrades pour que cette mouvance ait une quelconque chance d'aboutir à court terme."
Paul: " Vous avez également quelque chose contre la guerre Microsoft / Netscape ?"
Mathieu: " Moi rien ! Mais je crois que les gens s'en foutent totalement. Tout simplement parce qu'ils en connaissent l'inexorable issue. C'est pas ce genre de sujet qui va les rendre pertinents et qui va leur donner des idées sur la façon de gérer le changement"
Paul: " Et Extranet / Intranet, ce n'est pas un sujet important peut-être !"
Mathieu: " Bien sûr que c'est un sujet important, mais encore faut-il l'aborder par le bon angle, avec le bon niveau de pragmatisme et avec une compréhension qui soit autre que superficielle. Car reconnaissons- le nous parlons de choses que nous connaissons très mal et cela ne nous empêche pas d'être péremptoires et prophétiques. Ayons l'humilité de redescendre sur le terrain et de pratiquer nous-mêmes ce dont nous avons la prétention de parler. "
Paul: " Je ne suis pas loin d'être d'accord avec vous, car je ressens moi-même une grande lassitude à relire les papiers de l'équipe ! J'imagine qu'il en est de même pour les lecteurs ! Alors ce serait quoi pour vous le "bon angle"?"
Mathieu: " Pour moi le bon angle c'est un nouveau phénomène qui est en train de se produire sur le Net. Personne n'y a fait attention jusqu'à ce jour, personne n'en a parlé sérieusement et pourtant c'est une avancée formidable dans les possibilités d'interactions apportées par la technologie. C'est peut-être le début d'une mutation sociologique en profondeur. Ce phénomène c'est celui des micro-communautés électroniques, les MCE si vous préférez !"
Sandrine: " Tu mets quoi exactement derrière la notion de micro-communauté électronique !"
Mathieu: " Tout simplement la chose suivante; un jour les gens en ont eu marre de surfer sur des sites où ils ne cherchaient rien, de ne pas trouver ce qu'ils cherchaient, de recevoir par leur messagerie électronique des sollicitations publicitaires innombrables, de faire des recherches de sujets et de se trouver avec des milliers de documents à trier, de fréquenter des newsgroups où l'investissement temps nécessaire pour trier les milliers d'informations n'était plus à la hauteur des résultats, de se faire envahir l'écran par des bandeaux publicitaires, en quelque sorte d'avoir le sentiment d'être perdus dans un univers cacophonique."
Arthur: "OK pour le diagnostic. Mais les micro-communautés d'échanges (MCE) c'est quoi alors ? "
Mathieu: " Les MCE sont justement la réponse à leurs envies et à leurs frustrations. Leur envie c'était de se retrouver avec les gens avec lesquels ils avaient envie d'échanger, de retrouver une dimension humaine aux groupes, de sentir une réelle convivialité, de faire aboutir des idées et des projets, de coordonner des actions, d'avoir en quelque sorte une finalité et une efficacité à leurs échanges. C'est pour cela que d'une manière très souterraine se sont développées des micro-communautés électroniques privées, qui permettaient à des petits groupes de se parler à l'abri des regards, de structurer leurs échanges, d'organiser leur coexistence électronique, de favoriser la solidarité et l'entraide entre des gens qui avaient choisi volontairement de vivre dans des espaces électroniques. C'est la réponse concrète au gigantisme et à la dérive business qu'était en train de connaître Internet. "
Alexandra: " D'une certaine manière ça existait déjà avant avec le Minitel, le groupware, les BBS."
Mathieu: " Tout à fait. Mais la déferlante du Web a complètement éclipsé ces aspects et on a fini par croire que la révolution de l'information c'était l'accès illimité à des milliards d'informations disponibles sur des millions de serveurs. En gros le mythe de la bibliothèque universelle. Alors qu'en fait ce qu'attendaient les gens c'était un nouveau moyen d'interaction, un nouvel outil de communication qui leur permette d'amplifier leurs possibilités d'échanges. Au début les technologies du Web s'y prêtaient mal. Depuis peu c'est complètement possible et les galops d'essai qu'étaient le Minitel , le groupware et les BBS, ont pu donner naissance à un nouveau phénomène majeur, qui est en fait l'explosion de ce qui était en germe depuis pas mal d'années."
Sandrine: " Et tu crois que c'est vraiment possible de vivre en "communauté" avec des ordinateurs ?"
Mathieu: " Moi je ne crois rien, je constate. Et j'ai croisé de nombreuses personnes qui vivent comme ça. A nous de les trouver , de les rencontrer et de nous faire une opinion. Arrêtons de pontifier du haut de nos certitudes et des piles de communiqués de presse. Cessons d'être les porte-voix des constructeurs et des éditeurs et devenons les reporters des utilisateurs. Centrons-nous sur les usages au lieu de délirer sur les techniques."
Arthur: " Par quel bout commencer ? "
Mathieu: " je vous propose de rencontrer un consultant qui s'est spécialisé dans ces domaines et qui a beaucoup d'informations et de retours d'expériences. Il pourrait nous aider à mieux comprendre tout cela. Il est lui-même membre de plusieurs micro-communautés ce qui fait que pour la première fois de votre carrière vous entendrez un consultant parler de choses qu'il pratique !"
Paul: " OK sur le principe. Tu peux l'inviter pour la réunion de lundi prochain?"
* SINTCOM : Salon International des Nouvelles Technologies de la Communication
**CHAT : prononcer "tchatte".De l'anglais "bavardage, baratin". Technique permettant d'échanger questions et réponses en direct grâce à l'écran et au clavier.
02 - Alain, expert "micro-communautés électroniques"
Alain est un "vieux de la vieille" d’Internet !
Cela fait maintenant plus de cinq ans qu’il y a
englouti ses jours, ses nuits et ses week-ends. Ne
venant pas du sérail technique, il a toujours porté un
regard plus tourné sur les usages que sur la
"bidouille" !
Paul: " Bonjour, Mathieu nous a dit que vous étiez le pape des micro-communautés électroniques !"
Alain: " Pape, le mot est un peu excessif. Ce qui est sûr c'est que je suis "croyant" . Et que je suis prosélyte, car j'ai toujours essayé de transmettre aux autres mes passions et mes convictions."
Paul: " Alors justement, comment devient-on un aficionado des micro-communautés électroniques ?"
Alain: " Généralement par le plus grand des hasards. Car c'est la face cachée d’Internet, celle que l'on ne découvre que si quelqu'un vous y initie. J'ai toujours pensé que le groupe et l'équipe étaient la base de toute organisation sociale. J'en ai moi-même animé des centaines, qu'ils soient professionnels ou privés, créé un grand nombre et je n'arrive pas à imaginer de projets humains sans une dimension de groupe, de communauté. Si vous y réfléchissez bien vous êtes vous-mêmes membre de multiples communautés qui vont de votre famille aux groupes projets de votre entreprise, en passant par les parents d'élèves, certaines associations et bien d'autres encore. A certaines époques ces communautés d'intérêt ont travaillé par le biais de réunions, puis par le téléphone et le fax, et maintenant elles annexent et profitent des différents outils électroniques. Dans mon cas un de mes amis consultants m'a un jour proposé de participer à l'un de ses projets , à la condition que nous puissions continuer nos travaux par le biais d’Internet. La raison de sa demande était qu'il habitait dans le Sud de la France, que moi-même j'étais à Paris, et que le client était à Genève. Il n'y avait donc pas d'alternative sauf à devenir actionnaire de la Swissair ! "
Alexandra: " Alors c'était la fin des réunions et des rencontres ? "
Alain: " Cela aurait pu être le cas si nous avions été des extrémistes. Et cela aurait abouti à un échec. Cela a plutôt été une façon de limiter les réunions et les déplacements et de travailler ensemble en continu. Si vous analysez vos relations et vos échanges vous constaterez qu'il y a une hypertrophie des relations "synchrones" que ce soient les réunions, les rendez-vous ou les appels téléphoniques. Le paroxysme le plus caricatural étant le téléphone portable qui fait de vous une victime potentielle même dans les endroits les plus retirés. En dehors de ces relations synchrones, il y a souvent peu d'échanges car on est happé par d'autres relations synchrones. Ceci explique les pertes de temps pour relancer les réunions ou pour préciser le cadre d'un entretien téléphonique. L'astuce des micro-communautés électroniques est précisément de pouvoir s'affranchir du joug du temps et de l'espace ".
Sandrine: " On nage en pleine science-fiction ! "
Alain: " Pour vous oui. Pour moi non ! Le fonctionnement en groupe grâce aux médias électroniques permet de communiquer de n'importe quel endroit et cela même si les autres personnes ne sont pas disponibles ou joignables à un moment donné. On dépose sa contribution dans un espace électronique. Les autres l'y trouveront quand ils auront décidé d'y venir. Ainsi on peut mettre dans une salle de rédaction virtuelle un article que l'on vient d'écrire , les réactions du rédacteur en chef et des autres journalistes n'intervenant que le lendemain par exemple. L'asynchrone devient alors une nouvelle clé de participation .De plus le fait de pouvoir intervenir de n'importe quel endroit sur différents sujets nous donne en quelque sorte le don d'ubiquité .Nous sommes bien loin ici de la science-fiction ! "
Arthur: " Pour reprendre le problème à la base, comment l'histoire d’Internet conduit aux micro-communautés électroniques ? "
Alain: " Il faut d'abord rappeler que les premiers utilisateurs étaient plutôt des scientifiques et des informaticiens qui avaient besoin d'échanger pour avancer leurs travaux. Leurs outils de l'époque étaient l'E-mail et les newsgroups. L'E-mail permettait d'envoyer des lettres électroniques sur toute la planète; les newsgroups de partager des informations organisées par thèmes. Ces deux outils matérialisaient les deux extrêmes en matière de communication. L'un était un outil de communication privée , l'autre un outil totalement public. Puis est arrivé le Web qui répondait à un autre besoin qui était celui de la publication d'informations. Sa simplicité d'usage et son attractivité graphique ont attiré alors des millions de personnes fascinées par la promesse de la connaissance universelle. Mais ceci a dans un premier temps mis dans l'ombre la nécessité d'échanger autour de l'information. Il faut dire que la presse n'a rien arrangé car elle a amplifié la dimension "autoroute de l'information" d’Internet et escamoté la dimension communautaire .Les gens ne passent pas leur vie à rouler ! "
Paul:" D'où vient cet oubli de la presse ?"
Alain: " Du fric ! Et du manque de culture ! En effet la presse sortait de dix années de Bureautique qui avaient fait de l'ordinateur un temple de l'individualisme. Les échanges électroniques étaient des échanges de données et non des échanges d'idées. Et donc la presse a immédiatement vu dans ces nouveaux outils un moyen pour l'individu d'acquérir encore plus d'informations. Comme le mouvement Internet et autoroutes de l'information était plutôt poussé par les américains, la dimension "business" est vite devenue centrale. Comment gagner de l'argent avec Internet ? Comment vendre grâce à Internet ? Autant de questions justifiées mais qui ont finalement occulté de nombreux autres aspects , en particulier celui des MCE. C'est ainsi que la presse est passée longtemps à-côté de ce phénomène , attirée par les paillettes et le strass d'un Web nouvelle pensée unique. Par ailleurs de nombreuses dimensions des nouvelles technologies ne s'éclairent que lorsqu'on les pratique. Or beaucoup de journalistes n'ont pratiqué à ce jour que la recherche d'information et non la participation à des échanges électroniques. D'où un trou dans leur culture."
Arthur: " Est-ce à dire que cette vague des MCE n'est pas partie des constructeurs et des éditeurs ?"
Alain: " Tout à fait. La vague est partie des utilisateurs qui se sont emparés des technologies pour les adapter à leurs besoins les plus urgents. Ils avaient un problème de gestion du temps et de l'espace, un problème d'amplification des échanges, un problème d'intimité de groupe. Ils en ont décliné et inventé les technologies qui permettaient les MCE. C'est un peu comme cela pour toutes les grandes révolutions technologiques. La technologie trouve son sens quand les utilisateurs prennent le pouvoir ! Et le phénomène devient vague de fond quand les fabricants et éditeurs récupèrent le mouvement pour en faire une mode. Les médias jouent à ce moment-là un rôle très important de vulgarisation et promotion."
Alexandra: " OK pour les principes. Concrètement comment ça marche ?"
Alain: " Dans la majorité des cas tout cela marche grâce à la dynamique du client-serveur. Pour être clair, chaque utilisateur, donc chaque "client", dispose d’un logiciel sur son poste qui lui permet d’accéder au serveur sur lequel se trouve toute l’information. Dans certains cas l’information est rapatriée régulièrement sur le poste client afin de pouvoir se déconnecter du réseau. C’est idéal pour les utilisateurs nomades ou pour ceux qui ne veulent pas dépenser des fortunes en téléphone. Sur le poste client l’information est organisée en salles virtuelles ouvertes à des groupes de tailles variables. Pour y entrer vous devez être dans une liste d’accès et donc vous identifier. C’est un gage de sécurité et d’intimité pour le groupe. Il existe depuis peu des outils pour MCE encore plus pratiques et faciles à déployer car leurs auteurs ont réussi à se passer de serveurs. Ils ont réussi à faire des échanges de groupes client-client !"
Sandrine: " Quel est le niveau de difficulté ?"
Alain: " Tout ceci n’est pas plus compliqué qu’un traitement de texte. Le plus compliqué est souvent la première connexion car il faut régler les problèmes logiciels et les problèmes de modem. Cette étape étant franchie on devient en quelques semaines un vieux routiers des MCE. Les deux plus grandes difficultés sont avant et après le lancement. Avant il faut définir clairement les objectifs, afin de savoir clairement ce que l’on cherche et définir les bénéfices apportés à chaque participant. Après il faut faire vivre sa communauté et donc l’animer, la relancer, la motiver. Sinon le soufflé peut retomber aussi vite qu’il est monté."
Alexandra: "Quel en est le coût ?"
Alain: " Il n’y a pas de réponse homogène à cette question. Selon que vous êtes en utilisation privée avec un hébergeur type "provider" ou en entreprise avec un système de serveur interne cela peut coûter de 100 à 1 000 € par an. Les coûts les plus importants à ce jour restent les consommations téléphoniques. En France tout du moins !"
Arthur: " Qui sont les plus gros utilisateurs ?"
Alain: " Ceci a bien entendu commencé dans les grandes entreprises qui ont vu dans ces démarches une façon idéale de se réorganiser et de limiter leurs coûts. Plus le management de ces grands groupes était dans une logique de remise en cause, plus ces démarches ont eu du succès. Autant dire que beaucoup d’entreprises n’y sont pas encore ! Dans beaucoup de cas les entreprises ont démarré par la messagerie car ça au moins , tout le monde comprenait, même le directeur informatique ! Pour ce qui est des utilisations privées le phénomène est tout juste émergent car les applications manquaient et les providers n’avaient pas d’offre adaptée aux communautés "
Sandrine: " A quoi ça sert ?"
Alain: " A peu près à tout, mais surtout à échanger, dialoguer, coordonner, publier, mettre au point, valider, observer, et avant tout mettre en commun "
Arthur: " Est-ce long et difficile à mettre en oeuvre ? "
Alain: " Si on se prend la tête, oui ! Mais si on commence par des choses simples avec des outils du marché, cela peut être lancé du jour au lendemain. C’est après cette première installation rustique que les choses vont pouvoir se raffiner et que les outils vont pouvoir être de plus en plus adaptés aux processus d’échange."
Paul: " Vous pourriez nous parler de votre propre façon de fonctionner ?"
Alain: " Pour ma part mes micro-communautés sont de deux ordres ; les professionnelles et les privées. Pour les premières , je dispose d’une sorte de centre d’affaires virtuel dans lequel j’invite mes clients et partenaires. Chaque client dispose d’une salle partagée avec moi et chaque mission donne lieu à la création d’un espace partagé entre mon client, mes confrères et moi-même. C’est comme cela que nous nous coordonnons et que nous sommes pour ainsi dire tout le temps ensemble. Du côté privé, j’utilise un tout nouvel outil qui me permet de créer moi-même des lieux de réunions privés et de les partager avec mes amis. Je suis ainsi en relation avec ma famille, mon ancienne école et plusieurs associations."
Sandrine: "Qui nous conseilleriez- vous de rencontrer ? "
Alain: " Je peux vous faire parvenir dès demain une liste de quelques personnes qui me semblent exemplaires. Elles partagent le fait d’avoir réellement vécu quelque chose et de savoir de quoi elles parlent. Vous verrez, ce que toutes ces personnes ont en commun c’est un enthousiasme certain pour les micro-communautés d’échange. Ne comptez pas sur elles pour être des avocats du diable
Paul: " Bonjour, Mathieu nous a dit que vous étiez le pape des micro-communautés électroniques !"
Alain: " Pape, le mot est un peu excessif. Ce qui est sûr c'est que je suis "croyant" . Et que je suis prosélyte, car j'ai toujours essayé de transmettre aux autres mes passions et mes convictions."
Paul: " Alors justement, comment devient-on un aficionado des micro-communautés électroniques ?"
Alain: " Généralement par le plus grand des hasards. Car c'est la face cachée d’Internet, celle que l'on ne découvre que si quelqu'un vous y initie. J'ai toujours pensé que le groupe et l'équipe étaient la base de toute organisation sociale. J'en ai moi-même animé des centaines, qu'ils soient professionnels ou privés, créé un grand nombre et je n'arrive pas à imaginer de projets humains sans une dimension de groupe, de communauté. Si vous y réfléchissez bien vous êtes vous-mêmes membre de multiples communautés qui vont de votre famille aux groupes projets de votre entreprise, en passant par les parents d'élèves, certaines associations et bien d'autres encore. A certaines époques ces communautés d'intérêt ont travaillé par le biais de réunions, puis par le téléphone et le fax, et maintenant elles annexent et profitent des différents outils électroniques. Dans mon cas un de mes amis consultants m'a un jour proposé de participer à l'un de ses projets , à la condition que nous puissions continuer nos travaux par le biais d’Internet. La raison de sa demande était qu'il habitait dans le Sud de la France, que moi-même j'étais à Paris, et que le client était à Genève. Il n'y avait donc pas d'alternative sauf à devenir actionnaire de la Swissair ! "
Alexandra: " Alors c'était la fin des réunions et des rencontres ? "
Alain: " Cela aurait pu être le cas si nous avions été des extrémistes. Et cela aurait abouti à un échec. Cela a plutôt été une façon de limiter les réunions et les déplacements et de travailler ensemble en continu. Si vous analysez vos relations et vos échanges vous constaterez qu'il y a une hypertrophie des relations "synchrones" que ce soient les réunions, les rendez-vous ou les appels téléphoniques. Le paroxysme le plus caricatural étant le téléphone portable qui fait de vous une victime potentielle même dans les endroits les plus retirés. En dehors de ces relations synchrones, il y a souvent peu d'échanges car on est happé par d'autres relations synchrones. Ceci explique les pertes de temps pour relancer les réunions ou pour préciser le cadre d'un entretien téléphonique. L'astuce des micro-communautés électroniques est précisément de pouvoir s'affranchir du joug du temps et de l'espace ".
Sandrine: " On nage en pleine science-fiction ! "
Alain: " Pour vous oui. Pour moi non ! Le fonctionnement en groupe grâce aux médias électroniques permet de communiquer de n'importe quel endroit et cela même si les autres personnes ne sont pas disponibles ou joignables à un moment donné. On dépose sa contribution dans un espace électronique. Les autres l'y trouveront quand ils auront décidé d'y venir. Ainsi on peut mettre dans une salle de rédaction virtuelle un article que l'on vient d'écrire , les réactions du rédacteur en chef et des autres journalistes n'intervenant que le lendemain par exemple. L'asynchrone devient alors une nouvelle clé de participation .De plus le fait de pouvoir intervenir de n'importe quel endroit sur différents sujets nous donne en quelque sorte le don d'ubiquité .Nous sommes bien loin ici de la science-fiction ! "
Arthur: " Pour reprendre le problème à la base, comment l'histoire d’Internet conduit aux micro-communautés électroniques ? "
Alain: " Il faut d'abord rappeler que les premiers utilisateurs étaient plutôt des scientifiques et des informaticiens qui avaient besoin d'échanger pour avancer leurs travaux. Leurs outils de l'époque étaient l'E-mail et les newsgroups. L'E-mail permettait d'envoyer des lettres électroniques sur toute la planète; les newsgroups de partager des informations organisées par thèmes. Ces deux outils matérialisaient les deux extrêmes en matière de communication. L'un était un outil de communication privée , l'autre un outil totalement public. Puis est arrivé le Web qui répondait à un autre besoin qui était celui de la publication d'informations. Sa simplicité d'usage et son attractivité graphique ont attiré alors des millions de personnes fascinées par la promesse de la connaissance universelle. Mais ceci a dans un premier temps mis dans l'ombre la nécessité d'échanger autour de l'information. Il faut dire que la presse n'a rien arrangé car elle a amplifié la dimension "autoroute de l'information" d’Internet et escamoté la dimension communautaire .Les gens ne passent pas leur vie à rouler ! "
Paul:" D'où vient cet oubli de la presse ?"
Alain: " Du fric ! Et du manque de culture ! En effet la presse sortait de dix années de Bureautique qui avaient fait de l'ordinateur un temple de l'individualisme. Les échanges électroniques étaient des échanges de données et non des échanges d'idées. Et donc la presse a immédiatement vu dans ces nouveaux outils un moyen pour l'individu d'acquérir encore plus d'informations. Comme le mouvement Internet et autoroutes de l'information était plutôt poussé par les américains, la dimension "business" est vite devenue centrale. Comment gagner de l'argent avec Internet ? Comment vendre grâce à Internet ? Autant de questions justifiées mais qui ont finalement occulté de nombreux autres aspects , en particulier celui des MCE. C'est ainsi que la presse est passée longtemps à-côté de ce phénomène , attirée par les paillettes et le strass d'un Web nouvelle pensée unique. Par ailleurs de nombreuses dimensions des nouvelles technologies ne s'éclairent que lorsqu'on les pratique. Or beaucoup de journalistes n'ont pratiqué à ce jour que la recherche d'information et non la participation à des échanges électroniques. D'où un trou dans leur culture."
Arthur: " Est-ce à dire que cette vague des MCE n'est pas partie des constructeurs et des éditeurs ?"
Alain: " Tout à fait. La vague est partie des utilisateurs qui se sont emparés des technologies pour les adapter à leurs besoins les plus urgents. Ils avaient un problème de gestion du temps et de l'espace, un problème d'amplification des échanges, un problème d'intimité de groupe. Ils en ont décliné et inventé les technologies qui permettaient les MCE. C'est un peu comme cela pour toutes les grandes révolutions technologiques. La technologie trouve son sens quand les utilisateurs prennent le pouvoir ! Et le phénomène devient vague de fond quand les fabricants et éditeurs récupèrent le mouvement pour en faire une mode. Les médias jouent à ce moment-là un rôle très important de vulgarisation et promotion."
Alexandra: " OK pour les principes. Concrètement comment ça marche ?"
Alain: " Dans la majorité des cas tout cela marche grâce à la dynamique du client-serveur. Pour être clair, chaque utilisateur, donc chaque "client", dispose d’un logiciel sur son poste qui lui permet d’accéder au serveur sur lequel se trouve toute l’information. Dans certains cas l’information est rapatriée régulièrement sur le poste client afin de pouvoir se déconnecter du réseau. C’est idéal pour les utilisateurs nomades ou pour ceux qui ne veulent pas dépenser des fortunes en téléphone. Sur le poste client l’information est organisée en salles virtuelles ouvertes à des groupes de tailles variables. Pour y entrer vous devez être dans une liste d’accès et donc vous identifier. C’est un gage de sécurité et d’intimité pour le groupe. Il existe depuis peu des outils pour MCE encore plus pratiques et faciles à déployer car leurs auteurs ont réussi à se passer de serveurs. Ils ont réussi à faire des échanges de groupes client-client !"
Sandrine: " Quel est le niveau de difficulté ?"
Alain: " Tout ceci n’est pas plus compliqué qu’un traitement de texte. Le plus compliqué est souvent la première connexion car il faut régler les problèmes logiciels et les problèmes de modem. Cette étape étant franchie on devient en quelques semaines un vieux routiers des MCE. Les deux plus grandes difficultés sont avant et après le lancement. Avant il faut définir clairement les objectifs, afin de savoir clairement ce que l’on cherche et définir les bénéfices apportés à chaque participant. Après il faut faire vivre sa communauté et donc l’animer, la relancer, la motiver. Sinon le soufflé peut retomber aussi vite qu’il est monté."
Alexandra: "Quel en est le coût ?"
Alain: " Il n’y a pas de réponse homogène à cette question. Selon que vous êtes en utilisation privée avec un hébergeur type "provider" ou en entreprise avec un système de serveur interne cela peut coûter de 100 à 1 000 € par an. Les coûts les plus importants à ce jour restent les consommations téléphoniques. En France tout du moins !"
Arthur: " Qui sont les plus gros utilisateurs ?"
Alain: " Ceci a bien entendu commencé dans les grandes entreprises qui ont vu dans ces démarches une façon idéale de se réorganiser et de limiter leurs coûts. Plus le management de ces grands groupes était dans une logique de remise en cause, plus ces démarches ont eu du succès. Autant dire que beaucoup d’entreprises n’y sont pas encore ! Dans beaucoup de cas les entreprises ont démarré par la messagerie car ça au moins , tout le monde comprenait, même le directeur informatique ! Pour ce qui est des utilisations privées le phénomène est tout juste émergent car les applications manquaient et les providers n’avaient pas d’offre adaptée aux communautés "
Sandrine: " A quoi ça sert ?"
Alain: " A peu près à tout, mais surtout à échanger, dialoguer, coordonner, publier, mettre au point, valider, observer, et avant tout mettre en commun "
Arthur: " Est-ce long et difficile à mettre en oeuvre ? "
Alain: " Si on se prend la tête, oui ! Mais si on commence par des choses simples avec des outils du marché, cela peut être lancé du jour au lendemain. C’est après cette première installation rustique que les choses vont pouvoir se raffiner et que les outils vont pouvoir être de plus en plus adaptés aux processus d’échange."
Paul: " Vous pourriez nous parler de votre propre façon de fonctionner ?"
Alain: " Pour ma part mes micro-communautés sont de deux ordres ; les professionnelles et les privées. Pour les premières , je dispose d’une sorte de centre d’affaires virtuel dans lequel j’invite mes clients et partenaires. Chaque client dispose d’une salle partagée avec moi et chaque mission donne lieu à la création d’un espace partagé entre mon client, mes confrères et moi-même. C’est comme cela que nous nous coordonnons et que nous sommes pour ainsi dire tout le temps ensemble. Du côté privé, j’utilise un tout nouvel outil qui me permet de créer moi-même des lieux de réunions privés et de les partager avec mes amis. Je suis ainsi en relation avec ma famille, mon ancienne école et plusieurs associations."
Sandrine: "Qui nous conseilleriez- vous de rencontrer ? "
Alain: " Je peux vous faire parvenir dès demain une liste de quelques personnes qui me semblent exemplaires. Elles partagent le fait d’avoir réellement vécu quelque chose et de savoir de quoi elles parlent. Vous verrez, ce que toutes ces personnes ont en commun c’est un enthousiasme certain pour les micro-communautés d’échange. Ne comptez pas sur elles pour être des avocats du diable
03 - Tristan, association d'anciens éléves
Tristan est Président de l'association des
anciens élèves d'une école de commerce. En dehors de
ses importantes responsabilités dans un groupe
international il a enfin trouvé le moyen de donner aux
anciens de son école l'envie de revenir vers leur
association... un nouveau souffle que commencent à
envier et à copier les associations des autres écoles
!
Sandrine : Votre association d'anciens est l'une des premières à avoir un site Internet réservé à ses membres. Comment vous est venue cette idée ?
Tristan : Il y a deux ans, lors du rassemblement annuel des anciens que notre association organise, j'ai eu l'occasion d'échanger avec deux d'entre eux sur les formidables possibilités des nouvelles technologies de l'information, sur les changements qui allaient intervenir dans nos métiers, sur les opportunités de business qui allaient en résulter. L'un était banquier, l'autre était au chômage et songeait à créer son entreprise. L'idée nous est venue de créer un petit groupe de réflexion d'anciens intéressés par ces technologies. Une date fut immédiatement fixée, une annonce rédigée pour le journal de l'association pour rameuter d'autres candidats et nous nous sommes séparés après avoir échangé nos E-mail fraîchement obtenus !
S : D'où la création du site.
T : Effectivement cela a été notre première idée. Nous avions grosso modo créé un site à mi-chemin entre la plaquette et le journal de l'association... pas vraiment original, pas vraiment utile... Nous étions grisés par la facilité de publication et les possibilités d'être lus partout dans le monde...
S : Et que s'est-il passé ?
T : Comme sur tous les sites "plaquettes", les gens y sont venus une fois et n'y sont plus jamais revenus. Heureusement nous avions prévu la possibilité de nous laisser des messages dans une boîte aux lettres. Nous y avons reçu des encouragements, des conseils et des questions de tous ordres : Je recherche les coordonnées de un tel... existe-t-il une bourse de l'emploi ?... Comment puis-je accueillir un stagiaire etc. Nous avons très vite compris que ce n'était pas d'une plaquette dont les anciens avaient besoin, mais d'un outil pour entretenir ce formidable réseau que nous constituons entre nous.
S : Quels sont pour vous les principaux intérêts du réseau ?
T : On ne prend conscience de l'intérêt des anciens qu'au bout d'un certain temps... A la sortie de l'école, on se connaît bien, on a eu 3 ans pour se connaître, les amitiés sont faites et on n’a besoin de personne pour se rencontrer. Parfois aussi, on n’a pas très envie de revoir tout de suite les ultra carriéristes ou les fils à Papa qu'on a déjà trop fréquentés ! Mais au bout de quelques années l'envie de se retrouver revient : par plaisir et par intérêt.
S : Concrètement ?
T : Le plaisir de retrouver ceux que l'on a fréquentés, de voir ce qu'ils sont devenus, de se situer par rapport à eux, de retrouver une intimité immédiate, une bonne humeur... L'intérêt, parce que certains exercent des postes de responsabilités, est que l'on peut s'entraider, se faire rentrer pour un marché ou pour plus si affinités... Même si on n’est pas de la même promotion et qu'on ne se connaît pas, on fera tous - en principe - des efforts pour se faciliter la vie.
S : Alors qu'avez vous imaginé sur votre site Internet pour entretenir votre réseau, faire en sorte que les gens aient plaisir et intérêt à s'y rencontrer ?
T : Ce qui est formidable avec Internet c'est que vous pouvez reproduire ce qui existe déjà pour un coût marginal et offrir des fonctionnalités supplémentaires extraordinairement riches !
S : Par exemple ?
T : L'annuaire ! C'est indiscutablement le premier outil d'une association. On y retrouve plusieurs types d'entrées : par ordre alphabétique bien sûr, par domaine d'activité, par société et par promotion. C'est en général un travail extraordinairement complexe à constituer et à mettre à jour ! Pas de problèmes pour avoir l'information des anciens qui cotisent à l'association... mais pour les autres, où habitent-ils, où travaillent-ils ?, nous ne le savons pas toujours. Et comme malheureusement nous ne comptons que 40 % des anciens qui cotisent... la tâche est énorme. Il est pourtant indispensable de le maintenir le plus à jour possible...pour garder nos adhérents et faire cotiser ceux qui ne le font pas...parce qu'ils auront envie d'avoir l'annuaire. Pour cela, d'une part nous mettons en gras ceux qui cotisent... cela fait d'ailleurs ressortir ceux qui ne paient pas ! D'autre part la cotisation donne droit à recevoir l'annuaire gratuitement ! Pas de cotisation, pas d'annuaire !
S : Et qu'apporte Internet ?
T : La même chose et beaucoup plus ! Tout ancien qui a cotisé peut maintenant accéder avec mot de passe à la consultation de l'annuaire et à un certain nombre de services qui lui sont réservés. Principal avantage, l'accès se fait de n'importe où . De plus, le fichier est par définition beaucoup plus à jour que l'annuaire : les corrections sont faites quasiment quotidiennement, nous avons près de 10 000 anciens ! Autre avantage, ils bénéficient de toutes les possibilités de l'informatique : recherche en texte intégral, possibilité d'imprimer, d'extraire une partie des adresses etc. Enfin, nous proposons aux anciens de signaler tout changement dans leurs coordonnées par ce biais, mais surtout, nous indiquons depuis cette année les adresses E-mail afin que l'on puisse automatiquement envoyer un message.
S : Les échanges se font donc via courrier électronique !
T : Oui, pour les échanges entre deux personnes. Pour le reste nous nous sommes aperçus de la nécessité de prévoir des forums d'échanges organisés. Nous avons bien évidemment créé un forum pour le bureau de l'association où nous assurons la coordination de nos actions entre nous. Un autre forum a été crée pour la rédaction du journal, ce qui contribue grandement à l'efficacité de sa rédaction, les articles provenant généralement de nombreux anciens, de la direction actuelle de l'école, des professeurs ou même des élèves. Tout le monde a pris le pli et remet directement ses articles au bon endroit une fois que le sommaire a été établi. Nous avons aussi des forums thématiques : notre groupe des passionnés de nouvelles technologies bien sûr, le groupe marketing, le groupe finance, le groupe "luxe", le groupe VPC. D'autres peuvent spontanément se créer. Enfin, chaque promotion a son forum que les anciens rejoignent progressivement : c'est vraiment très intéressant.
S : Qu'est-ce qui fait que cela marche ?
T : Premier facteur, je vous l'ai dit, les anciens ont envie et intérêt à se rencontrer. Mais ils n'en ont généralement pas le temps. Entre 30 et 50 ans , le temps qu'ils ne passent pas au travail, ils préfèrent le consacrer à leur famille et à leurs amis. Par exemple, toutes les tentatives d'organisation de RDV thématiques ou régionaux se sont toujours essoufflées dans le temps... précisément à cause du manque de temps. Deuxième facteur : l'éparpillement géographique, nos anciens sont présents dans 70 pays et vraiment aux quatre coins du pays. Ajoutez à cela qu'ils sont aujourd'hui assez ouverts à l'usage de l'ordinateur et équipés à 80 % au moins au bureau... et vous comprenez que l'outil répond parfaitement à leurs attentes : accès immédiat, pas de contrainte de temps ni de lieu, facilité d'utilisation etc.
S : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?
T : Pourquoi voulez vous qu'il y en ait toujours ? Quand le téléphone ou le fax sont arrivés, est-ce que les gens se sont posés la question ? Il n'y avait pas de problème en dehors du manque d'équipement au départ ! C'est aussi simple que cela !
S : Alors quelles sont les améliorations et les évolutions auxquelles vous pensez ?
T : Pour que les échanges fonctionnent, il faut un cadre, il faut aussi des règles, notamment celle de mettre un animateur dans chaque groupe. Nous demandons au responsable de promotion, soit d'assurer l'animation de leur promotion, soit d'en désigner un. Nous allons mettre en place la possibilité de réaliser une page de présentation pour chaque ancien, véritable curriculum vitae avec liens possibles vers d'autres sites, qui permettra réellement de naviguer dans un univers élargi à celui de l'entreprise ou de l'activité de chaque ancien. Nous mettons également en place une bourse du travail avec offres et demandes d'emploi assortie d'une aide personnalisée pour la recherche d'emploi avec l'aide de notre bureau des carrières. Enfin, nous sommes en train de développer une possibilité de payer sa cotisation "On Line" pour qu'un ancien qui souhaite rentrer dans l'annuaire et qui n'y arrive pas faute de n'avoir pas réglé sa cotisation puisse le faire instantanément. Plus généralement, nous sommes persuadés que ces nouvelles fonctionnalités sont très bien ressenties et devraient nous permettre d'améliorer la fidélité de nos anciens et d'augmenter le nombre de cotisants ! Vous allez penser que je n'ai que ce mot à la bouche...mais c'est aussi ma mission ? et sans moyens nous ne pouvons rien faire !
S : Pardonnez- moi d'être un peu provocatrice, mais n'avez vous pas le sentiment d'être un peu élitiste, de ne réserver vos avantages et vos aides qu'à votre réseau, bref d'être un peu "fermé", comme l'accès à votre site d'ailleurs !
T : Peut-être avez vous lu le livre "Les bonnes fréquentations" de Sophie Coignard et Marie-Thérèse Guichard. Tous les réseaux influents en France y sont décrits : corses, corréziens, auvergnats, bretons, savoyards, anciens collabos, les francs-maçons, les homosexuels, les aristocrates, les inspecteurs des finances, les chasseurs , les golfeurs, les juifs, les protestants... Vous vous apercevez que tous les gens influents appartiennent à un réseau et parfois à plusieurs... Il n'y a pas lieu de porter de critiques mais de comprendre comment fonctionne la société française. Ce qui est curieux c'est que le phénomène n'est pas nouveau mais qu'il tend à s'amplifier ! C'est un besoin que ressentent "les élites", mais aussi d'une manière, tous les citoyens qui ont de plus en plus tendance à faire confiance à leur entourage, à leurs connaissances, au bouche à oreille, à un référentiel connu ! Les anciens de notre école n'échappent pas à ce besoin de recentrage, de retrouver leurs pairs. Je ne crois pas qu'il s'agisse d'être "fermé" mais plutôt de se "recentrer". Ce qui selon moi n'empêche pas - paradoxalement - une certaine ouverture et des sentiments généreux voire altruistes !
S : Selon vous, qu'est-ce qui concourt à ce besoin de "recentrage" ?
T : Je citerais pêle-mêle la consommation à tous crins, l'individualisme forcené, la perte de sens, la désagrégation de la famille, le manque de confiance en l'Etat incapable d'enrayer les difficultés majeures de notre société - le chômage, la montée de la violence, la pauvreté , l'écologie.... la mondialisation... Se développent ainsi la peur, le repli sur soi, le nationalisme, les idées extrémistes...
S : Et la réponse se trouve dans les réseaux ou dans les micro-communautés !
T : Oui, parallèlement au pessimisme collectif se développent des initiatives courageuses et intelligentes. Par rapport au brouhaha médiatique, au manque de réflexion d'une certaine partie de la presse, à l'immobilisme des gouvernants et des partis, des femmes et des hommes ressentent le besoin de se mobiliser, de réfléchir, d'imaginer des solutions et de les mettre en oeuvre, simplement, localement, à leur niveau. Et là, il est besoin de s'isoler, de "s'enfermer" de réfléchir, d'agir et de se coordonner en communautés restreintes, avec des personnes en qui on a "confiance". Voilà le bon côté du recentrage que j'évoque.
S : Et dans votre association ?
T : Un groupe de réflexion travaille d'une manière très approfondie sur l'évolution du système éducatif : quelle pédagogie, avec quels outils, avec quels moyens ? Il ne s'agit pas seulement de l'avenir de notre école et des futurs anciens qui rejoindront nos rangs, mais plus généralement de l'avenir de nos enfants et de notre société tout entière. Un autre groupe travaille sur l'emploi, comment améliorer l'employabilité de chacun, quelles sont les solutions aux désastres actuels du chômage sur notre société. Ce dernier groupe a été invité à présenter le résultat de ses travaux à la CCI et au Ministère de l'Emploi et de la Solidarité. Depuis, ils ont invité leurs interlocuteurs à participer à leur forum électronique. Des Assises de l'Emploi sont en train d'être organisées dans notre région. Nous y proposerons que les anciens de notre école puissent accompagner par le biais d'Internet des chômeurs pour les aider dans leurs recherches et le cas échéant, leur ouvrir notre réseau ! C'est bien le signe que l'on peut nous aussi être ouverts !
S : Très sincèrement merci !
Sandrine : Votre association d'anciens est l'une des premières à avoir un site Internet réservé à ses membres. Comment vous est venue cette idée ?
Tristan : Il y a deux ans, lors du rassemblement annuel des anciens que notre association organise, j'ai eu l'occasion d'échanger avec deux d'entre eux sur les formidables possibilités des nouvelles technologies de l'information, sur les changements qui allaient intervenir dans nos métiers, sur les opportunités de business qui allaient en résulter. L'un était banquier, l'autre était au chômage et songeait à créer son entreprise. L'idée nous est venue de créer un petit groupe de réflexion d'anciens intéressés par ces technologies. Une date fut immédiatement fixée, une annonce rédigée pour le journal de l'association pour rameuter d'autres candidats et nous nous sommes séparés après avoir échangé nos E-mail fraîchement obtenus !
S : D'où la création du site.
T : Effectivement cela a été notre première idée. Nous avions grosso modo créé un site à mi-chemin entre la plaquette et le journal de l'association... pas vraiment original, pas vraiment utile... Nous étions grisés par la facilité de publication et les possibilités d'être lus partout dans le monde...
S : Et que s'est-il passé ?
T : Comme sur tous les sites "plaquettes", les gens y sont venus une fois et n'y sont plus jamais revenus. Heureusement nous avions prévu la possibilité de nous laisser des messages dans une boîte aux lettres. Nous y avons reçu des encouragements, des conseils et des questions de tous ordres : Je recherche les coordonnées de un tel... existe-t-il une bourse de l'emploi ?... Comment puis-je accueillir un stagiaire etc. Nous avons très vite compris que ce n'était pas d'une plaquette dont les anciens avaient besoin, mais d'un outil pour entretenir ce formidable réseau que nous constituons entre nous.
S : Quels sont pour vous les principaux intérêts du réseau ?
T : On ne prend conscience de l'intérêt des anciens qu'au bout d'un certain temps... A la sortie de l'école, on se connaît bien, on a eu 3 ans pour se connaître, les amitiés sont faites et on n’a besoin de personne pour se rencontrer. Parfois aussi, on n’a pas très envie de revoir tout de suite les ultra carriéristes ou les fils à Papa qu'on a déjà trop fréquentés ! Mais au bout de quelques années l'envie de se retrouver revient : par plaisir et par intérêt.
S : Concrètement ?
T : Le plaisir de retrouver ceux que l'on a fréquentés, de voir ce qu'ils sont devenus, de se situer par rapport à eux, de retrouver une intimité immédiate, une bonne humeur... L'intérêt, parce que certains exercent des postes de responsabilités, est que l'on peut s'entraider, se faire rentrer pour un marché ou pour plus si affinités... Même si on n’est pas de la même promotion et qu'on ne se connaît pas, on fera tous - en principe - des efforts pour se faciliter la vie.
S : Alors qu'avez vous imaginé sur votre site Internet pour entretenir votre réseau, faire en sorte que les gens aient plaisir et intérêt à s'y rencontrer ?
T : Ce qui est formidable avec Internet c'est que vous pouvez reproduire ce qui existe déjà pour un coût marginal et offrir des fonctionnalités supplémentaires extraordinairement riches !
S : Par exemple ?
T : L'annuaire ! C'est indiscutablement le premier outil d'une association. On y retrouve plusieurs types d'entrées : par ordre alphabétique bien sûr, par domaine d'activité, par société et par promotion. C'est en général un travail extraordinairement complexe à constituer et à mettre à jour ! Pas de problèmes pour avoir l'information des anciens qui cotisent à l'association... mais pour les autres, où habitent-ils, où travaillent-ils ?, nous ne le savons pas toujours. Et comme malheureusement nous ne comptons que 40 % des anciens qui cotisent... la tâche est énorme. Il est pourtant indispensable de le maintenir le plus à jour possible...pour garder nos adhérents et faire cotiser ceux qui ne le font pas...parce qu'ils auront envie d'avoir l'annuaire. Pour cela, d'une part nous mettons en gras ceux qui cotisent... cela fait d'ailleurs ressortir ceux qui ne paient pas ! D'autre part la cotisation donne droit à recevoir l'annuaire gratuitement ! Pas de cotisation, pas d'annuaire !
S : Et qu'apporte Internet ?
T : La même chose et beaucoup plus ! Tout ancien qui a cotisé peut maintenant accéder avec mot de passe à la consultation de l'annuaire et à un certain nombre de services qui lui sont réservés. Principal avantage, l'accès se fait de n'importe où . De plus, le fichier est par définition beaucoup plus à jour que l'annuaire : les corrections sont faites quasiment quotidiennement, nous avons près de 10 000 anciens ! Autre avantage, ils bénéficient de toutes les possibilités de l'informatique : recherche en texte intégral, possibilité d'imprimer, d'extraire une partie des adresses etc. Enfin, nous proposons aux anciens de signaler tout changement dans leurs coordonnées par ce biais, mais surtout, nous indiquons depuis cette année les adresses E-mail afin que l'on puisse automatiquement envoyer un message.
S : Les échanges se font donc via courrier électronique !
T : Oui, pour les échanges entre deux personnes. Pour le reste nous nous sommes aperçus de la nécessité de prévoir des forums d'échanges organisés. Nous avons bien évidemment créé un forum pour le bureau de l'association où nous assurons la coordination de nos actions entre nous. Un autre forum a été crée pour la rédaction du journal, ce qui contribue grandement à l'efficacité de sa rédaction, les articles provenant généralement de nombreux anciens, de la direction actuelle de l'école, des professeurs ou même des élèves. Tout le monde a pris le pli et remet directement ses articles au bon endroit une fois que le sommaire a été établi. Nous avons aussi des forums thématiques : notre groupe des passionnés de nouvelles technologies bien sûr, le groupe marketing, le groupe finance, le groupe "luxe", le groupe VPC. D'autres peuvent spontanément se créer. Enfin, chaque promotion a son forum que les anciens rejoignent progressivement : c'est vraiment très intéressant.
S : Qu'est-ce qui fait que cela marche ?
T : Premier facteur, je vous l'ai dit, les anciens ont envie et intérêt à se rencontrer. Mais ils n'en ont généralement pas le temps. Entre 30 et 50 ans , le temps qu'ils ne passent pas au travail, ils préfèrent le consacrer à leur famille et à leurs amis. Par exemple, toutes les tentatives d'organisation de RDV thématiques ou régionaux se sont toujours essoufflées dans le temps... précisément à cause du manque de temps. Deuxième facteur : l'éparpillement géographique, nos anciens sont présents dans 70 pays et vraiment aux quatre coins du pays. Ajoutez à cela qu'ils sont aujourd'hui assez ouverts à l'usage de l'ordinateur et équipés à 80 % au moins au bureau... et vous comprenez que l'outil répond parfaitement à leurs attentes : accès immédiat, pas de contrainte de temps ni de lieu, facilité d'utilisation etc.
S : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?
T : Pourquoi voulez vous qu'il y en ait toujours ? Quand le téléphone ou le fax sont arrivés, est-ce que les gens se sont posés la question ? Il n'y avait pas de problème en dehors du manque d'équipement au départ ! C'est aussi simple que cela !
S : Alors quelles sont les améliorations et les évolutions auxquelles vous pensez ?
T : Pour que les échanges fonctionnent, il faut un cadre, il faut aussi des règles, notamment celle de mettre un animateur dans chaque groupe. Nous demandons au responsable de promotion, soit d'assurer l'animation de leur promotion, soit d'en désigner un. Nous allons mettre en place la possibilité de réaliser une page de présentation pour chaque ancien, véritable curriculum vitae avec liens possibles vers d'autres sites, qui permettra réellement de naviguer dans un univers élargi à celui de l'entreprise ou de l'activité de chaque ancien. Nous mettons également en place une bourse du travail avec offres et demandes d'emploi assortie d'une aide personnalisée pour la recherche d'emploi avec l'aide de notre bureau des carrières. Enfin, nous sommes en train de développer une possibilité de payer sa cotisation "On Line" pour qu'un ancien qui souhaite rentrer dans l'annuaire et qui n'y arrive pas faute de n'avoir pas réglé sa cotisation puisse le faire instantanément. Plus généralement, nous sommes persuadés que ces nouvelles fonctionnalités sont très bien ressenties et devraient nous permettre d'améliorer la fidélité de nos anciens et d'augmenter le nombre de cotisants ! Vous allez penser que je n'ai que ce mot à la bouche...mais c'est aussi ma mission ? et sans moyens nous ne pouvons rien faire !
S : Pardonnez- moi d'être un peu provocatrice, mais n'avez vous pas le sentiment d'être un peu élitiste, de ne réserver vos avantages et vos aides qu'à votre réseau, bref d'être un peu "fermé", comme l'accès à votre site d'ailleurs !
T : Peut-être avez vous lu le livre "Les bonnes fréquentations" de Sophie Coignard et Marie-Thérèse Guichard. Tous les réseaux influents en France y sont décrits : corses, corréziens, auvergnats, bretons, savoyards, anciens collabos, les francs-maçons, les homosexuels, les aristocrates, les inspecteurs des finances, les chasseurs , les golfeurs, les juifs, les protestants... Vous vous apercevez que tous les gens influents appartiennent à un réseau et parfois à plusieurs... Il n'y a pas lieu de porter de critiques mais de comprendre comment fonctionne la société française. Ce qui est curieux c'est que le phénomène n'est pas nouveau mais qu'il tend à s'amplifier ! C'est un besoin que ressentent "les élites", mais aussi d'une manière, tous les citoyens qui ont de plus en plus tendance à faire confiance à leur entourage, à leurs connaissances, au bouche à oreille, à un référentiel connu ! Les anciens de notre école n'échappent pas à ce besoin de recentrage, de retrouver leurs pairs. Je ne crois pas qu'il s'agisse d'être "fermé" mais plutôt de se "recentrer". Ce qui selon moi n'empêche pas - paradoxalement - une certaine ouverture et des sentiments généreux voire altruistes !
S : Selon vous, qu'est-ce qui concourt à ce besoin de "recentrage" ?
T : Je citerais pêle-mêle la consommation à tous crins, l'individualisme forcené, la perte de sens, la désagrégation de la famille, le manque de confiance en l'Etat incapable d'enrayer les difficultés majeures de notre société - le chômage, la montée de la violence, la pauvreté , l'écologie.... la mondialisation... Se développent ainsi la peur, le repli sur soi, le nationalisme, les idées extrémistes...
S : Et la réponse se trouve dans les réseaux ou dans les micro-communautés !
T : Oui, parallèlement au pessimisme collectif se développent des initiatives courageuses et intelligentes. Par rapport au brouhaha médiatique, au manque de réflexion d'une certaine partie de la presse, à l'immobilisme des gouvernants et des partis, des femmes et des hommes ressentent le besoin de se mobiliser, de réfléchir, d'imaginer des solutions et de les mettre en oeuvre, simplement, localement, à leur niveau. Et là, il est besoin de s'isoler, de "s'enfermer" de réfléchir, d'agir et de se coordonner en communautés restreintes, avec des personnes en qui on a "confiance". Voilà le bon côté du recentrage que j'évoque.
S : Et dans votre association ?
T : Un groupe de réflexion travaille d'une manière très approfondie sur l'évolution du système éducatif : quelle pédagogie, avec quels outils, avec quels moyens ? Il ne s'agit pas seulement de l'avenir de notre école et des futurs anciens qui rejoindront nos rangs, mais plus généralement de l'avenir de nos enfants et de notre société tout entière. Un autre groupe travaille sur l'emploi, comment améliorer l'employabilité de chacun, quelles sont les solutions aux désastres actuels du chômage sur notre société. Ce dernier groupe a été invité à présenter le résultat de ses travaux à la CCI et au Ministère de l'Emploi et de la Solidarité. Depuis, ils ont invité leurs interlocuteurs à participer à leur forum électronique. Des Assises de l'Emploi sont en train d'être organisées dans notre région. Nous y proposerons que les anciens de notre école puissent accompagner par le biais d'Internet des chômeurs pour les aider dans leurs recherches et le cas échéant, leur ouvrir notre réseau ! C'est bien le signe que l'on peut nous aussi être ouverts !
S : Très sincèrement merci !
04 - Bernard, conseil indépendant
Bernard est consultant en "créativité" depuis
plus de 20 ans. Vieux routard du métier, cela ne l'a
pas empêché de remettre profondément en cause ses
approches et ses méthodes. Pas étonnant qu'on le
retrouve aujourd'hui à la pointe des nouvelles
technologies de la communication.
Sandrine : Bonjour Bernard, quel type de consultant êtes-vous ?
Bernard : Au qualificatif de consultant, je préfère celui "d'agitateur". Agiter les idées, les concepts, les individus, les structures, les entreprises, non pas pour le plaisir de créer du désordre mais au contraire de secouer les habitudes, les principes, les certitudes. C'est la seule manière de s'ouvrir, d'être capable d'imaginer, de créer, de développer de nouvelles approches, de nouveaux marchés, de nouveaux produits, de nouvelles organisations... Mon métier consiste à mettre en oeuvre les processus de management du changement dans les grands groupes industriels. La créativité est mon domaine de prédilection..
S : Je ne m'attendais pas à cela, on m'a dit de venir vous voir pour vos travaux informatiques !
B : Parce-que pour vous, l'informatique n'est pas créative ?
S : Je vous répondrais, histoire de polémiquer agréablement, que c'est quand même très binaire, très codé, très rigoureux, très normé !
B : Je crois qu'il n'y a pas un domaine qui a été plus créatif ces 20 dernières années. D'ailleurs tous les futurologues avaient prédit pour l'an 2000, des expéditions sur la lune, la fin des voitures à essence... personne n'avait imaginé Internet et sa multitude d'applications ! Voyez la créativité de ceux qui ont inventé hier le Macintosh, les tableurs, les BBS, aujourd'hui Internet, Yahoo ou Icq! D'ailleurs au départ... ce n'était pas des entreprises mais des étudiants qui "s'amusaient". Aujourd'hui, vous connaissez comme moi leur fortune ! Et cela continue aux Etats-Unis bien sûr mais aussi en Europe, en Israël ou en Asie, la créativité s'exerce d'une manière extraordinaire. Pour développer de nouvelles applications informatiques, bien sûr, mais aussi pour inventer de nouveaux produits et de nouveaux services avec l'aide de l'ordinateur.
S : Vous parlez de la simulation sur ordinateur, des images de synthèse, des générateurs d'idées ?
B : Tout cela à la fois. C'est vrai que les usages les plus souvent évoqués en matière de créativité par ordinateurs sont liés aux simulateurs, mais ils ne servent qu'à représenter ce que l'homme imagine. Les logiciels de génération d'idées que vous mentionnez sont eux des bases de données assorties d'outils de recherche et des organisations de la pensée. Ils sont relativement peu utilisés. Ce qui reste cependant au coeur de la créativité, c'est l'imagination de chaque individu, stimulée par son environnement. Je le vois bien quand nous organisons des groupes de créativité, l'imagination de chacun, stimulée par le groupe et par l'animateur permet de sortir des résultats toujours étonnants: Un groupe n'est-il pas généralement plus intelligent qu'un individu tout seul !
S : Et vous organisez des groupes de créativité sur ordinateur ?
B : Cela vous surprend ? Pendant des années j'ai animé des groupes en séminaires résidentiels de 2 à 3 jours. C'est toujours à la fois très riche et très frustrant : une fois sortis du séminaire les participants se perdent de vue, ne continuent pas leurs réflexions et la grande majorité des projets élaborés ne voient pas le jour. Aujourd'hui après chaque séminaire je propose une continuation de notre groupe à travers une micro-communauté électronique sur Internet.
S : Qu'est-ce qui change ?
B : L'objectif est de passer d'opérations qui sont aujourd'hui ponctuelles à des opérations permanentes afin que la créativité soit un réflexe et qu'elle s'installe dans la vie quotidienne de l'entreprise. La mise en oeuvre d'une plate-forme de travail coopératif sous forme Intranet ou Extranet permet d'améliorer la productivité et la convivialité du système actuel et de mettre en place les bases d'une démarche plus systématique.
S : Comment cet outil de travail coopératif s'insère-t-il dans vos démarches de créativité ?
B : Il n'y a pas de relations "électroniques" sans créer à l'origine un état d'esprit, une motivation et une adhésion par l'organisation d'une réunion physique des personnes. L'outil permet de faciliter et de prolonger les échanges par des relations coopératives "asynchrones" c'est-à-dire dans des espaces lieux et temps indifférents pour chaque membre du groupe. L'outil de travail coopératif peut par exemple être présenté en dernière partie de réunion. Ce groupe peut se retrouver suite aux réunions de travail physiques dans un espace "électronique"
S : Comment procédez-vous ?
B : Au moment du lancement, nous constituons un groupe de créativité le plus hétérogène possible. Nous réunissons physiquement les personnes, nous leur présentons le cadre de rencontre de travail coopératif à distance. Un ordinateur est affecté à chaque participant qui lui permet de travailler en local et de synchroniser son travail avec les autres membres du groupe en appelant le serveur soit par le réseau local, soit par le réseau téléphonique, ou via Internet. Sur le serveur sont installées les différentes "bases" de travail : une base documentaire, une base "Forum", une base "Centre expert" et une base "Help Desk". Dans la base documentaire, on retrouve le cahier des charges de l'exercice de créativité formalisé à travers un document consultable à tout moment "on line", les méthodes (méthodes de pilotage pour être autonome, méthodes de production), la boîte à outils (l'inventaire des ressources humaines en matière d'information, des outils de test consommateur ou de conception de questionnaire, des guides d'entretiens semi-directifs ...). Dans le "Forum", les participants peuvent échanger, travailler, se communiquer des documents, lancer des consultations, etc. en grand groupe ou en groupe restreint. Le groupe est généralement animé par un télé-animateur, qui pilote le groupe, ou tout simplement veille à son bon fonctionnement. La base "centre expert" est créée pour rechercher et disposer de ressources d'experts internes ou externes. Le "Help Desk" est réservé aux directeurs. Il permet le suivi et la relation entre l'animateur et la direction pour, le cas échéant, permettre une action directe des directeurs sur leurs collaborateurs directs. Des auto-diagnostics peuvent automatiquement être remplis dans des formulaires qui seront transmis et dépouillés par le coach de chaque groupe qui peut prendre l'initiative d'intervenir et de recommander des solutions ou transmettre au "Help Desk" en cas de difficultés "politiques" pour faire avancer une idée.
S : Comment faites-vous pour déboucher sur quelque chose de concret ?
Un processus d'organisation ou de "workflow" permet à chaque idée de suivre les 3 stades de créativité : Le "souhaitable" (ce qui est du domaine du rêve, du délire...), le "possible" (ce qui paraît intéressant), le "faisable" (la capacité à faire techniquement, financièrement, juridiquement ou en terme organisation). L'outil informatique de travail coopératif s'inscrit parfaitement dans le processus de travail traditionnel des groupes de créativité et permet d'en améliorer la productivité.
S : Et comment faites-vous pour pérenniser la créativité ?
B : Tout d'abord nous créons des bases de capitalisation où nous consignons tous les problèmes déjà résolus, les questions les plus fréquemment posées, les idées déjà explorées ainsi que leurs issues et les expérimentations en cours. A l'issue de la constitution de ces bases de données est mis en place un processus de mise à jour. Nous créons d'une part des bases de veille : veille concurrentielle, veille technologique, veille sociologique. Nous créons d’autre part des boîtes à idées par exemple : "Ce que le marché nous apprend" ou "Ce que les clients attendent".
S : Quel est pour vous, le principal facteur de succès de ce type de démarche de créativité on line ?
B : Il est impératif que chaque base soit animée par une personne clairement désignée qui intervient quotidiennement. Voici au passage un nouveau type de mission ou même un nouveau métier qui voit le jour avec l'avènement des micro-communautés électroniques de créativité. Si un forum ou une base ne sont pas mis à jour et animés, c'est très rapidement la foire et les participants perdent le goût de venir et désertent
S : Vous avez parlé de micro- communautés de créativité, quelles sont les autres micro-communautés que vous avez créées ou auxquelles vous participez ?
B : Assurément, la micro-communauté de l'Atelier de la Compagnie Bancaire m'a beaucoup aidé. Peut être connaissez-vous cette cellule de veille technologique de la Compagnie Bancaire animée par une équipe formidable. C'est une véritable mine d'informations et d'échanges pour tous ceux qui s'intéressent aux nouvelles technologies de la communication. A l'origine, ils ont invité régulièrement tous les acteurs des NTI à présenter leurs nouveaux produits, logiciels, services, stratégies, etc. dans un sous-sol de la compagnie avenue Kléber à Paris appelé l'Atelier. Et puisque qui dit veille, dit échanges et ouverture, ils n'ont pas réservé ces réunions au seul personnel de la compagnie et de ses filiales (Le Cetelem, UFB Locabail, La Banque Paribas, Cofica etc.) mais à tous ceux qui voulaient : consultants, chercheurs, sociétés de services, de communication et même aux concurrents ! Parallèlement, ils éditaient une revue à laquelle on peut s'abonner !
S : Et la micro-communauté électronique ?
B : Elle est née il y a 3 ou 4 ans. A l'occasion d'un atelier de présentation de la technologie des BBS (Bulletin Board System), il a tout naturellement été décidé de prolonger les réunions physiques par des réunions électroniques. Les participants sont repartis avec une disquette du logiciel First Class qui avait été retenu et à partir de leur Macintosh ou de leur PC équipés d'un modem, ils ont pu se connecter au serveur de l'atelier "le Babillard" avec un numéro de téléphone et un mot de passe. Au départ nous n'étions qu'une petite centaine, aujourd'hui nous sommes plusieurs milliers !
S : Que trouve-t-on sur ce "Babillard" ?
B : Une boîte aux lettres pour chaque participant, où l'on peut recevoir son courrier Internet (il existe une passerelle entre le serveur et Internet), une revue de presse particulièrement bien faite, un "souk de l'info", un annuaire avec présentation des abonnés et des "ateliers d'échange" par thème : le commerce électronique, le groupware, le multimédia etc. Les échanges ont lieu bien sûr en temps différé mais il existe également une possibilité d'échanges au clavier en temps réel entre deux personnes " le chat ". Pour moi, c'est une opportunité formidable pour trouver de l'information. En contrepartie, je m'efforce de relater dans le babillard toutes les découvertes que je suis conduit à faire par ailleurs, lors de mes voyages à l'étranger etc. En terme d'échange, j'ai retrouvé par ce biais un certain nombre de confrères, camarades de promotions etc.que je revoie maintenant fréquemment !
S : Les réunions physiques et la revue ont-elles continué ?
B : Plus que jamais, plus il y avait d'informations, plus il y avait de participants, et plus il y avait de participants plus il y avait d'informations. Les réunions physiques sont relayées sur le Babillard et dans la revue. La revue elle-même et les précédents numéros sont aussi consultables sur le serveur.
S : Est-ce que vous vous servez du Babillard pour faire des sous-groupes de travail - ou votre propre micro-communauté ?
B : Non, et pour 2 raisons : D'une part ce n'est pas le lieu pour faire du "groupware" aux frais de la compagnie bancaire, d'autre part à plusieurs milliers ...on ne parle plus vraiment d'une micro-communauté. Il y a 4 ans, nous avons avec d'autres consultants créé notre propre micro-communauté afin de pouvoir coordonner nos projets entre nous et avec nos clients. Au départ nous n'étions qu'une dizaine, aujourd'hui, nous sommes environ une centaine. Nous avons quelques espaces communs : des lieux de veille, des carnets d'adresses, des discussions générales, les questions techniques etc. En dehors de ces espaces communs, chacun organise son espace de travail coopératif avec les personnes avec qui il souhaite travailler.
S : Vous avez donc 3 à 4 ans d'expériences derrière vous ? Dites-moi, votre plus beau et votre plus mauvais souvenir de vie en micro-communauté ?
B : Le plus mauvais est assurément une bagarre entre 2 d'entre nous où les autres étaient témoins... J'ai trouvé cela d'une violence extrême. Vous ouvrez votre ordinateur et les mots vous agressent sans prévenir, froidement, sans aucun respect, sans tenir compte du contexte dans lequel vous vous trouvez. Vous n'avez aussi que les mots pour répondre, pas de regards, pas d'autres signes pour montrer votre émotion. Dans une réunion réelle les explications houleuses ne sont pas toujours agréables à vivre pour le groupe mais elles sont souvent salutaires car elles permettent de mettre les choses à plat et d'aller jusqu'au bout. Il me paraît devoir être du domaine de la charte de bonne conduite d'éviter à tout prix les agressions dans le cadre des micro-communautés électroniques. Quand il s'agit de s'expliquer franchement rien ne vaut le synchrone et l'intimité !
S : Et le meilleur souvenir ?
B : Heureusement j'en ai beaucoup ! Je citerai pêle-mêle, les naissances des enfants de chacun d'entre nous qui ont donné lieu à des échanges de photos, de mots gentils, de témoignages d'affection partagée. Les voeux que chacun s'efforce de faire de la manière la plus créative possible sont aussi de bon moments. J'allais oublier... nous avons rédigé un livre à plusieurs, pendant les vacances. Nous étions avec nos familles aux 4 coins de la France et chacun travaillait un chapitre par jour. Notre micro-communauté des auteurs a coopéré tranquillement et agréablement à distance pendant 15 jours sans se voir. A la rentrée le livre était terminé - sans y avoir laissé nos vacances.
Sandrine : Bonjour Bernard, quel type de consultant êtes-vous ?
Bernard : Au qualificatif de consultant, je préfère celui "d'agitateur". Agiter les idées, les concepts, les individus, les structures, les entreprises, non pas pour le plaisir de créer du désordre mais au contraire de secouer les habitudes, les principes, les certitudes. C'est la seule manière de s'ouvrir, d'être capable d'imaginer, de créer, de développer de nouvelles approches, de nouveaux marchés, de nouveaux produits, de nouvelles organisations... Mon métier consiste à mettre en oeuvre les processus de management du changement dans les grands groupes industriels. La créativité est mon domaine de prédilection..
S : Je ne m'attendais pas à cela, on m'a dit de venir vous voir pour vos travaux informatiques !
B : Parce-que pour vous, l'informatique n'est pas créative ?
S : Je vous répondrais, histoire de polémiquer agréablement, que c'est quand même très binaire, très codé, très rigoureux, très normé !
B : Je crois qu'il n'y a pas un domaine qui a été plus créatif ces 20 dernières années. D'ailleurs tous les futurologues avaient prédit pour l'an 2000, des expéditions sur la lune, la fin des voitures à essence... personne n'avait imaginé Internet et sa multitude d'applications ! Voyez la créativité de ceux qui ont inventé hier le Macintosh, les tableurs, les BBS, aujourd'hui Internet, Yahoo ou Icq! D'ailleurs au départ... ce n'était pas des entreprises mais des étudiants qui "s'amusaient". Aujourd'hui, vous connaissez comme moi leur fortune ! Et cela continue aux Etats-Unis bien sûr mais aussi en Europe, en Israël ou en Asie, la créativité s'exerce d'une manière extraordinaire. Pour développer de nouvelles applications informatiques, bien sûr, mais aussi pour inventer de nouveaux produits et de nouveaux services avec l'aide de l'ordinateur.
S : Vous parlez de la simulation sur ordinateur, des images de synthèse, des générateurs d'idées ?
B : Tout cela à la fois. C'est vrai que les usages les plus souvent évoqués en matière de créativité par ordinateurs sont liés aux simulateurs, mais ils ne servent qu'à représenter ce que l'homme imagine. Les logiciels de génération d'idées que vous mentionnez sont eux des bases de données assorties d'outils de recherche et des organisations de la pensée. Ils sont relativement peu utilisés. Ce qui reste cependant au coeur de la créativité, c'est l'imagination de chaque individu, stimulée par son environnement. Je le vois bien quand nous organisons des groupes de créativité, l'imagination de chacun, stimulée par le groupe et par l'animateur permet de sortir des résultats toujours étonnants: Un groupe n'est-il pas généralement plus intelligent qu'un individu tout seul !
S : Et vous organisez des groupes de créativité sur ordinateur ?
B : Cela vous surprend ? Pendant des années j'ai animé des groupes en séminaires résidentiels de 2 à 3 jours. C'est toujours à la fois très riche et très frustrant : une fois sortis du séminaire les participants se perdent de vue, ne continuent pas leurs réflexions et la grande majorité des projets élaborés ne voient pas le jour. Aujourd'hui après chaque séminaire je propose une continuation de notre groupe à travers une micro-communauté électronique sur Internet.
S : Qu'est-ce qui change ?
B : L'objectif est de passer d'opérations qui sont aujourd'hui ponctuelles à des opérations permanentes afin que la créativité soit un réflexe et qu'elle s'installe dans la vie quotidienne de l'entreprise. La mise en oeuvre d'une plate-forme de travail coopératif sous forme Intranet ou Extranet permet d'améliorer la productivité et la convivialité du système actuel et de mettre en place les bases d'une démarche plus systématique.
S : Comment cet outil de travail coopératif s'insère-t-il dans vos démarches de créativité ?
B : Il n'y a pas de relations "électroniques" sans créer à l'origine un état d'esprit, une motivation et une adhésion par l'organisation d'une réunion physique des personnes. L'outil permet de faciliter et de prolonger les échanges par des relations coopératives "asynchrones" c'est-à-dire dans des espaces lieux et temps indifférents pour chaque membre du groupe. L'outil de travail coopératif peut par exemple être présenté en dernière partie de réunion. Ce groupe peut se retrouver suite aux réunions de travail physiques dans un espace "électronique"
S : Comment procédez-vous ?
B : Au moment du lancement, nous constituons un groupe de créativité le plus hétérogène possible. Nous réunissons physiquement les personnes, nous leur présentons le cadre de rencontre de travail coopératif à distance. Un ordinateur est affecté à chaque participant qui lui permet de travailler en local et de synchroniser son travail avec les autres membres du groupe en appelant le serveur soit par le réseau local, soit par le réseau téléphonique, ou via Internet. Sur le serveur sont installées les différentes "bases" de travail : une base documentaire, une base "Forum", une base "Centre expert" et une base "Help Desk". Dans la base documentaire, on retrouve le cahier des charges de l'exercice de créativité formalisé à travers un document consultable à tout moment "on line", les méthodes (méthodes de pilotage pour être autonome, méthodes de production), la boîte à outils (l'inventaire des ressources humaines en matière d'information, des outils de test consommateur ou de conception de questionnaire, des guides d'entretiens semi-directifs ...). Dans le "Forum", les participants peuvent échanger, travailler, se communiquer des documents, lancer des consultations, etc. en grand groupe ou en groupe restreint. Le groupe est généralement animé par un télé-animateur, qui pilote le groupe, ou tout simplement veille à son bon fonctionnement. La base "centre expert" est créée pour rechercher et disposer de ressources d'experts internes ou externes. Le "Help Desk" est réservé aux directeurs. Il permet le suivi et la relation entre l'animateur et la direction pour, le cas échéant, permettre une action directe des directeurs sur leurs collaborateurs directs. Des auto-diagnostics peuvent automatiquement être remplis dans des formulaires qui seront transmis et dépouillés par le coach de chaque groupe qui peut prendre l'initiative d'intervenir et de recommander des solutions ou transmettre au "Help Desk" en cas de difficultés "politiques" pour faire avancer une idée.
S : Comment faites-vous pour déboucher sur quelque chose de concret ?
Un processus d'organisation ou de "workflow" permet à chaque idée de suivre les 3 stades de créativité : Le "souhaitable" (ce qui est du domaine du rêve, du délire...), le "possible" (ce qui paraît intéressant), le "faisable" (la capacité à faire techniquement, financièrement, juridiquement ou en terme organisation). L'outil informatique de travail coopératif s'inscrit parfaitement dans le processus de travail traditionnel des groupes de créativité et permet d'en améliorer la productivité.
S : Et comment faites-vous pour pérenniser la créativité ?
B : Tout d'abord nous créons des bases de capitalisation où nous consignons tous les problèmes déjà résolus, les questions les plus fréquemment posées, les idées déjà explorées ainsi que leurs issues et les expérimentations en cours. A l'issue de la constitution de ces bases de données est mis en place un processus de mise à jour. Nous créons d'une part des bases de veille : veille concurrentielle, veille technologique, veille sociologique. Nous créons d’autre part des boîtes à idées par exemple : "Ce que le marché nous apprend" ou "Ce que les clients attendent".
S : Quel est pour vous, le principal facteur de succès de ce type de démarche de créativité on line ?
B : Il est impératif que chaque base soit animée par une personne clairement désignée qui intervient quotidiennement. Voici au passage un nouveau type de mission ou même un nouveau métier qui voit le jour avec l'avènement des micro-communautés électroniques de créativité. Si un forum ou une base ne sont pas mis à jour et animés, c'est très rapidement la foire et les participants perdent le goût de venir et désertent
S : Vous avez parlé de micro- communautés de créativité, quelles sont les autres micro-communautés que vous avez créées ou auxquelles vous participez ?
B : Assurément, la micro-communauté de l'Atelier de la Compagnie Bancaire m'a beaucoup aidé. Peut être connaissez-vous cette cellule de veille technologique de la Compagnie Bancaire animée par une équipe formidable. C'est une véritable mine d'informations et d'échanges pour tous ceux qui s'intéressent aux nouvelles technologies de la communication. A l'origine, ils ont invité régulièrement tous les acteurs des NTI à présenter leurs nouveaux produits, logiciels, services, stratégies, etc. dans un sous-sol de la compagnie avenue Kléber à Paris appelé l'Atelier. Et puisque qui dit veille, dit échanges et ouverture, ils n'ont pas réservé ces réunions au seul personnel de la compagnie et de ses filiales (Le Cetelem, UFB Locabail, La Banque Paribas, Cofica etc.) mais à tous ceux qui voulaient : consultants, chercheurs, sociétés de services, de communication et même aux concurrents ! Parallèlement, ils éditaient une revue à laquelle on peut s'abonner !
S : Et la micro-communauté électronique ?
B : Elle est née il y a 3 ou 4 ans. A l'occasion d'un atelier de présentation de la technologie des BBS (Bulletin Board System), il a tout naturellement été décidé de prolonger les réunions physiques par des réunions électroniques. Les participants sont repartis avec une disquette du logiciel First Class qui avait été retenu et à partir de leur Macintosh ou de leur PC équipés d'un modem, ils ont pu se connecter au serveur de l'atelier "le Babillard" avec un numéro de téléphone et un mot de passe. Au départ nous n'étions qu'une petite centaine, aujourd'hui nous sommes plusieurs milliers !
S : Que trouve-t-on sur ce "Babillard" ?
B : Une boîte aux lettres pour chaque participant, où l'on peut recevoir son courrier Internet (il existe une passerelle entre le serveur et Internet), une revue de presse particulièrement bien faite, un "souk de l'info", un annuaire avec présentation des abonnés et des "ateliers d'échange" par thème : le commerce électronique, le groupware, le multimédia etc. Les échanges ont lieu bien sûr en temps différé mais il existe également une possibilité d'échanges au clavier en temps réel entre deux personnes " le chat ". Pour moi, c'est une opportunité formidable pour trouver de l'information. En contrepartie, je m'efforce de relater dans le babillard toutes les découvertes que je suis conduit à faire par ailleurs, lors de mes voyages à l'étranger etc. En terme d'échange, j'ai retrouvé par ce biais un certain nombre de confrères, camarades de promotions etc.que je revoie maintenant fréquemment !
S : Les réunions physiques et la revue ont-elles continué ?
B : Plus que jamais, plus il y avait d'informations, plus il y avait de participants, et plus il y avait de participants plus il y avait d'informations. Les réunions physiques sont relayées sur le Babillard et dans la revue. La revue elle-même et les précédents numéros sont aussi consultables sur le serveur.
S : Est-ce que vous vous servez du Babillard pour faire des sous-groupes de travail - ou votre propre micro-communauté ?
B : Non, et pour 2 raisons : D'une part ce n'est pas le lieu pour faire du "groupware" aux frais de la compagnie bancaire, d'autre part à plusieurs milliers ...on ne parle plus vraiment d'une micro-communauté. Il y a 4 ans, nous avons avec d'autres consultants créé notre propre micro-communauté afin de pouvoir coordonner nos projets entre nous et avec nos clients. Au départ nous n'étions qu'une dizaine, aujourd'hui, nous sommes environ une centaine. Nous avons quelques espaces communs : des lieux de veille, des carnets d'adresses, des discussions générales, les questions techniques etc. En dehors de ces espaces communs, chacun organise son espace de travail coopératif avec les personnes avec qui il souhaite travailler.
S : Vous avez donc 3 à 4 ans d'expériences derrière vous ? Dites-moi, votre plus beau et votre plus mauvais souvenir de vie en micro-communauté ?
B : Le plus mauvais est assurément une bagarre entre 2 d'entre nous où les autres étaient témoins... J'ai trouvé cela d'une violence extrême. Vous ouvrez votre ordinateur et les mots vous agressent sans prévenir, froidement, sans aucun respect, sans tenir compte du contexte dans lequel vous vous trouvez. Vous n'avez aussi que les mots pour répondre, pas de regards, pas d'autres signes pour montrer votre émotion. Dans une réunion réelle les explications houleuses ne sont pas toujours agréables à vivre pour le groupe mais elles sont souvent salutaires car elles permettent de mettre les choses à plat et d'aller jusqu'au bout. Il me paraît devoir être du domaine de la charte de bonne conduite d'éviter à tout prix les agressions dans le cadre des micro-communautés électroniques. Quand il s'agit de s'expliquer franchement rien ne vaut le synchrone et l'intimité !
S : Et le meilleur souvenir ?
B : Heureusement j'en ai beaucoup ! Je citerai pêle-mêle, les naissances des enfants de chacun d'entre nous qui ont donné lieu à des échanges de photos, de mots gentils, de témoignages d'affection partagée. Les voeux que chacun s'efforce de faire de la manière la plus créative possible sont aussi de bon moments. J'allais oublier... nous avons rédigé un livre à plusieurs, pendant les vacances. Nous étions avec nos familles aux 4 coins de la France et chacun travaillait un chapitre par jour. Notre micro-communauté des auteurs a coopéré tranquillement et agréablement à distance pendant 15 jours sans se voir. A la rentrée le livre était terminé - sans y avoir laissé nos vacances.
05 - Jean-Yves, curé
Jean-Yves est curé d'une importante paroisse à
Paris. Il est non seulement un grand "spirirituel" mais
la charge et l'animation de sa paroisse l'apparentent
souvent à un véritable "chef d'entreprise". Voyage au
coeur d'une communauté religieuse pas banale !
Mathieu : Merci mon Père de me recevoir. Avant toute chose, pouve- vous me présenter votre "communauté" ?
Jean-Yves : Notre paroisse est bien sûr ouverte à tous. Mais dans la pratique, nous recensons environ 800 paroissiens "réguliers" . Certains ne viennent qu'à l'occasion d'un baptême, d'un mariage, d'autres se contentent de la messe du dimanche. D'autres enfin, environ une centaine, participent activement aux activités de la paroisse. En ce sens, nous pouvons dire que notre communauté accueille de nombreuses petites ou "micro-communautés".
M : Quelles sont ces communautés ?
JY : Cela va du groupe de préparation au baptême, aux groupes de prières en passant par les groupes de solidarité pour aider chômeurs, malades, personnes dans la peine etc. Au total, plus de 15 groupes de 10 à 20 personnes se réunissent régulièrement, certains toutes les semaines, d'autres tous les mois. C'est incroyable la richesse et la dynamique qui viennent de ces groupes et qui rayonnent sur toute la paroisse et le quartier. On peut dire que l'Esprit est à l'oeuvre ...et nous en avons bien besoin car nous ne sommes que 2 et notre emploi du temps est plus que chargé !
M: Comment avez-vous découvert Internet, un curé "branché", ce n'est pas courant !
JL :Vous savez, tous les chemins mènent à Rome ! En fait, l'ordinateur est rentré depuis longtemps dans les paroisses. Traitement de textes, gestion de fichier, comptabilité...nous nous devons aussi d'être efficace. Mon frère qui partait vivre aux Etats-Unis m'a offert un modem et un abonnement à un fournisseur d'accès Internet afin que je puisse garder le contact, sans dépenser des fortunes en téléphone. Et c'est de là que tout est parti !
M : "Tout est parti ! vous semblez dire que cela a changé votre vie ?"
JY : Vous exagérez, ce qui a changé ma vie c'est ma rencontre avec Dieu - à 18 ans - et qui a fait que j'ai décidé de lui consacrer toute ma vie. Mais vous n'avez pas tort, cela a changé profondément ma vie et ma façon de procéder.
M : Comment cela s'est-il passé ?
JY : D'abord, j'ai découvert l'E-mail, pour correspondre avec mon frère aux USA. Puis j'ai été me promener sur des sites religieux qui m'intéressent. Cela m'a parfois permis de préparer mon homélie. Je suis même parti au Vatican - enfin sur leur site...Je dois dire que je n’y ai rien trouvé de passionnant ! Un jour, cependant, je suis tombé sur une demande de prière d'un petit garçon canadien de 12 ans, atteint d'une grave maladie et qui de son lit, demande à ce que l'on prie pour lui. Pour moi, cela a été le déclic : Non les technologies n'étaient pas diaboliques, oui, l'Esprit soufflait aussi au coeur d’Internet !
M : Comment votre enthousiasme a-t-il gagné la paroisse ?
JY : Un certain nombre de mes paroissiens, plus particulièrement actifs dans les groupes, utilisent fréquemment la micro. C'est bien pratique car ils font des comptes rendus de réunions magnifiques. Ils me les envoient par E-mail, ainsi qu'à ceux qui sont connectés. Et c'est de là que nous avons eu l'idée de créer la première micro-communauté.
M : Comment cela s'est-il passé ?
JY : C'est un groupe qui s'occupe de "Solidarité Logement" qui en a été à l'origine. Composé de 5 personnes, ce groupe a pour vocation d'aider les personnes en difficulté financière à retrouver un logement. Ils se réunissent une fois par mois. L'ordre du jour est généralement très chargé : "Comment trouver de nouveaux logements ? comment les financer ? telle famille est à la rue, telle autre n'arrive pas à retrouver d'hébergement etc." Trois des cinq personnes du groupe étant branchées sur Internet, soit au bureau, soit chez eux, l'idée est venue de coordonner leurs travaux par ce moyen. Les deux autres ont dû s'y mettre et utilisent l'ordinateur que nous avons au secrétariat.
M : Comment s'en sont-ils servi ?
JY : Comme je vous le disais, ils ont pu mettre les comptes rendus après chaque réunion, puis préparer l'ordre du jour de la suivante. Très rapidement, ils ont mis en place des fichiers de donateurs et un fichier de demande d'hébergement. Cela s'est immédiatement révélé indispensable pour coordonner les affectations possibles gérées par les 5 personnes.
M : Leur exemple a-t-il été suivi ?
JY : Le principal obstacle, c'est que chacun dispose d'un ordinateur. Certains ont dû réquisitionner l'ordinateur de leurs enfants ou de leur conjoint pour pouvoir, à leur tour, s'en servir pour coordonner leur propre groupe. Croyez-moi ou non, mais nous expérimentons actuellement un groupe de prière. La prière n'est-elle pas par essence, encore plus universelle qu'Internet, c'est-à-dire, que l'on peut rentrer "en contact" en s'affranchissant du lieu et du temps, mais surtout, on peut prier partout, à tout moment et il n'est besoin d'aucun matériel ! Mais de même que nous prions souvent à plusieurs, il peut aussi être utile de prier à plusieurs en "asynchrone". Nous avons ainsi créé un "forum de prière" pour la paroisse. Nous y déposons nos intentions ou celles qui nous sont confiées par ceux que nous rencontrons, nous partageons joies, peines, actions de grâce, nous avons même commencé à faire des partages d'Evangile, ...tout cela exactement comme quand nous sommes tous réunis.
M : "Qu'est-ce que cela vous apporte de plus ?"
JY : " Cela ne remplace pas nos groupes de prière hebdomadaires mais cela les prolonge, les amplifie. Mais le plus remarquable, c'est que nous avons la possibilité d'y associer des personnes qui normalement n'auraient pas pu se joindre à notre groupe. Paul par exemple, handicapé à 100% qui de son lit et durant ses longues journées de solitude, rejoint notre prière. Roselyne également, 70 ans, habitée par Dieu et par Internet - ce qui n'est pas incompatible ! - préfère ne pas sortir le soir. Pour elle, comme pour Paul et pour chacun de nous, c'est une grande richesse que de vivre ainsi en communauté de prière permanente que chacun de nous peut rejoindre à tout moment. C'est très original me direz-vous, c'est vrai, mais c'est une expérience spirituelle que vous n'imaginez pas : intense, vraie, respectueuse, profonde. Nous espérons bien que notre groupe va s'étendre. Nous envisageons aussi d'organiser des prières élargies avec d'autres communautés.
M : "Quelles sont les autres applications que vous expérimentez ?"
JY : " Le comité de rédaction du bulletin paroissial est maintenant élaboré en commun avec l'assistante paroissiale. Je lui transmets le vendredi l'éditorial qui reprend généralement les grandes lignes de mon homélie. Elle reprend également toutes les annonces sur la vie de la communauté paroissiale. Et comme tout est déjà "numérisé", il ne reste plus qu'à mettre en page et à dupliquer dans la journée du samedi pour que le bulletin soit distribué aux messes du Dimanche. On fait un véritable "hebdo" et il faut que notre audience augmente !
M : "Vous prêchez pour votre paroisse... mais existe-t-il des micro-communautés en dehors de votre église ? "
JY : "Comme je vous l'ai dit, nous envisageons d'élargir nos groupes de prières, dès que nous aurons identifié d'autres groupes. On pourrait également envisager des échanges entre groupes d'autres paroisses, d'autres mouvements chrétiens. J'ai lu dans " La Croix ", une initiative très intéressante qui a été menée sur Minitel depuis 2 ans (3615 SEIM) pour favoriser les partages d'idées, d'adresses et de savoir-faire pour organiser des événements. Une base de données a été créée à laquelle participent de nombreux mouvements d'Eglise. Le principe est simple : chaque mouvement dispose d'un code lui permettant d'accéder à tous les renseignements fournis par les autres associations. Deux rubriques sont proposées : "créer l'événement, bâtir une formation". D'autres rubriques vont s'ouvrir : gestion et financements (subventions, produits à vendre, centrale d'achats...) locaux et secrétariat ou entraide concernant les publications des mouvements. Autant de projets qui, au-delà du service rendu, veulent contribuer au décloisonnement des mouvements chrétiens tout en respectant l'identité de chacun. Ce type d'initiative ne peut que se développer avec l'essor d’Internet.
M : "Vous parlez de formation, pensez-vous que vous puissiez utiliser ce type d'outils pour votre propre formation ?"
PB: "Tout à fait, l'année dernière à Hautecombe, lors d'une retraite à laquelle je participais sur le "discernement", nous avons reçu un enseignement tout à fait remarquable d'un frère jésuite. Plusieurs d'entre nous étant "branchés Internet", nous avons échangé nos E-mail à la fin de la retraite et nous avons décidé de créer un forum de discussions pour prolonger nos réflexions. Entendant cela, le jésuite avait paru très intéressé ! Quelle ne fut pas notre surprise de trouver quelques semaines plus tard un message dans nos boîtes. Depuis, il participe à notre forum et continue ainsi son enseignement.
M : "Selon vous qu'est-ce qui fait que ce type de "micro-communauté" marche ?
JY : "Dans tous les groupes auxquels nous participons, nous avons des règles très strictes. Un ordre du jour précis, un horaire de début et de fin, un animateur, un secrétaire chargé du compte rendu, l'écoute et le respect de l'avis de chacun... Il en est de même dans nos groupes électroniques : nous sommes tous clairement identifiés, l'ordre du jour et les échanges sont structurés. Nous désignons un animateur et même si l'écoute ne pose pas de problème, le respect des autres, de leur avis, de leur personne est absolument indispensable.
M : En conclusion, quel est votre rêve ?
JY : Parlons plutôt d'espérance ! Mon espérance est celle d'un monde plus juste, plus humain ou - avec l'aide de Dieu - la paix, le partage et le respect sont au quotidien. Ces technologies peuvent engendrer le pire et le meilleur. Il est indispensable de ne pas laisser le champ libre aux forces du mal qui trouveront certainement des moyens d'agir par leur biais. Il faut que les hommes et les femmes de bonne volonté s'en emparent à leur tour pour en faire un outil de partage, d'échange et de paix. Souvenez vous, lors de la guerre en ex-Yougoslavie, des Serbes et des Croates ont retrouvé la capacité de se parler et d'échanger grâce à Internet alors que sur le terrain ils n'entendaient que le langage des armes. C'est la preuve que l'on peut échapper à la manipulation de dirigeants assoiffés de pouvoir et se retrouver entre humains sur le chemin de la paix.
M : Merci mon Père.
Mathieu : Merci mon Père de me recevoir. Avant toute chose, pouve- vous me présenter votre "communauté" ?
Jean-Yves : Notre paroisse est bien sûr ouverte à tous. Mais dans la pratique, nous recensons environ 800 paroissiens "réguliers" . Certains ne viennent qu'à l'occasion d'un baptême, d'un mariage, d'autres se contentent de la messe du dimanche. D'autres enfin, environ une centaine, participent activement aux activités de la paroisse. En ce sens, nous pouvons dire que notre communauté accueille de nombreuses petites ou "micro-communautés".
M : Quelles sont ces communautés ?
JY : Cela va du groupe de préparation au baptême, aux groupes de prières en passant par les groupes de solidarité pour aider chômeurs, malades, personnes dans la peine etc. Au total, plus de 15 groupes de 10 à 20 personnes se réunissent régulièrement, certains toutes les semaines, d'autres tous les mois. C'est incroyable la richesse et la dynamique qui viennent de ces groupes et qui rayonnent sur toute la paroisse et le quartier. On peut dire que l'Esprit est à l'oeuvre ...et nous en avons bien besoin car nous ne sommes que 2 et notre emploi du temps est plus que chargé !
M: Comment avez-vous découvert Internet, un curé "branché", ce n'est pas courant !
JL :Vous savez, tous les chemins mènent à Rome ! En fait, l'ordinateur est rentré depuis longtemps dans les paroisses. Traitement de textes, gestion de fichier, comptabilité...nous nous devons aussi d'être efficace. Mon frère qui partait vivre aux Etats-Unis m'a offert un modem et un abonnement à un fournisseur d'accès Internet afin que je puisse garder le contact, sans dépenser des fortunes en téléphone. Et c'est de là que tout est parti !
M : "Tout est parti ! vous semblez dire que cela a changé votre vie ?"
JY : Vous exagérez, ce qui a changé ma vie c'est ma rencontre avec Dieu - à 18 ans - et qui a fait que j'ai décidé de lui consacrer toute ma vie. Mais vous n'avez pas tort, cela a changé profondément ma vie et ma façon de procéder.
M : Comment cela s'est-il passé ?
JY : D'abord, j'ai découvert l'E-mail, pour correspondre avec mon frère aux USA. Puis j'ai été me promener sur des sites religieux qui m'intéressent. Cela m'a parfois permis de préparer mon homélie. Je suis même parti au Vatican - enfin sur leur site...Je dois dire que je n’y ai rien trouvé de passionnant ! Un jour, cependant, je suis tombé sur une demande de prière d'un petit garçon canadien de 12 ans, atteint d'une grave maladie et qui de son lit, demande à ce que l'on prie pour lui. Pour moi, cela a été le déclic : Non les technologies n'étaient pas diaboliques, oui, l'Esprit soufflait aussi au coeur d’Internet !
M : Comment votre enthousiasme a-t-il gagné la paroisse ?
JY : Un certain nombre de mes paroissiens, plus particulièrement actifs dans les groupes, utilisent fréquemment la micro. C'est bien pratique car ils font des comptes rendus de réunions magnifiques. Ils me les envoient par E-mail, ainsi qu'à ceux qui sont connectés. Et c'est de là que nous avons eu l'idée de créer la première micro-communauté.
M : Comment cela s'est-il passé ?
JY : C'est un groupe qui s'occupe de "Solidarité Logement" qui en a été à l'origine. Composé de 5 personnes, ce groupe a pour vocation d'aider les personnes en difficulté financière à retrouver un logement. Ils se réunissent une fois par mois. L'ordre du jour est généralement très chargé : "Comment trouver de nouveaux logements ? comment les financer ? telle famille est à la rue, telle autre n'arrive pas à retrouver d'hébergement etc." Trois des cinq personnes du groupe étant branchées sur Internet, soit au bureau, soit chez eux, l'idée est venue de coordonner leurs travaux par ce moyen. Les deux autres ont dû s'y mettre et utilisent l'ordinateur que nous avons au secrétariat.
M : Comment s'en sont-ils servi ?
JY : Comme je vous le disais, ils ont pu mettre les comptes rendus après chaque réunion, puis préparer l'ordre du jour de la suivante. Très rapidement, ils ont mis en place des fichiers de donateurs et un fichier de demande d'hébergement. Cela s'est immédiatement révélé indispensable pour coordonner les affectations possibles gérées par les 5 personnes.
M : Leur exemple a-t-il été suivi ?
JY : Le principal obstacle, c'est que chacun dispose d'un ordinateur. Certains ont dû réquisitionner l'ordinateur de leurs enfants ou de leur conjoint pour pouvoir, à leur tour, s'en servir pour coordonner leur propre groupe. Croyez-moi ou non, mais nous expérimentons actuellement un groupe de prière. La prière n'est-elle pas par essence, encore plus universelle qu'Internet, c'est-à-dire, que l'on peut rentrer "en contact" en s'affranchissant du lieu et du temps, mais surtout, on peut prier partout, à tout moment et il n'est besoin d'aucun matériel ! Mais de même que nous prions souvent à plusieurs, il peut aussi être utile de prier à plusieurs en "asynchrone". Nous avons ainsi créé un "forum de prière" pour la paroisse. Nous y déposons nos intentions ou celles qui nous sont confiées par ceux que nous rencontrons, nous partageons joies, peines, actions de grâce, nous avons même commencé à faire des partages d'Evangile, ...tout cela exactement comme quand nous sommes tous réunis.
M : "Qu'est-ce que cela vous apporte de plus ?"
JY : " Cela ne remplace pas nos groupes de prière hebdomadaires mais cela les prolonge, les amplifie. Mais le plus remarquable, c'est que nous avons la possibilité d'y associer des personnes qui normalement n'auraient pas pu se joindre à notre groupe. Paul par exemple, handicapé à 100% qui de son lit et durant ses longues journées de solitude, rejoint notre prière. Roselyne également, 70 ans, habitée par Dieu et par Internet - ce qui n'est pas incompatible ! - préfère ne pas sortir le soir. Pour elle, comme pour Paul et pour chacun de nous, c'est une grande richesse que de vivre ainsi en communauté de prière permanente que chacun de nous peut rejoindre à tout moment. C'est très original me direz-vous, c'est vrai, mais c'est une expérience spirituelle que vous n'imaginez pas : intense, vraie, respectueuse, profonde. Nous espérons bien que notre groupe va s'étendre. Nous envisageons aussi d'organiser des prières élargies avec d'autres communautés.
M : "Quelles sont les autres applications que vous expérimentez ?"
JY : " Le comité de rédaction du bulletin paroissial est maintenant élaboré en commun avec l'assistante paroissiale. Je lui transmets le vendredi l'éditorial qui reprend généralement les grandes lignes de mon homélie. Elle reprend également toutes les annonces sur la vie de la communauté paroissiale. Et comme tout est déjà "numérisé", il ne reste plus qu'à mettre en page et à dupliquer dans la journée du samedi pour que le bulletin soit distribué aux messes du Dimanche. On fait un véritable "hebdo" et il faut que notre audience augmente !
M : "Vous prêchez pour votre paroisse... mais existe-t-il des micro-communautés en dehors de votre église ? "
JY : "Comme je vous l'ai dit, nous envisageons d'élargir nos groupes de prières, dès que nous aurons identifié d'autres groupes. On pourrait également envisager des échanges entre groupes d'autres paroisses, d'autres mouvements chrétiens. J'ai lu dans " La Croix ", une initiative très intéressante qui a été menée sur Minitel depuis 2 ans (3615 SEIM) pour favoriser les partages d'idées, d'adresses et de savoir-faire pour organiser des événements. Une base de données a été créée à laquelle participent de nombreux mouvements d'Eglise. Le principe est simple : chaque mouvement dispose d'un code lui permettant d'accéder à tous les renseignements fournis par les autres associations. Deux rubriques sont proposées : "créer l'événement, bâtir une formation". D'autres rubriques vont s'ouvrir : gestion et financements (subventions, produits à vendre, centrale d'achats...) locaux et secrétariat ou entraide concernant les publications des mouvements. Autant de projets qui, au-delà du service rendu, veulent contribuer au décloisonnement des mouvements chrétiens tout en respectant l'identité de chacun. Ce type d'initiative ne peut que se développer avec l'essor d’Internet.
M : "Vous parlez de formation, pensez-vous que vous puissiez utiliser ce type d'outils pour votre propre formation ?"
PB: "Tout à fait, l'année dernière à Hautecombe, lors d'une retraite à laquelle je participais sur le "discernement", nous avons reçu un enseignement tout à fait remarquable d'un frère jésuite. Plusieurs d'entre nous étant "branchés Internet", nous avons échangé nos E-mail à la fin de la retraite et nous avons décidé de créer un forum de discussions pour prolonger nos réflexions. Entendant cela, le jésuite avait paru très intéressé ! Quelle ne fut pas notre surprise de trouver quelques semaines plus tard un message dans nos boîtes. Depuis, il participe à notre forum et continue ainsi son enseignement.
M : "Selon vous qu'est-ce qui fait que ce type de "micro-communauté" marche ?
JY : "Dans tous les groupes auxquels nous participons, nous avons des règles très strictes. Un ordre du jour précis, un horaire de début et de fin, un animateur, un secrétaire chargé du compte rendu, l'écoute et le respect de l'avis de chacun... Il en est de même dans nos groupes électroniques : nous sommes tous clairement identifiés, l'ordre du jour et les échanges sont structurés. Nous désignons un animateur et même si l'écoute ne pose pas de problème, le respect des autres, de leur avis, de leur personne est absolument indispensable.
M : En conclusion, quel est votre rêve ?
JY : Parlons plutôt d'espérance ! Mon espérance est celle d'un monde plus juste, plus humain ou - avec l'aide de Dieu - la paix, le partage et le respect sont au quotidien. Ces technologies peuvent engendrer le pire et le meilleur. Il est indispensable de ne pas laisser le champ libre aux forces du mal qui trouveront certainement des moyens d'agir par leur biais. Il faut que les hommes et les femmes de bonne volonté s'en emparent à leur tour pour en faire un outil de partage, d'échange et de paix. Souvenez vous, lors de la guerre en ex-Yougoslavie, des Serbes et des Croates ont retrouvé la capacité de se parler et d'échanger grâce à Internet alors que sur le terrain ils n'entendaient que le langage des armes. C'est la preuve que l'on peut échapper à la manipulation de dirigeants assoiffés de pouvoir et se retrouver entre humains sur le chemin de la paix.
M : Merci mon Père.
06 -Gérald, réseau de franchisés
Gérald est responsable de l’animation d'une
chaîne de jardineries. Il a trouvé un moyen infaillible
pour animer et développer son réseau sans y laisser sa
santé.
Mathieu : Quel beau métier que d’aider à " cultiver son jardin ". Parlez-nous un peu de votre réseau.
Gérald Pietra : Le marché du jardinage est en plein essor et notre enseigne en profite. Depuis 10 ans, nous avons ouvert 27 magasins dont 15 en franchise. Nous avons d’abord développé notre concept sur 12 magasins en propre et nous avons pu vérifier que notre approche fonctionne. Pour prendre des parts de marché sans trop investir, nous avons développé la franchise depuis 5 ans avec 15 magasins. Nous visons 50 en l’an 2000.
M : En quoi votre concept est-il innovant ? Pourquoi un franchisé fait-il le choix de votre enseigne ?
G : En cette fin de siècle déprimante laissant un réel besoin de retour aux valeurs simples, au naturel voire au spirituel, l’écologie s’impose, le syndrome de la vache folle a atteint le consommateur et sème le trouble sur l’alimentation au sens large. Les villes sont ultra polluées et deviennent invivables. Tout cela se combine avec le développement des loisirs et du temps libre, et vous comprenez pourquoi tout le monde s’emballe pour la nature et le jardin en particulier. Notre enseigne s’inscrit totalement dans cette mouvance. Nous concevons les jardins comme facteur d’égalité et de développement, et chez nous, le naturel prédomine. Naturel des hommes et des femmes bien sûr qui accueillent avec le sourire et la passion de la nature. Naturel des matériaux utilisés pour notre enseigne, de la décoration de nos magasins où le végétal est partout. Tout ce que nous vendons est soit naturel, soit destiné à mieux connaître, découvrir, apprendre la nature tout en la respectant. C’est probablement en cela que nous nous distinguons des autres et qu’un franchisé fait le choix de notre enseigne.
M : Bravo, j’adhère totalement à votre concept. Cependant, on m’a dit que vous aviez développé un réseau virtuel avec vos magasins franchisés ou non. On est loin de la nature !
G : Détrompez-vous, les ordinateurs ne polluent pas, et surtout ils permettent d’éviter les déplacements. En cela ils contribuent à la sauvegarde de la planète. Ils nous permettent de nous installer hors des villes, ils sont surtout outils de rapprochement et des relations entre les hommes. On revient à des notions de " village planétaire ", c’est-à-dire, autour des valeurs plus proches des schémas naturels que de l’isolement au sein des grandes villes.
M : On pourrait épiloguer longtemps. Non, sans que cela me déplaise, mais dites-moi plutôt comment s’organise votre réseau.
G : Pour nous, c’est clair qu’il s’agisse d’un magasin franchisé ou non, le directeur du magasin est le chef. C’est un véritable patron de PME qui gère son personnel, ses achats, ses ventes, sa communication. Mais à la différence d’un patron isolé, il bénéficie de toute une palette de services et d’avantages : une pré-sélection et des négociations sur les produits, des outils de communication, des outils de gestion informatique, mais aussi et surtout l’expérience des autres directeurs de magasin. Il y a là une richesse formidable qu’il faut entretenir et développer. Jusqu’à l’année dernière, nous avions bien évidemment un outil de gestion commun tout à fait classique permettant de gérer les ventes, les stocks, les marges et la comptabilité. En dehors de cette application de gestion, nous avions beaucoup de difficultés à transmettre de l’information au réseau. Nous utilisions le courrier, le fax, le téléphone. Je visitais régulièrement les magasins, mais rapidement, nous nous sommes aperçus qu’il n’était pas envisageable de continuer à nous développer sans nous structurer sur les aspects circulation de l’information
M : Vous semblez ne parler que d’information " descendante ", n’aviez-vous pas aussi besoin de recueillir de l’information ?
G : Bien sûr, c’est même primordial. Notre réussite provient de notre grande proximité du marché et de nos clients. Nous voyons ce qu’ils achètent, nous écoutons leurs questions, leurs remarques. En faisant remonter ces informations, nous pouvons mieux orienter nos achats au niveau de la centrale, notre communication et même notre positionnement stratégique. Faut-il développer l’animalerie, la VPC ? Jusqu’à présent, c’était surtout lors des conventions annuelles que ce type de discussion s’entamait. Mais par manque de temps, les échanges tournaient toujours courts au moment où cela devenait intéressant et surtout, nous avions besoin d’une réactivité plus rapide.
M : Quelles solutions avez-vous trouvé ?
G : Nous avons d’abord pensé à mettre en place une messagerie électronique. Rapidement nous nous sommes aperçus que nos besoins d’échanges étaient beaucoup trop vastes par rapport à ce que permettent les messageries. Reprenons l’exemple de la remontée d’informations : Qui va spontanément écrire pour faire part de ce qu’il observe chez les clients ? A qui va-t-il envoyer son message ? Et si on envisage un questionnaire, comment le traiter, l’analyser et transmettre les résultats ? Nous avons donc mis en place un Intranet avec notamment un observatoire sous la forme d’un forum animé par notre chargé d’études. On y trouve aussi bien de l’information sur le marché, la concurrence, les produits et les sondages du type " Faut-il continuer la vente des nains de jardin ? ", ou plus sérieusement, " Faut-il vendre des sapins de Noël au risque de couper des forêts ? " Chacun peut voter en cliquant sur une case, le logiciel reconnaît si quelqu’un a déjà voté (le vote est bien évidemment secret). Quand le vote est clos, on procède au dépouillement et c’est le logiciel lui-même qui fait les calculs en même temps que la compilation des remarques qui auront été faites. En dehors de ces sondages quantitatifs, il y a naturellement des échanges très qualitatifs, d’idées, de points de vue sur les orientations marketing et stratégiques.
M: Quelles sont les autres applications dont vous disposez sur votre Intranet ?
G : Outre " l’observatoire ", nous avons un espace " communication " où nous mettons à disposition du réseau tous les documents de promotion existants sous forme image et sous forme numérique pour pouvoir être adaptés et personnalisés localement. Nous y mettons, bien sûr, la charte graphique avec les logos, les polices, les images. Nous décrivons les actions de communication possibles : affichage, distribution de prospectus, de catalogues, de PLV, etc. Par rapport à chaque outil, les directeurs de magasin peuvent faire part de leurs expériences, de leurs recommandations d’utilisation et des améliorations possibles. Nous avons également un espace " avis d’experts " structuré par rayon où chacun peut venir chercher et apporter de l’information. Il est pour nous très important de pouvoir apporter aux clients des renseignements précis et des conseils de professionnel. C’est un moyen de fidélisation très efficace, et comme chaque magasin n’a pas forcément le spécialiste du conifère, de l'aquariophilie, de la culture biologique, etc, nous faisons en sorte de créer une véritable base de données d’expertise et de conseil. Dernier volet, la formation; au-delà des sessions qui sont organisées périodiquement, il est proposé des supports de cours et la possibilité de continuer le dialogue avec le formateur.
M : Techniquement, cela fonctionne comment ? Qui a accès à l’informatique ?
G : Je vous l’ai dit, le responsable de magasin est véritablement le chef et le coordinateur. Pour l’instant, ils sont tous formés et je dois dire " contraints et forcés " de l’utiliser. Progressivement, nous installons des postes pour les responsables de rayons. Les magasins sont reliés au serveur qui est au siège par une ligne Numéris.
M : Vous dites " contrains et forcés ", cela a été dur ?
G : Objectivement non, mais bien évidemment certains ont eu du mal - notre patron par exemple ! - et n’ont pas forcément utilisé l’outil ou ont continué à entretenir un circuit parallèle de circulation de l’information. C’est quelque chose qu’il faut absolument éviter. D’une part, ceux qui n’utilisent pas l’outil perdent de l’information et d’autre part, un circuit parallèle est coûteux et totalement inefficace.
M : Vous êtes sûr de ne pas être un peu trop directif, n’avez-vous pas peur d’une certaine déshumanisation ?
G : Si nous exigeons que l’information passe en priorité sur notre système de communication, c’est dans un souci d’efficacité, de partage et de non-exclusion. Nous avons pu expérimenter lors de notre dernière convention que nous pouvions, cette fois, aborder les problèmes beaucoup plus en profondeur parce que l’intendance et la logistique étaient maintenant parfaitement organisées par le biais de notre Intranet. Je crois pouvoir dire aujourd’hui que cela n’a sûrement pas déshumanisé notre organisation, bien au contraire. D’ailleurs, vous me donnez une idée, je vais faire un sondage !
M : Connaissez-vous d’autres réseaux qui comme vous sont reliés en micro-communautés électroniques ?
G : Oui, tout à fait. Par le biais de Cetelem dont nous proposons les solutions de financement du crédit à la consommation à nos clients. Nous sommes nous-mêmes participants de leur communauté " d’apporteurs d’affaires ". Nous sommes 200 professionnels de la distribution comme But, Castorama, Conforama, etc, à pouvoir d’une part bénéficier d’une revue de presse sur le commerce et la distribution, le crédit, l’Euro, etc, d’autre part, avoir un annuaire et la possibilité d’échanger entre nous. C’est une ouverture extrêmement intéressante. D’autres filiales de la Compagnie Bancaire ont créé leurs communautés professionnelles : Cofica celle des concessionnaires automobiles, l’UCB celle des agents immobiliers, Cardif celle des assureurs, l’UFB celle des professionnels de l’industrie graphique, etc. On peut vraiment parler de l’explosion de ce type de communautés, c’est un mouvement de fond au même titre que le retour à la nature que j’évoquais plus haut.
M : Merci
Mathieu : Quel beau métier que d’aider à " cultiver son jardin ". Parlez-nous un peu de votre réseau.
Gérald Pietra : Le marché du jardinage est en plein essor et notre enseigne en profite. Depuis 10 ans, nous avons ouvert 27 magasins dont 15 en franchise. Nous avons d’abord développé notre concept sur 12 magasins en propre et nous avons pu vérifier que notre approche fonctionne. Pour prendre des parts de marché sans trop investir, nous avons développé la franchise depuis 5 ans avec 15 magasins. Nous visons 50 en l’an 2000.
M : En quoi votre concept est-il innovant ? Pourquoi un franchisé fait-il le choix de votre enseigne ?
G : En cette fin de siècle déprimante laissant un réel besoin de retour aux valeurs simples, au naturel voire au spirituel, l’écologie s’impose, le syndrome de la vache folle a atteint le consommateur et sème le trouble sur l’alimentation au sens large. Les villes sont ultra polluées et deviennent invivables. Tout cela se combine avec le développement des loisirs et du temps libre, et vous comprenez pourquoi tout le monde s’emballe pour la nature et le jardin en particulier. Notre enseigne s’inscrit totalement dans cette mouvance. Nous concevons les jardins comme facteur d’égalité et de développement, et chez nous, le naturel prédomine. Naturel des hommes et des femmes bien sûr qui accueillent avec le sourire et la passion de la nature. Naturel des matériaux utilisés pour notre enseigne, de la décoration de nos magasins où le végétal est partout. Tout ce que nous vendons est soit naturel, soit destiné à mieux connaître, découvrir, apprendre la nature tout en la respectant. C’est probablement en cela que nous nous distinguons des autres et qu’un franchisé fait le choix de notre enseigne.
M : Bravo, j’adhère totalement à votre concept. Cependant, on m’a dit que vous aviez développé un réseau virtuel avec vos magasins franchisés ou non. On est loin de la nature !
G : Détrompez-vous, les ordinateurs ne polluent pas, et surtout ils permettent d’éviter les déplacements. En cela ils contribuent à la sauvegarde de la planète. Ils nous permettent de nous installer hors des villes, ils sont surtout outils de rapprochement et des relations entre les hommes. On revient à des notions de " village planétaire ", c’est-à-dire, autour des valeurs plus proches des schémas naturels que de l’isolement au sein des grandes villes.
M : On pourrait épiloguer longtemps. Non, sans que cela me déplaise, mais dites-moi plutôt comment s’organise votre réseau.
G : Pour nous, c’est clair qu’il s’agisse d’un magasin franchisé ou non, le directeur du magasin est le chef. C’est un véritable patron de PME qui gère son personnel, ses achats, ses ventes, sa communication. Mais à la différence d’un patron isolé, il bénéficie de toute une palette de services et d’avantages : une pré-sélection et des négociations sur les produits, des outils de communication, des outils de gestion informatique, mais aussi et surtout l’expérience des autres directeurs de magasin. Il y a là une richesse formidable qu’il faut entretenir et développer. Jusqu’à l’année dernière, nous avions bien évidemment un outil de gestion commun tout à fait classique permettant de gérer les ventes, les stocks, les marges et la comptabilité. En dehors de cette application de gestion, nous avions beaucoup de difficultés à transmettre de l’information au réseau. Nous utilisions le courrier, le fax, le téléphone. Je visitais régulièrement les magasins, mais rapidement, nous nous sommes aperçus qu’il n’était pas envisageable de continuer à nous développer sans nous structurer sur les aspects circulation de l’information
M : Vous semblez ne parler que d’information " descendante ", n’aviez-vous pas aussi besoin de recueillir de l’information ?
G : Bien sûr, c’est même primordial. Notre réussite provient de notre grande proximité du marché et de nos clients. Nous voyons ce qu’ils achètent, nous écoutons leurs questions, leurs remarques. En faisant remonter ces informations, nous pouvons mieux orienter nos achats au niveau de la centrale, notre communication et même notre positionnement stratégique. Faut-il développer l’animalerie, la VPC ? Jusqu’à présent, c’était surtout lors des conventions annuelles que ce type de discussion s’entamait. Mais par manque de temps, les échanges tournaient toujours courts au moment où cela devenait intéressant et surtout, nous avions besoin d’une réactivité plus rapide.
M : Quelles solutions avez-vous trouvé ?
G : Nous avons d’abord pensé à mettre en place une messagerie électronique. Rapidement nous nous sommes aperçus que nos besoins d’échanges étaient beaucoup trop vastes par rapport à ce que permettent les messageries. Reprenons l’exemple de la remontée d’informations : Qui va spontanément écrire pour faire part de ce qu’il observe chez les clients ? A qui va-t-il envoyer son message ? Et si on envisage un questionnaire, comment le traiter, l’analyser et transmettre les résultats ? Nous avons donc mis en place un Intranet avec notamment un observatoire sous la forme d’un forum animé par notre chargé d’études. On y trouve aussi bien de l’information sur le marché, la concurrence, les produits et les sondages du type " Faut-il continuer la vente des nains de jardin ? ", ou plus sérieusement, " Faut-il vendre des sapins de Noël au risque de couper des forêts ? " Chacun peut voter en cliquant sur une case, le logiciel reconnaît si quelqu’un a déjà voté (le vote est bien évidemment secret). Quand le vote est clos, on procède au dépouillement et c’est le logiciel lui-même qui fait les calculs en même temps que la compilation des remarques qui auront été faites. En dehors de ces sondages quantitatifs, il y a naturellement des échanges très qualitatifs, d’idées, de points de vue sur les orientations marketing et stratégiques.
M: Quelles sont les autres applications dont vous disposez sur votre Intranet ?
G : Outre " l’observatoire ", nous avons un espace " communication " où nous mettons à disposition du réseau tous les documents de promotion existants sous forme image et sous forme numérique pour pouvoir être adaptés et personnalisés localement. Nous y mettons, bien sûr, la charte graphique avec les logos, les polices, les images. Nous décrivons les actions de communication possibles : affichage, distribution de prospectus, de catalogues, de PLV, etc. Par rapport à chaque outil, les directeurs de magasin peuvent faire part de leurs expériences, de leurs recommandations d’utilisation et des améliorations possibles. Nous avons également un espace " avis d’experts " structuré par rayon où chacun peut venir chercher et apporter de l’information. Il est pour nous très important de pouvoir apporter aux clients des renseignements précis et des conseils de professionnel. C’est un moyen de fidélisation très efficace, et comme chaque magasin n’a pas forcément le spécialiste du conifère, de l'aquariophilie, de la culture biologique, etc, nous faisons en sorte de créer une véritable base de données d’expertise et de conseil. Dernier volet, la formation; au-delà des sessions qui sont organisées périodiquement, il est proposé des supports de cours et la possibilité de continuer le dialogue avec le formateur.
M : Techniquement, cela fonctionne comment ? Qui a accès à l’informatique ?
G : Je vous l’ai dit, le responsable de magasin est véritablement le chef et le coordinateur. Pour l’instant, ils sont tous formés et je dois dire " contraints et forcés " de l’utiliser. Progressivement, nous installons des postes pour les responsables de rayons. Les magasins sont reliés au serveur qui est au siège par une ligne Numéris.
M : Vous dites " contrains et forcés ", cela a été dur ?
G : Objectivement non, mais bien évidemment certains ont eu du mal - notre patron par exemple ! - et n’ont pas forcément utilisé l’outil ou ont continué à entretenir un circuit parallèle de circulation de l’information. C’est quelque chose qu’il faut absolument éviter. D’une part, ceux qui n’utilisent pas l’outil perdent de l’information et d’autre part, un circuit parallèle est coûteux et totalement inefficace.
M : Vous êtes sûr de ne pas être un peu trop directif, n’avez-vous pas peur d’une certaine déshumanisation ?
G : Si nous exigeons que l’information passe en priorité sur notre système de communication, c’est dans un souci d’efficacité, de partage et de non-exclusion. Nous avons pu expérimenter lors de notre dernière convention que nous pouvions, cette fois, aborder les problèmes beaucoup plus en profondeur parce que l’intendance et la logistique étaient maintenant parfaitement organisées par le biais de notre Intranet. Je crois pouvoir dire aujourd’hui que cela n’a sûrement pas déshumanisé notre organisation, bien au contraire. D’ailleurs, vous me donnez une idée, je vais faire un sondage !
M : Connaissez-vous d’autres réseaux qui comme vous sont reliés en micro-communautés électroniques ?
G : Oui, tout à fait. Par le biais de Cetelem dont nous proposons les solutions de financement du crédit à la consommation à nos clients. Nous sommes nous-mêmes participants de leur communauté " d’apporteurs d’affaires ". Nous sommes 200 professionnels de la distribution comme But, Castorama, Conforama, etc, à pouvoir d’une part bénéficier d’une revue de presse sur le commerce et la distribution, le crédit, l’Euro, etc, d’autre part, avoir un annuaire et la possibilité d’échanger entre nous. C’est une ouverture extrêmement intéressante. D’autres filiales de la Compagnie Bancaire ont créé leurs communautés professionnelles : Cofica celle des concessionnaires automobiles, l’UCB celle des agents immobiliers, Cardif celle des assureurs, l’UFB celle des professionnels de l’industrie graphique, etc. On peut vraiment parler de l’explosion de ce type de communautés, c’est un mouvement de fond au même titre que le retour à la nature que j’évoquais plus haut.
M : Merci
07 - Yolande, formatrice
Yolande est formatrice au sein d’un centre de
formation inter-entreprises. Sa pratique
professionnelle a beaucoup changé ces 2 dernières
années. Aujourd‘hui 80 % de son temps de travail se
fait à distance avec les stagiaires. Histoire d’une
mutation.
Alexandra:Ca ne vous fait pas drôle de rencontrer quelqu’un en chair et en os, vous qui êtes devenue une experte du virtuel ?
Yolande: Ce qui m’impressionne plutôt c’est d’être face à une journaliste. Car vous, il vous faut du spectaculaire. Or ce que je fais ne l’est pas.
A: Vous êtes vraiment trop modeste. Il n’y encore que très peu de gens qui travaillent comme vous. Vous pouvez me raconter votre histoire.
Y: Il y a vingt ans que je fais ce métier et je me suis spécialisée ces dernières années dans tout ce qui touche à la bureautique. Tout allait très bien jusqu'il y a deux ans. Et là, un coup de tonnerre. Les entreprises qui soutiennent notre centre décident de "dégraisser" et de diminuer de 50 % les effectifs. Des audits sont nommés et font une analyse détaillée de notre fonctionnement. Comme cela était prévisible les résultats sont accablants. Et nous nous préparons à mettre notre tête sur le billot! Quand surgit de sa boîte un des consultants de l'équipe d'audit qui ose prendre tout le monde à contre-pied. Il prétend pouvoir redonner une nouvelle rentabilité au centre en utilisant les nouvelles technologies de l’informatique en réseau . Après un mois de négociations et de discussions, il emporte le morceau et récupère au passage un contrat à durée déterminée d’un an pour mettre en oeuvre ce qu’il a conseillé. Un conseil obligé de mettre en oeuvre ses propres conseils, ça devenait intéressant.
A: Quelles étaient les idées clés avancées par ce consultant?
Y: Tout partait d’un constat sans concession et assez juste sur les méthodes de formation. Il les jugeait ringardes et très coûteuses. Le raisonnement mettait en avant que la majorité des coûts de formation ne concernaient pas la formation. En effet il y a les salles, les déplacements, l’hébergement, et le temps passé. Selon ses calculs cela représentait jusqu’à 80 % de coûts. De plus il mettait en avant que la formation en salle et en séminaires était trop intensive pour des cerveaux habitués à fonctionner à un rythme plus lent, du fait de la quotidienneté de leur travail. La formation équivalait donc à un gavage dont 10 ou 20 % maximum des contenus étaient retenus. Enfin il prétendait que les stagiaires avaient surtout besoin de leur formateur après le stage. Et là, le formateur disparaissait corps et âme! Que des choses très logiques et assez irréfutables en somme !
A: Et il a proposé quoi?
Y: De tout casser et de tout reconstruire. De partir d’une page blanche pour ne pas retomber dans des ornières. Nous avons donc interrompu les activités du centre pendant 3 mois pour faire notre révolution. Il a commencé par nous montrer tous les nouveaux outils qui existaient. Il nous a présenté des expériences menées à l’étranger, notamment en Scandinavie et au Canada. Il nous a fait réfléchir à notre métier, à notre valeur ajoutée. Nous étions ébahis. Nous n’arrivions pas à comprendre comment nous avions pu faire pour passer à côté de tant de choses simples et évidentes. Tout notre modèle mental visait à un accroissement de la complexité et à l’intellectualisation extrême des processus. Lui nous révélait l’intérêt qu’il y avait à tout simplifier, à tout élaguer, à tout repenser plus basique.
A: Et vous avez réussi à bâtir quelque chose?
Y: Oui, trois mois après, tout était prêt et nous avons lancé notre nouvelle méthodologie de formation. Depuis nous vivons sur une autre planète. Chaque jour nous apprend quelque chose de plus. D’acteurs, nous sommes devenus metteurs en scène. J’ai l’impression d’avoir rajeuni de 15 ans du fait de cette remise en cause.
A: Vous m’intriguez beaucoup. Vous pouvez me dire comment ça marche?
Y: La première règle du jeu est que toute personne qui va vouloir se former chez nous va devoir préalablement se former aux outils de travail en groupe sur ordinateur. Pour cela nous avons conçu un petit package pédagogique qui regroupe une vidéo pour expliquer l’esprit et un CD-Rom pour apprendre à pratiquer. Le tout est accompagné d’un petit livret d’explications. Au passage cela a permis à nos entreprises clientes de comprendre tout l’intérêt qu’elles avaient à déployer ce type d’outils. La seconde étape quant à elle va être plus traditionnelle car elle va permettre aux gens de se retrouver en salle. Vous voyez on n’a pas tout jeté par la fenêtre. Mais la durée est de 50 à 75 % plus courte qu’avant. Ces sessions ont pour première ambition de créer le groupe, car plus la micro-communauté de stagiaires sera soudée plus la suite sera efficace. Ensuite on explore tout ce qu’il sera bon d’apprendre afin de bien comprendre le territoire sur lequel on s’aventure. Enfin on se fixe un plan d’apprentissage et d’évolution qui peut aller de plusieurs semaines à plusieurs mois. Et c’est là que la cyber-formation commence.
A: Vous voulez dire que vous n’apprenez rien durant le stage en salle!
Y: Au contraire, nous apprenons à nous connaître, nous apprenons à définir nos objectifs d’apprentissage, nous apprenons à bâtir un processus d’acquisition, mais c’est vrai que nous n’apprenons rien quant au fond. Pourquoi gâcher de tels moments!
A: Donc toute l’acquisition de connaissance se passe par ordinateur?
Y: En gros oui. Chaque semaine je diffuse pour chaque micro-communauté de stagiaires des contenus pédagogiques et des exercices s’il y a lieu. Ils peuvent poser des questions dans un forum dédié au groupe. Ainsi tout le monde profite des questions et des réponses. De plus ils peuvent travailler sur les contenus de formation au moment où ils le souhaitent ou plus exactement au moment où ils le peuvent. Il est vrai que ce type d’approche repose sur une forte motivation du stagiaire. De toute façon il n’y a aucune bonne pédagogie pour des gens qui ne veulent pas apprendre. Or ils sont légion, croyez en ma vieille expérience! Ceci conduit amène donc à une assimilation progressive des connaissances et permet surtout de les tester sur leur réalité de travail. Les questions qu’ils nous posent sont intéressantes car elles leur sont inspirées par leur réalité quotidienne. La formation remplit donc ici un rôle beaucoup plus pragmatique. Aider les gens à mieux vivre leur réalité.
A: Vous aimez les paradoxes. C’est le consultant qui a déteint sur vous!
Y: Toute plaisanterie mise à part, qu’y a-t-il de plus virtuel que de former des gens dans une salle close, alors que les réalités sont à l’extérieur. C’est ce qui conduit la majorité des formateurs à devenir eux-mêmes virtuels et à ne plus avoir de prise sur la réalité. Alors que la relation au quotidien avec des gens immergés dans la réalité ne peut nous permettre de perdre le contact du sol. Même si cette relation se fait avec des outils souvent affublés du qualificatif de virtuels. Donc je confirme, la relation virtuelle avec des gens qui vivent dans leur réalité est d’une très grande efficacité.
A: Je vous laisse continuer votre description.
Y: La relation électronique n’est pas le seul type de relations que nous entretenons. Je téléphone personnellement et régulièrement à chaque stagiaire afin de pouvoir faire le point, redonner un peu de courage, réguler certains problèmes. J’assure également des permanences téléphoniques auxquelles les gens peuvent me joindre. De temps en temps si le sujet le justifie on expédie des cassettes audio ou vidéo. Nous préférons cela aux visioconférences qui demandent une logistique importante et qui obligent tout le monde à être disponible au même moment. Ce qui est marrant avec ces méthodes c’est que le formateur se transforme progressivement en "coach" ou même dans certains cas en consultant. En effet, même si le mot n’est pas très joli, nous assurons l’après-vente de notre formation. D’où une forte complicité et une plus grande implication du formateur dans les réalités des stagiaires.
A: Qu’en disent vos clients entreprises?
Y: Ils sont globalement très satisfaits car ils ont le sentiment de voir où va leur argent. En effet cette progressivité dans l’apprentissage permet vraiment de faire du Kaizen. C’est-à-dire, pour vous qui n’êtes pas japonaise, de faire des progrès pas à pas. Nous en arrivons aujourd’hui à un concept de maintenance en formation. Les gens nous paient non pas pour acquérir une connaissance mais pour la maintenir à jour. Ainsi certains stagiaires souscrivent des abonnements qui leur permettent d’avoir régulièrement et directement sur leur poste de travail les mises à jour des connaissances. En bureautique où nous en sommes presque à une version par logiciel tous les 6 mois cela peut être particulièrement rentable. D’un phénomène discontinu et épisodique, la formation devient grâce à ces méthodes un processus continu et permanent. Il ne peut en être autrement d’ailleurs en formation. Il y a toujours à apprendre.
A: Quels sont les avantages pour les stagiaires?
Y: Ils se forment en "temps masqué" et tout le monde sait à quel point il est difficile de quitter son poste plusieurs jours. Ils peuvent être conduits à se former en "juste-à-temps". Par exemple une équipe de cadres qui devait partir mener une négociation en Chine a pu suivre un stage à distance durant deux mois en n’investissant pas plus de 15 minutes par jour. Et en plus le stage lui a permis d’élaborer des stratégies collectives grâce aux forums de discussions. Autre avantage, les cadres disposent de la totalité des matériaux pédagogiques sur leur poste de travail Ils peuvent donc s’y référer à tout moment. C’est un vrai "capital pédagogique".
A: Et pour les pédagogues?
Y: C’est la fin du train-train. On est constamment bombardés d’idées, de questions, de remarques. Nous sommes dans une relation beaucoup plus équilibrée avec les stagiaires. Ils sont moins passifs. Nous sommes moins répétitifs. Ce qui nous conduit à constamment faire changer nos supports. Je peux l’avouer maintenant car il y a prescription, mais avant il nous arrivait d’utiliser les mêmes supports pendant plusieurs années. Le fonctionnement en réseau et en micro-communautés de stagiaires c’est un élixir de jouvence et une obligation de se mettre au niveau. Cela a beaucoup soudé le corps pédagogique et nous nous voyons souvent pour faire évoluer nos stratégies et nos méthodes. Il est vrai que pour cela l’unité de lieu est appréciable. Et comme la majorité de nos relations avec les stagiaires est virtuelle et asynchrone, nous avons tout le temps nécessaire pour nous voir. Ce qui était impossible auparavant.
A: Et le consultant à l’origine de cette aventure, il est toujours là?
Y: Oui, son contrat a été reconduit pour trois ans et les entreprises membres nous ont confié des parties de formation que traditionnellement elles avaient continué à traiter en interne. Il est d’ailleurs en train de mettre au point une nouvelle idée qui devrait pas mal faire parler d’elle.
A: Et c’est quoi cette nouvelle idée?
Y: Une fois de plus il est parti d’un constat simple. Il s’est dit que chacun avait quelque chose à apprendre aux autres. Mais que les autres ne le savaient pas. Il a donc mené une étude pour créer une cartographie des savoirs, des compétences et des expertises. Ensuite il a répertorié toutes les personnes qui déclaraient une compétence dans un ou plusieurs domaines. Et puis il a créé le village des savoirs!
A: Le village des savoirs?
Y: Eh oui, une fois de plus c’est virtuel! En fait le village est composé de "maisons" dont chacune est dédiée à une expertise ou à un savoir-faire. Dès que quelqu’un a un problème il se rend dans la "maison-savoir", qui est en fait composée d’un forum de questions-réponses et d’une armoire de connaissances. Soit il y trouve sa réponse dans la banque de données, soit il entreprend un dialogue asynchrone avec le ou les experts référencés.
A: Mais ce n’est pas de la formation!
Y: Non ce n’est plus de la formation de grand-papa! C’est une forme évoluée et moderne qui permet à toute personne qui a une compétence de devenir à un moment ou à un autre un allié de celle qui a quelque chose à apprendre. C’est d’ailleurs à l’opposé de la pensée dominante de l'Internet d’aujourd’hui. Si on les écoute, tout est sur le Net et donc nous sommes libres puisque nous avons accès à tout. Mais où se trouve ce que l’on cherche? Même les moteurs de recherche explosent aujourd’hui. Quand on vous rapporte 1000 documents pour une recherche, comment vous faites pour vous en sortir? Alors que si vous vous tournez vers un médiateur dont l’expertise est reconnue, vous êtes quasiment sûr d’avoir la réponse sous 24 heures. La formation sort grâce à ces nouveaux outils du ghetto dans lequel elle était tombée. Elle devient plus quotidienne, plus pragmatique, plus accessible et surtout plus utile.
A: C’est le paradis!
Y: Je n’irai pas jusque-là, mais ce n’est plus l’enfer pesant que cela a pu être tant pour les formateurs que pour les stagiaires. Mais peut-être ne faudrait-il plus appeler cela formation. Ce mot fait tellement vieillot!
Alexandra:Ca ne vous fait pas drôle de rencontrer quelqu’un en chair et en os, vous qui êtes devenue une experte du virtuel ?
Yolande: Ce qui m’impressionne plutôt c’est d’être face à une journaliste. Car vous, il vous faut du spectaculaire. Or ce que je fais ne l’est pas.
A: Vous êtes vraiment trop modeste. Il n’y encore que très peu de gens qui travaillent comme vous. Vous pouvez me raconter votre histoire.
Y: Il y a vingt ans que je fais ce métier et je me suis spécialisée ces dernières années dans tout ce qui touche à la bureautique. Tout allait très bien jusqu'il y a deux ans. Et là, un coup de tonnerre. Les entreprises qui soutiennent notre centre décident de "dégraisser" et de diminuer de 50 % les effectifs. Des audits sont nommés et font une analyse détaillée de notre fonctionnement. Comme cela était prévisible les résultats sont accablants. Et nous nous préparons à mettre notre tête sur le billot! Quand surgit de sa boîte un des consultants de l'équipe d'audit qui ose prendre tout le monde à contre-pied. Il prétend pouvoir redonner une nouvelle rentabilité au centre en utilisant les nouvelles technologies de l’informatique en réseau . Après un mois de négociations et de discussions, il emporte le morceau et récupère au passage un contrat à durée déterminée d’un an pour mettre en oeuvre ce qu’il a conseillé. Un conseil obligé de mettre en oeuvre ses propres conseils, ça devenait intéressant.
A: Quelles étaient les idées clés avancées par ce consultant?
Y: Tout partait d’un constat sans concession et assez juste sur les méthodes de formation. Il les jugeait ringardes et très coûteuses. Le raisonnement mettait en avant que la majorité des coûts de formation ne concernaient pas la formation. En effet il y a les salles, les déplacements, l’hébergement, et le temps passé. Selon ses calculs cela représentait jusqu’à 80 % de coûts. De plus il mettait en avant que la formation en salle et en séminaires était trop intensive pour des cerveaux habitués à fonctionner à un rythme plus lent, du fait de la quotidienneté de leur travail. La formation équivalait donc à un gavage dont 10 ou 20 % maximum des contenus étaient retenus. Enfin il prétendait que les stagiaires avaient surtout besoin de leur formateur après le stage. Et là, le formateur disparaissait corps et âme! Que des choses très logiques et assez irréfutables en somme !
A: Et il a proposé quoi?
Y: De tout casser et de tout reconstruire. De partir d’une page blanche pour ne pas retomber dans des ornières. Nous avons donc interrompu les activités du centre pendant 3 mois pour faire notre révolution. Il a commencé par nous montrer tous les nouveaux outils qui existaient. Il nous a présenté des expériences menées à l’étranger, notamment en Scandinavie et au Canada. Il nous a fait réfléchir à notre métier, à notre valeur ajoutée. Nous étions ébahis. Nous n’arrivions pas à comprendre comment nous avions pu faire pour passer à côté de tant de choses simples et évidentes. Tout notre modèle mental visait à un accroissement de la complexité et à l’intellectualisation extrême des processus. Lui nous révélait l’intérêt qu’il y avait à tout simplifier, à tout élaguer, à tout repenser plus basique.
A: Et vous avez réussi à bâtir quelque chose?
Y: Oui, trois mois après, tout était prêt et nous avons lancé notre nouvelle méthodologie de formation. Depuis nous vivons sur une autre planète. Chaque jour nous apprend quelque chose de plus. D’acteurs, nous sommes devenus metteurs en scène. J’ai l’impression d’avoir rajeuni de 15 ans du fait de cette remise en cause.
A: Vous m’intriguez beaucoup. Vous pouvez me dire comment ça marche?
Y: La première règle du jeu est que toute personne qui va vouloir se former chez nous va devoir préalablement se former aux outils de travail en groupe sur ordinateur. Pour cela nous avons conçu un petit package pédagogique qui regroupe une vidéo pour expliquer l’esprit et un CD-Rom pour apprendre à pratiquer. Le tout est accompagné d’un petit livret d’explications. Au passage cela a permis à nos entreprises clientes de comprendre tout l’intérêt qu’elles avaient à déployer ce type d’outils. La seconde étape quant à elle va être plus traditionnelle car elle va permettre aux gens de se retrouver en salle. Vous voyez on n’a pas tout jeté par la fenêtre. Mais la durée est de 50 à 75 % plus courte qu’avant. Ces sessions ont pour première ambition de créer le groupe, car plus la micro-communauté de stagiaires sera soudée plus la suite sera efficace. Ensuite on explore tout ce qu’il sera bon d’apprendre afin de bien comprendre le territoire sur lequel on s’aventure. Enfin on se fixe un plan d’apprentissage et d’évolution qui peut aller de plusieurs semaines à plusieurs mois. Et c’est là que la cyber-formation commence.
A: Vous voulez dire que vous n’apprenez rien durant le stage en salle!
Y: Au contraire, nous apprenons à nous connaître, nous apprenons à définir nos objectifs d’apprentissage, nous apprenons à bâtir un processus d’acquisition, mais c’est vrai que nous n’apprenons rien quant au fond. Pourquoi gâcher de tels moments!
A: Donc toute l’acquisition de connaissance se passe par ordinateur?
Y: En gros oui. Chaque semaine je diffuse pour chaque micro-communauté de stagiaires des contenus pédagogiques et des exercices s’il y a lieu. Ils peuvent poser des questions dans un forum dédié au groupe. Ainsi tout le monde profite des questions et des réponses. De plus ils peuvent travailler sur les contenus de formation au moment où ils le souhaitent ou plus exactement au moment où ils le peuvent. Il est vrai que ce type d’approche repose sur une forte motivation du stagiaire. De toute façon il n’y a aucune bonne pédagogie pour des gens qui ne veulent pas apprendre. Or ils sont légion, croyez en ma vieille expérience! Ceci conduit amène donc à une assimilation progressive des connaissances et permet surtout de les tester sur leur réalité de travail. Les questions qu’ils nous posent sont intéressantes car elles leur sont inspirées par leur réalité quotidienne. La formation remplit donc ici un rôle beaucoup plus pragmatique. Aider les gens à mieux vivre leur réalité.
A: Vous aimez les paradoxes. C’est le consultant qui a déteint sur vous!
Y: Toute plaisanterie mise à part, qu’y a-t-il de plus virtuel que de former des gens dans une salle close, alors que les réalités sont à l’extérieur. C’est ce qui conduit la majorité des formateurs à devenir eux-mêmes virtuels et à ne plus avoir de prise sur la réalité. Alors que la relation au quotidien avec des gens immergés dans la réalité ne peut nous permettre de perdre le contact du sol. Même si cette relation se fait avec des outils souvent affublés du qualificatif de virtuels. Donc je confirme, la relation virtuelle avec des gens qui vivent dans leur réalité est d’une très grande efficacité.
A: Je vous laisse continuer votre description.
Y: La relation électronique n’est pas le seul type de relations que nous entretenons. Je téléphone personnellement et régulièrement à chaque stagiaire afin de pouvoir faire le point, redonner un peu de courage, réguler certains problèmes. J’assure également des permanences téléphoniques auxquelles les gens peuvent me joindre. De temps en temps si le sujet le justifie on expédie des cassettes audio ou vidéo. Nous préférons cela aux visioconférences qui demandent une logistique importante et qui obligent tout le monde à être disponible au même moment. Ce qui est marrant avec ces méthodes c’est que le formateur se transforme progressivement en "coach" ou même dans certains cas en consultant. En effet, même si le mot n’est pas très joli, nous assurons l’après-vente de notre formation. D’où une forte complicité et une plus grande implication du formateur dans les réalités des stagiaires.
A: Qu’en disent vos clients entreprises?
Y: Ils sont globalement très satisfaits car ils ont le sentiment de voir où va leur argent. En effet cette progressivité dans l’apprentissage permet vraiment de faire du Kaizen. C’est-à-dire, pour vous qui n’êtes pas japonaise, de faire des progrès pas à pas. Nous en arrivons aujourd’hui à un concept de maintenance en formation. Les gens nous paient non pas pour acquérir une connaissance mais pour la maintenir à jour. Ainsi certains stagiaires souscrivent des abonnements qui leur permettent d’avoir régulièrement et directement sur leur poste de travail les mises à jour des connaissances. En bureautique où nous en sommes presque à une version par logiciel tous les 6 mois cela peut être particulièrement rentable. D’un phénomène discontinu et épisodique, la formation devient grâce à ces méthodes un processus continu et permanent. Il ne peut en être autrement d’ailleurs en formation. Il y a toujours à apprendre.
A: Quels sont les avantages pour les stagiaires?
Y: Ils se forment en "temps masqué" et tout le monde sait à quel point il est difficile de quitter son poste plusieurs jours. Ils peuvent être conduits à se former en "juste-à-temps". Par exemple une équipe de cadres qui devait partir mener une négociation en Chine a pu suivre un stage à distance durant deux mois en n’investissant pas plus de 15 minutes par jour. Et en plus le stage lui a permis d’élaborer des stratégies collectives grâce aux forums de discussions. Autre avantage, les cadres disposent de la totalité des matériaux pédagogiques sur leur poste de travail Ils peuvent donc s’y référer à tout moment. C’est un vrai "capital pédagogique".
A: Et pour les pédagogues?
Y: C’est la fin du train-train. On est constamment bombardés d’idées, de questions, de remarques. Nous sommes dans une relation beaucoup plus équilibrée avec les stagiaires. Ils sont moins passifs. Nous sommes moins répétitifs. Ce qui nous conduit à constamment faire changer nos supports. Je peux l’avouer maintenant car il y a prescription, mais avant il nous arrivait d’utiliser les mêmes supports pendant plusieurs années. Le fonctionnement en réseau et en micro-communautés de stagiaires c’est un élixir de jouvence et une obligation de se mettre au niveau. Cela a beaucoup soudé le corps pédagogique et nous nous voyons souvent pour faire évoluer nos stratégies et nos méthodes. Il est vrai que pour cela l’unité de lieu est appréciable. Et comme la majorité de nos relations avec les stagiaires est virtuelle et asynchrone, nous avons tout le temps nécessaire pour nous voir. Ce qui était impossible auparavant.
A: Et le consultant à l’origine de cette aventure, il est toujours là?
Y: Oui, son contrat a été reconduit pour trois ans et les entreprises membres nous ont confié des parties de formation que traditionnellement elles avaient continué à traiter en interne. Il est d’ailleurs en train de mettre au point une nouvelle idée qui devrait pas mal faire parler d’elle.
A: Et c’est quoi cette nouvelle idée?
Y: Une fois de plus il est parti d’un constat simple. Il s’est dit que chacun avait quelque chose à apprendre aux autres. Mais que les autres ne le savaient pas. Il a donc mené une étude pour créer une cartographie des savoirs, des compétences et des expertises. Ensuite il a répertorié toutes les personnes qui déclaraient une compétence dans un ou plusieurs domaines. Et puis il a créé le village des savoirs!
A: Le village des savoirs?
Y: Eh oui, une fois de plus c’est virtuel! En fait le village est composé de "maisons" dont chacune est dédiée à une expertise ou à un savoir-faire. Dès que quelqu’un a un problème il se rend dans la "maison-savoir", qui est en fait composée d’un forum de questions-réponses et d’une armoire de connaissances. Soit il y trouve sa réponse dans la banque de données, soit il entreprend un dialogue asynchrone avec le ou les experts référencés.
A: Mais ce n’est pas de la formation!
Y: Non ce n’est plus de la formation de grand-papa! C’est une forme évoluée et moderne qui permet à toute personne qui a une compétence de devenir à un moment ou à un autre un allié de celle qui a quelque chose à apprendre. C’est d’ailleurs à l’opposé de la pensée dominante de l'Internet d’aujourd’hui. Si on les écoute, tout est sur le Net et donc nous sommes libres puisque nous avons accès à tout. Mais où se trouve ce que l’on cherche? Même les moteurs de recherche explosent aujourd’hui. Quand on vous rapporte 1000 documents pour une recherche, comment vous faites pour vous en sortir? Alors que si vous vous tournez vers un médiateur dont l’expertise est reconnue, vous êtes quasiment sûr d’avoir la réponse sous 24 heures. La formation sort grâce à ces nouveaux outils du ghetto dans lequel elle était tombée. Elle devient plus quotidienne, plus pragmatique, plus accessible et surtout plus utile.
A: C’est le paradis!
Y: Je n’irai pas jusque-là, mais ce n’est plus l’enfer pesant que cela a pu être tant pour les formateurs que pour les stagiaires. Mais peut-être ne faudrait-il plus appeler cela formation. Ce mot fait tellement vieillot!
08 - Gérard, association humanitaire
Gérard est responsable de la communication
d’une institution humanitaire internationale. Il est
depuis peu en charge de la reprise en main de
l’Intranet qui avait été lancé par la direction
informatique. On dit de lui qu’il a un enthousiasme
assez communicatif et un franc-parler qui ne lui fait
pas que des amis !
Arthur:C’est plutôt rare de voir un responsable de la communication en charge d’un projet informatique!
Gérard: Tout simplement parce que ce n’est pas un projet informatique! C’est un projet de communication. Lorsque vous achetez une télé numérique est-ce que vous faites appel à un informaticien? Non! Tous nos outils de travail et de loisir sont aujourd’hui à base d’électronique et d’informatique. Il s’agit d’un changement radical dans nos façons de penser. Préalablement dès qu’il y avait de la technologie on confiait le projet à la direction informatique. Ce sera de moins en moins le cas à l’avenir. C’est d’ailleurs ce qui a failli faire tout rater chez nous!
A: Vous pouvez nous en révéler certains aspects?
G: Avec plaisir car je dois dire que cela a été une de mes plus grandes colères professionnelles. En effet, il y a trois ans l’un de nos directeurs, beaucoup plus éclairé que ses pairs, a vu dans les outils de communication électronique un levier de changement extraordinaire pour la vieille institution que nous étions. Après avoir cherché et visité de nombreux salons il est revenu un jour complètement excité d’une de ses visites. Il avait trouvé l’outil dont il n’avait même pas osé rêver. Cela permettait de travailler ensemble dans des lieux électroniques virtuels, mais le principal avantage était que cela pouvait se faire même si on était déconnecté de tout réseau. Ce qui était fondamental pour une organisation comme la nôtre car nous couvrons toute la planète et l’infrastructure téléphonique est souvent balbutiante ou même quasi inexistante dans certains pays. Et c’est là qu’il a pris sa première mauvaise décision. Il a confié le projet à l’équipe informatique.
A: Et là que s’est-il passé?
G: Rien justement. Pendant six mois ils ont étudié. Ils me font penser à des gens à qui l’on offrirait une voiture et qui la démonteraient pour l’analyser plutôt que de partir au volant explorer la campagne. Donc six mois après ils ont fait un rapport accablant. Il ne fallait pas installer cette technologie. Nous n’avions pas un parc de machines adapté, il y avait potentiellement des problèmes de sécurité, les infrastructures de communication n’étaient pas prêtes. C’est toujours la même chose, quand les gens ne comprennent rien il n’ont qu’une obsession: empêcher les autres d’avancer. J’appelle ça le syndrome de la glaciation!
A: Et le directeur concerné a cédé?
G: Heureusement non! Enfin pas tout à fait. Il a imposé le déploiement partiel de cette approche en acceptant d’y aller pas à pas. Et c’est là qu’il s’est lourdement trompé. En effet l’équipe informatique sont entrées dans une nouvelle stratégie de "glaciation": la réalisation d’un cahier des charges pour une application hyper-sécurisée. Et tout ceci a duré dix-huit mois entre les analyses et les prototypes. Tout cela pour accoucher d’un monstre! Tellement monstrueux que les gens du terrain ont refusé de l’utiliser. Ils lui ont d’ailleurs donné le doux nom de "CIA". Cela voulait dire pour les initiés" Carrément Inutilisable et Abscon"! En fait les informaticiens n’avaient focalisé leur attention que sur la sécurité et ils avaient oublié que c’était fait pour communiquer. Je finis par penser qu’il y a chez les informaticiens une paranoïa intrinsèque qui leur masque une grande partie des plaisirs de la vie. Car si on y réfléchit bien, seuls 5% de nos informations relèvent du "secret défense". Doit-on pour autant prendre les 95% restants en otage?
A: Et alors que s’est-il passé par la suite?
G: Le directeur a démissionné et est devenu consultant en nouvelles technologies auprès d’autres grandes institutions. Le responsable informatique a été viré et s’occupe maintenant de conversion de programmes pour les adapter à l’an 2000. Et l’équipe informatique a été externalisée afin de mettre à l’extérieur les problèmes! Et le projet a changé de responsable. Et c’est sur moi que c’est tombé. Tout simplement parce que j’avais tellement critiqué les agissements précédents que le comité de direction m’a dit: "eh bien maintenant montre-nous ce qu’il faut faire!". L’intention n’était pas forcement généreuse, mais j’ai été ravi d’hériter de ce défi.
A: Par quoi avez-vous commencé?
G: Par le verbe. Je veux dire que rien ne peut se faire si on n’explique pas les enjeux aux gens. Surtout quand de grosses erreurs ont été commises sur le même sujet. J’ai donc lancé une série de petits déjeuners d’information au siège, car c’était le pôle le plus conservateur. J'ai montré aux gens du stage le paysage, je leur ai décrit les futurs bénéfices, je leur ai expliqué ce qu’ils allaient perdre et ce qu’ils allaient gagner. Par la suite j’ai fait réaliser une cassette audio qui a été envoyée à tous les salariés et qui faisait honnêtement le point sur l’échec passé avant de définir les contours du nouveau projet. Les gens ont accueilli favorablement cette démarche. Ils ont apprécié deux choses. Il y avait du parler vrai et ils commençaient à y comprendre quelque chose! On n’incite pas les gens à changer en leur proposant d’entrer dans un tunnel. Il faut au contraire leur montrer un horizon attractif et emballant. Toute action part d’une illusion d’optique, et en matière de changement c’est encore plus nécessaire. Mais les illusions d’optique ont une durée de vie très courte. Alors nous avons tout de suite lancé les premières actions.
A: Comment vous y ête- vous pris?
G: En choisissant mes premières "victimes" avec soin. Je crois en deux choses: l’exemplarité et l’enthousiasme. Pour l’exemplarité j’ai réussi à convaincre nos dirigeants de s’y mettre. Je leur ai expliqué que des gens aussi haut placés qu’eux ne pouvaient accepter de vivre dans l’ignorance et qu’il leur fallait sortir de leur analphabétisme technologique. La crainte de beaucoup d’entre eux était de ne pas savoir se servir d’un clavier, et d’avoir l’air un peu bête face à tout ça. Les dirigeants ont toujours peur d’être pris en flagrant délit d’ignorance ou d’incompétence. Pour l’enthousiasme j’ai été voir les leaders d’opinion de notre organisation. Dans toute organisation il y a 5% de personnes plus en vie que les autres. Et il est facile de
Arthur:C’est plutôt rare de voir un responsable de la communication en charge d’un projet informatique!
Gérard: Tout simplement parce que ce n’est pas un projet informatique! C’est un projet de communication. Lorsque vous achetez une télé numérique est-ce que vous faites appel à un informaticien? Non! Tous nos outils de travail et de loisir sont aujourd’hui à base d’électronique et d’informatique. Il s’agit d’un changement radical dans nos façons de penser. Préalablement dès qu’il y avait de la technologie on confiait le projet à la direction informatique. Ce sera de moins en moins le cas à l’avenir. C’est d’ailleurs ce qui a failli faire tout rater chez nous!
A: Vous pouvez nous en révéler certains aspects?
G: Avec plaisir car je dois dire que cela a été une de mes plus grandes colères professionnelles. En effet, il y a trois ans l’un de nos directeurs, beaucoup plus éclairé que ses pairs, a vu dans les outils de communication électronique un levier de changement extraordinaire pour la vieille institution que nous étions. Après avoir cherché et visité de nombreux salons il est revenu un jour complètement excité d’une de ses visites. Il avait trouvé l’outil dont il n’avait même pas osé rêver. Cela permettait de travailler ensemble dans des lieux électroniques virtuels, mais le principal avantage était que cela pouvait se faire même si on était déconnecté de tout réseau. Ce qui était fondamental pour une organisation comme la nôtre car nous couvrons toute la planète et l’infrastructure téléphonique est souvent balbutiante ou même quasi inexistante dans certains pays. Et c’est là qu’il a pris sa première mauvaise décision. Il a confié le projet à l’équipe informatique.
A: Et là que s’est-il passé?
G: Rien justement. Pendant six mois ils ont étudié. Ils me font penser à des gens à qui l’on offrirait une voiture et qui la démonteraient pour l’analyser plutôt que de partir au volant explorer la campagne. Donc six mois après ils ont fait un rapport accablant. Il ne fallait pas installer cette technologie. Nous n’avions pas un parc de machines adapté, il y avait potentiellement des problèmes de sécurité, les infrastructures de communication n’étaient pas prêtes. C’est toujours la même chose, quand les gens ne comprennent rien il n’ont qu’une obsession: empêcher les autres d’avancer. J’appelle ça le syndrome de la glaciation!
A: Et le directeur concerné a cédé?
G: Heureusement non! Enfin pas tout à fait. Il a imposé le déploiement partiel de cette approche en acceptant d’y aller pas à pas. Et c’est là qu’il s’est lourdement trompé. En effet l’équipe informatique sont entrées dans une nouvelle stratégie de "glaciation": la réalisation d’un cahier des charges pour une application hyper-sécurisée. Et tout ceci a duré dix-huit mois entre les analyses et les prototypes. Tout cela pour accoucher d’un monstre! Tellement monstrueux que les gens du terrain ont refusé de l’utiliser. Ils lui ont d’ailleurs donné le doux nom de "CIA". Cela voulait dire pour les initiés" Carrément Inutilisable et Abscon"! En fait les informaticiens n’avaient focalisé leur attention que sur la sécurité et ils avaient oublié que c’était fait pour communiquer. Je finis par penser qu’il y a chez les informaticiens une paranoïa intrinsèque qui leur masque une grande partie des plaisirs de la vie. Car si on y réfléchit bien, seuls 5% de nos informations relèvent du "secret défense". Doit-on pour autant prendre les 95% restants en otage?
A: Et alors que s’est-il passé par la suite?
G: Le directeur a démissionné et est devenu consultant en nouvelles technologies auprès d’autres grandes institutions. Le responsable informatique a été viré et s’occupe maintenant de conversion de programmes pour les adapter à l’an 2000. Et l’équipe informatique a été externalisée afin de mettre à l’extérieur les problèmes! Et le projet a changé de responsable. Et c’est sur moi que c’est tombé. Tout simplement parce que j’avais tellement critiqué les agissements précédents que le comité de direction m’a dit: "eh bien maintenant montre-nous ce qu’il faut faire!". L’intention n’était pas forcement généreuse, mais j’ai été ravi d’hériter de ce défi.
A: Par quoi avez-vous commencé?
G: Par le verbe. Je veux dire que rien ne peut se faire si on n’explique pas les enjeux aux gens. Surtout quand de grosses erreurs ont été commises sur le même sujet. J’ai donc lancé une série de petits déjeuners d’information au siège, car c’était le pôle le plus conservateur. J'ai montré aux gens du stage le paysage, je leur ai décrit les futurs bénéfices, je leur ai expliqué ce qu’ils allaient perdre et ce qu’ils allaient gagner. Par la suite j’ai fait réaliser une cassette audio qui a été envoyée à tous les salariés et qui faisait honnêtement le point sur l’échec passé avant de définir les contours du nouveau projet. Les gens ont accueilli favorablement cette démarche. Ils ont apprécié deux choses. Il y avait du parler vrai et ils commençaient à y comprendre quelque chose! On n’incite pas les gens à changer en leur proposant d’entrer dans un tunnel. Il faut au contraire leur montrer un horizon attractif et emballant. Toute action part d’une illusion d’optique, et en matière de changement c’est encore plus nécessaire. Mais les illusions d’optique ont une durée de vie très courte. Alors nous avons tout de suite lancé les premières actions.
A: Comment vous y ête- vous pris?
G: En choisissant mes premières "victimes" avec soin. Je crois en deux choses: l’exemplarité et l’enthousiasme. Pour l’exemplarité j’ai réussi à convaincre nos dirigeants de s’y mettre. Je leur ai expliqué que des gens aussi haut placés qu’eux ne pouvaient accepter de vivre dans l’ignorance et qu’il leur fallait sortir de leur analphabétisme technologique. La crainte de beaucoup d’entre eux était de ne pas savoir se servir d’un clavier, et d’avoir l’air un peu bête face à tout ça. Les dirigeants ont toujours peur d’être pris en flagrant délit d’ignorance ou d’incompétence. Pour l’enthousiasme j’ai été voir les leaders d’opinion de notre organisation. Dans toute organisation il y a 5% de personnes plus en vie que les autres. Et il est facile de